Organiser les données, l’interopérabilité des systèmes et la gouvernance pour bâtir un hyperviseur
Description de la proposition
Description de la proposition
Qu'est-ce qu'un hyperviseur ? Avoir une vision globale du territoire
Un hyperviseur est un outil qui permet à plusieurs systèmes de fonctionner ensemble dans une seule machine physique. Il peut, par exemple, agréger les données de l’éclairage public, de la vidéoprotection, des bâtiments, des mobilités, des espaces verts, des déchets, de l’eau, etc. Un hyperviseur ira moins dans le détail technique qu'un superviseur.
Les usages sont multiples : analyser le territoire grâce à de la donnée pour objectiver l’action publique, recevoir des alertes en cas d’incidents afin de gagner en réactivité (ex : taux de CO2 élevé dans une école, chaudière ou luminaire en panne …) ou encore piloter à distance des systèmes (contrôle de l’éclairage public, des carrefours à feux, du chauffage des bâtiments …).
Cette solution agit comme une véritable tour de contrôle, offrant une vision globale des différents domaines de l’action publique. A la différence d’un superviseur, dédié à un seul métier, l’hyperviseur est donc multi-métiers et donc multi-sources.
Techniquement, un hyperviseur n’est pas une plateforme de données. Il intègre aussi des "connecteurs" (passerelles pour la connexion avec les différents systèmes) ainsi qu’une interface de visualisation des données, en cartographie via le SIG (système d’information géographique) ou sous la forme de tableaux de bord.
Mais pour qu’il fonctionne parfaitement, encore faut-il savoir précisément ce que l’on veut en faire, déterminer qui va l’exploiter et comment, organiser les données et connecter leurs flux. Sans oublier un élément incontournable : ré-organiser ("désiloter") les services pour partager et exploiter des données de manière transversale.
Dans quel cadre et pour répondre à quels besoins envisager la mise en place d'un hyperviseur ?
Les collectivités se trouvent aujourd’hui face à des défis considérables : transition énergétique, résilience face au changement climatique, maîtrise des budgets publics, et attentes accrues des citoyens en matière de transparence... Des systèmes numériques fonctionnant en silos n’offrent pas une réponse complète et cohérente à tous ces enjeux. C’est en revanche la raison d’être d’un hyperviseur.
Outre disposer d’une vision globale pour mieux connaître et opérer le territoire, il permet aussi de croiser des données, afin de trouver de nouveaux leviers d’action (ex : croiser des données de qualité de l’air, de trafic, de la météo et des déplacements piétons, pour identifier les causes et effets de la fréquentation du centre-ville). Et comme il s’agit de solutions évolutives, il peut servir de support pour développer, de manière incrémentale, un projet de territoire connecté et durable.
Quels sont les avantages et bénéfices attendus de la mise en place d'un hyperviseur ?
Les avantages d'un hyperviseur pour la collectivité
Les collectivités ayant lancé un projet d’hyperviseur ont en général trois motivations principales : réaliser des économies financières (notamment sur la facture énergétique), améliorer les services en interne et auprès des habitants, accélérer leur transition énergétique. Grâce à l’hyperviseur, la collectivité peut mieux comprendre les forces et faiblesses de son territoire, grâce à la vision globale qu’il permet. Elle peut aussi facilement trouver des synergies et mutualiser les différents systèmes et infrastructures. Elle sera également plus réactive, grâce aux alertes. Enfin, un hyperviseur facilite le désilotage des services, car il favorise la mise en commun des données et la transversalité des initiatives.
Les avantages d'un hyperviseur pour les habitants
Pour les habitants, un des premiers bénéfices est l’accès à des informations leur facilitant la vie (ex : taux de pollen, temps d’attente aux déchèteries, niveau d’occupation des parkings…). Les habitants peuvent également bénéficier de l’amélioration des services dans les différents domaines couverts par l’hyperviseur : optimisation de l’éclairage, du chauffage, des mobilités, des déchets, etc. Enfin, ils peuvent aussi être sensibles à l’optimisation de la gestion des dépenses publiques qu’est censé permettre l’hyperviseur.
Quelles sont les principales étapes de mise en œuvre d'un hyperviseur ?
Étape 1 : Cadrer les besoins.
