La métropole toulousaine (31) déploie son propre réseau 5G
Depuis 2023, la métropole toulousaine déploie son propre réseau privé 5G multi-services. Ce réseau vient compléter une infrastructure numérique déjà installée comprenant 1500 km de fibre optique. Il a vocation à héberger des services destinés aux usagers pour améliorer la gestion des incidents par les services de sécurité ou encore, faciliter l'organisation des évènements culturels.
Antenne 5G déployée à Toulouse - Crédits photo : Banque des Territoires
Le projet assure à la collectivité une souveraineté numérique garantissant la continuité des services publics.
En quoi consiste concrètement votre projet et quels en sont les principaux objectifs ?
Baptisé HI5 (High Connectivity via 5G), le projet a consisté à déployer la 5G sur les zones identifiées comme les plus pertinentes dans la collectivité pour développer de nouveaux services. Il s'agit d'un réseau privé de connectivité mobile mutualisée, qui s'inscrit dans une démarche de souveraineté numérique. Le projet ne concurrence pas la fibre optique, mais vient en complément de celle-ci notamment quand elle n'est pas présente. Globalement, ce réseau constitue l'ossature sur laquelle se développeront et se développent déjà de nombreux cas d'usage.
Aujourd'hui, au centre-ville, quelques 500 caméras de vidéosurveillance sont connectées via la 5G. L'évènementiel en bénéficie également. Fin août 2025, le « Rose festival » a accueilli 115 000 participants en trois jours. HI5 a servi d'infrastructure de communication à toute l'organisation, du montage de scène à la gestion des parkings en passant par la sécurité et la communication sur les concerts. Un réseau d'opérateur commercial aurait pu être ponctuellement saturé au vu du nombre de festivaliers. D'autres applications vont émerger. La mobilité est un domaine clé qui mettra à profit cette technologie. Pour la régie de transport Tisséo, la 5G sera le socle de nouveaux services et l'est déjà pour remonter les flux de vidéosurveillance. Autre exemple, les 250 écoles de Toulouse déjà câblées pourront utiliser la visio en 5G. Les entreprises aussi, en priorité les PME et les TPE pourront bénéficier de plus de vitesse et de réactivité grâce à ce réseau. L'objectif global est de développer et de garantir la continuité des services publics de demain.
Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
Si le contexte international récent a mis en exergue le besoin d'un minimum de souveraineté, entre autres dans le domaine numérique, cette préoccupation n'est pas nouvelle pour nous. Depuis des années, nous œuvrons à garder la maîtrise des outils numériques comme celle de la data publique. Au-delà de cet aspect, utiliser le numérique au bénéfice de la collectivité est également inscrit depuis des années dans notre agenda. Dans les années 2000, Toulouse a fait partie des précurseurs dans l'utilisation des technologies numériques et de la data. Pour rappel, nous avons été l'une des premières villes, sinon la première pour laquelle la 3G et 4G étaient disponibles dans le métro. Et, au-delà des seuls réseaux, le programme smart city 2015-2020 a permis de construire une infrastructure de fibre optique couplée à une plateforme data et deux datacenters. Plus récemment, en 2021, nous avons mené une expérimentation baptisée "vol de nuit" dans le quartier Montaudran. Son objectif était de vérifier la compatibilité de différents modes de transmission de données comme la fibre optique, la 4G/5G et les liaisons sans-fil très haut débit par exemple entre des mâts d'éclairage. Alors quand, un appel à projet européen a été publié en 2023 sur le sujet de la 5G, la candidature de la métropole toulousaine s'imposait naturellement. Et elle a été couronnée de succès. Le projet HI5 (High Connectivity via 5G) est réalisé avec l’opérateur Alsatis et l’équipementier Nokia, il sera terminé fin 2025.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Depuis des années, nous avons pu voir un peu partout les initiatives lancées en Europe, en Asie ou aux États-Unis. Le constat s'impose, la maîtrise du numérique est une condition pour délivrer les services publics d'aujourd'hui et de demain. Rester à trouver comment financer et développer ce domaine. Certaines villes, comme Singapour par exemple, ont basé le développement de ces sujets sur un modèle très libéral. A Toulouse, j'ai porté un modèle original public-privé, un panachage permettant de garder la main sur les services.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?