Préparer le terrain au déploiement d’un hyperviseur démarre comme tout projet, pas la classique identification des besoins. Mais cette phase est ici un peu plus complexe et plus orientée data. Si la décision de lancer le projet vient des métiers (ce qui est relativement courant), il faut préciser avec eux leurs attentes en définissant des cas d’usages et en déduire les données à exploiter et éventuellement celles à compléter. Pour y parvenir, il faut disposer d’un minimum de connaissances sur les possibilités techniques d’un hyperviseur. Ceci pour « inspirer » la définition des attentes. Selon les acteurs du secteur, cette connaissance n’est pas toujours acquise. Il peut donc être pertinent de faire appel à prestataire (assistant à maîtrise d’ouvrage ou bureau d’études) pour acculturer les métiers et les former aux fondamentaux de l’hypervision.
Si le projet est issu d’une volonté politique et non des métiers, cette acculturation est encore plus recommandée, car le projet peut répondre à des enjeux très généraux mais pas toujours suffisamment opérationnels.
Étape 2 : Choisir les prestataires.
A part quelques rares cas de développement internes, les projets d’hyperviseur sont en général basés sur des solutions proposées par des prestataires spécialisés, qui adaptent leur outil aux besoins et spécificités du territoire.
Souvent, le premier prestataire à identifier est le fournisseur de la plateforme de données. Un des critères est de choisir un prestataire capable d’assurer une réversibilité totale sur les données comme sur leur support de traitement et sur le stockage (migrer du SaaS vers du on-premise et inversement).
Ensuite, il faut choisir le prestataire de l’outil d’hypervision proprement dit (connecteurs et visualisation). Il peut parfois être le même que celui qui gère la plateforme de données, mais ce n’est pas une obligation. Le prestataire doit bien connaître les enjeux d’interopérabilité de systèmes (notamment des solutions d’interopérabilité telles que le framework Fiware), disposer de références clients solides et bien entendu apporter des garanties sur la robustesse et l’évolutivité de sa plateforme. L’ergonomie de la solution est aussi un critère important, car l’hyperviseur doit pouvoir être utilisé par les métiers, mais aussi par le DGS, le DGA ou même les élus.
Étape 3 : Créer des groupes de travail.
La bonne gouvernance du projet est une des clés de sa réussite. Il convient donc de créer une "équipe projet" qui va définir la feuille de route technique et en assurer un suivi régulier. Ce groupe de travail doit intégrer des représentants des différentes équipes opérationnelles (membre de la DSI, des métiers, des services techniques …). Les réunions de cette équipe projet sont souvent hebdomadaires.
En plus de cette équipe technique, il est recommandé de mettre en place un "comité de pilotage" qui va fixer et suivre les grandes orientations du projet, via des réunions trimestrielles. Ce comité de pilotage doit intégrer des décideurs, comme le DGS, le DSI, des directions métiers et des élus. Il s’agit bien ici d’arbitrages et de prises de décisions, pas de suivi technique. C’est également ce comité de pilotage qui devra rédiger le cahier des charges et fixer les objectifs chiffrés du projet (ex : niveau de réduction de la consommation énergétique des bâtiments ou de l’éclairage public).
Étape 4 : Identifier et collecter les premières données.
L’équipe projet va travailler avec une approche de « co-construction » avec le ou les prestataires, dans le cadre d’ateliers collaboratifs. Ces ateliers vont permettre d’identifier les données nécessaires pour atteindre les objectifs fixés et d’estimer si elles sont suffisantes ou si elles doivent être complétées.
Des premières collectes de données sont nécessaires pour identifier les data présentes ou manquantes, mais aussi pour évaluer leur qualité et les formats qu’elles exploitent. L’enjeu de l’interopérabilité des systèmes et des formats de données doit être mis sur la table à cette étape. Comme évoqué précédemment des solutions techniques comme Fiware existent. Il y a aussi les MIM’s (mécanisme minimum d’interopérabilité) qui ont vocation à faciliter l’échange de données entre plusieurs systèmes. Il s’agit en général d’un tableau en mode texte, qui n’est pas utilisé directement par les systèmes, mais par les services informatiques ou les développeurs de solutions, en guise de référentiel (lire l’avis d’expert sur le sujet).
L’interopérabilité est aussi assurée par la disponibilité des API (interface de programmation d'application) dont il convient de vérifier le contenu et le fonctionnement opérationnel. Dans tous les cas, il sera nécessaire de déployer des connecteurs qui feront office de passerelles de traduction et d’échanges entre les flux de données.
Étape 5 : Spécifier les fonctions de l’hyperviseur.
En parallèle de l’étape 4, l’équipe projet doit définir les futures fonctionnalités attendues pour l’hyperviseur (ex : pilotage de l’éclairage public, comptage des flux des mobilités). Ceci avec des précisions sur les éléments d’interface (visualisation sur carte, sur graphiques dynamiques, sur tableaux de bord). Il s’agit d’un cahier des charges détaillé, basé sur une exploration concrète des premières données. Une bonne approche consiste déjà à tester la plateforme sur un cas d’usage simple (ex : éclairage public). Cette étape se conclut par la construction des maquettes de l’hyperviseur.
Étape 6 : Mettre en oeuvre l'hyperviseur.
Cette étape n’est pas forcément la plus compliquée. Si les maquettes sont terminées et les connecteurs d’échange de données opérationnels, l’hyperviseur peut facilement être activé. Il sera d’abord déployé en interne, pour quelques utilisateurs tests, avant son ouverture vers les services externes accessibles par les habitants. Des évaluations régulières sont bien entendu nécessaires pour mesurer les résultats obtenus, ajuster les paramètres et intégrer de nouveaux usages. Un hyperviseur est en effet une plateforme évolutive. Le projet n’est jamais réellement « terminé ».
Quels sont les moyens à mettre en place pour déployer un hyperviseur ?
La réussite d’un projet d’hypervision repose bien souvent sur la personne qui le porte en interne. Ce « sponsor », doit être capable de toquer à toutes les portes de la collectivité (et être entendu), pour mobiliser, expliquer, vulgariser. Le plus souvent il s’agit du DSI, mais un responsable data ou un chargé de projet smart city peut aussi jouer ce rôle.
Outre la mise en place d’un groupe projet et d’un comité de pilotage, le déploiement d’un hyperviseur doit bien souvent s’accompagner d’une réorganisation globale du fonctionnement des équipes. Il faut « désiloter » et favoriser la transversalité, en commençant par instaurer un dialogue régulier entre les différentes parties prenantes (DSI, DGS, directions métiers …). L’hyperviseur favorise le partage de données et la mutualisation des actions. Il faut donc que les équipes fonctionnent de la même manière. Comme elles ont commencé à travailler ensemble dans la cadre du projet, il faut pérenniser cette collaboration. Cela peut être assuré via des réunions régulières (au moins trimestrielles), présentant des retours d’expérience des différents groupes d’utilisateurs de l’hyperviseur, mais aussi de nouvelles directions métiers souhaitant ajouter des usages à la plateforme.
Comment mesurer la réussite de l’action ?
Trois indicateurs peuvent être utilisés :
- Satisfaction et utilisation effective de la plateforme par les équipes (taux de connexion à la plateforme)
- Atteinte des objectifs sur des domaines où le ROI est mesurable rapidement (ex : réduction des consommations énergétiques des bâtiments publics, augmentation de la fréquentation du centre-ville …).
- Économies financières réalisées
Les conseils des élus qui sont déjà passés à l’action :
Vincent Ferrini, Chargé de missions Smart City, Ville d’Aix-en-Provence : « Commencez avec les données disponibles, comme celles d’Enedis ou GRDF. Ce sont des ressources précieuses, souvent sous-exploitées. Construisez des cas d’usage simples mais efficaces, avec un retour rapide sur investissement. Travaillez en proximité avec les services métier, sans chercher à piloter à leur place. Et surtout, acceptez d’apprendre sur le tas. Rien ne remplace l’expérimentation terrain pour adapter les outils aux réalités locales. Chaque succès, même modeste, permet d’élargir ensuite le périmètre et d’embarquer plus largement les équipes ».
Quelques données clés sur la mise en oeuvre d'un hyperviseur
Proposition applicable pour les collectivités suivantes
- Urbain
- Péri-Urbain
- Rural
- Montagne
- Littoral