Mener à bien ce type de projet repose d'abord et avant tout sur une volonté politique. De plus celle-ci doit s'inscrire dans la durée. Par définition, ces projets d'infrastructure s'étalent sur plusieurs années. Ensuite, il s'agit d'embarquer tout le monde, comprendre les agents comme les citoyens. 15 000 agents municipaux ont été acculturés à ces nouveaux usages. Nous avons commencé par les plus sensibles aux nouvelles technologies. De son côté, la population doit comprendre les enjeux et les bénéfices qu'elle peut en tirer. Le meilleur moyen est d'ouvrir le débat avec les citoyens par tous les moyens, en présentiel ou en visio, pour éviter les résistances toujours préjudiciables. Sur le plan technique, nous devons bien sûr avoir les compétences internes capables de contrôler ce que font les prestataires. En plus de la plupart des directions de la collectivité impliquées, deux postes à plein temps, des profils techniques pilotent le projet. Rappelons enfin que le projet repose sur un partenariat entre le public et le privé. Et que, nos deux partenaires, le finlandais Nokia pour les équipements et l’opérateur toulousain Alsatis, ont bien sûr apporté leur expertise.
Quelles furent les phases préparatoires du projet ? Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité ?
Comme je l'ai dit, la 5G est le prolongement des initiatives de la collectivité dans le domaine numérique. Les projets antérieurs ont servi de phases préparatoires. Nous savions quels et où étaient les premiers besoins. Côté faisabilité financière, nous avions regardé ce qui se passait dans d'autres pays. Un partenariat public-privé a été mis en place. Dans ce contexte, quand l'appel à projet européen a été publié, nous avons naturellement saisi cette opportunité.
Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Le choix des zones à équiper a pris en compte plusieurs critères. Les cas d'usage à venir devaient d'abord bien sûr être pertinents et diversifiés. En d'autres termes, les zones retenues devaient avoir vocation à développer le plus grand nombre possible de services dans le but de mutualiser ces infrastructures. Il s'agit par exemple d'un site de l'Université de Toulouse, l'IUT en l’occurrence. Les étudiants bénéficient de ce réseau pour faciliter les échanges, les cours en ligne... Il s'agissait aussi de s'inscrire dans une démarche à long terme et donc de répondre à des besoins récurrents, par exemple pour la sécurité. Notre réseau privé couvre le centre-ville, et également les lignes de métro pour faciliter la remontée et le contrôle des flux de vidéo issus des caméras de surveillance. D'autres critères ont été pris en compte comme l'équité. Dans cette perspective, la plus petite commune du territoire, Mondouzil qui compte environ 200 habitants, a été équipée. Le bâtiment de la métropole dédié à l'innovation fait aussi naturellement partie des sites retenus. Au total, sept zones ont été choisies et six sont déjà équipées, il en reste une à faire d'ici fin décembre. Au total, cela représentera 25 cellules 5G.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
Le budget global est de l'ordre de 4,4 M€. La métropole finance à hauteur 3,9 M€ et l'opérateur Alsatis de 500 k€. Sur ce total, l'aide financière de l’Union européenne monte à 2,8 M€. L'un des points forts du projet reposait sur le réseau de fibre optique déjà déployé
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
- Tisséo, l'opérateur de mobilité de la métropole de Toulouse
- La mairie de Mondouzil
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
En plus de ce qui a déjà été dit sur la nécessité d'une volonté politique et de la sensibilisation de la population sur ces sujets, une question se pose. Comment embarquer des collectivités plus petites qui pourraient bénéficier de ces démarches ? Comment les faire profiter de cette expérience ? Les territoires ne doivent pas travailler tout seuls dans leur coin. La communication, le partage d'expérience sont donc indispensables, comme notamment avec les associations nationales de France Urbaine, les associations des communes de France ou les Interconnectés.