Un hyperviseur pour fédérer les données IoT du département de la Somme (80)
Le projet de Somme Numérique est basé sur le déploiement d’un réseau LoRa bas débit dédié aux objets connectés et sur le développement d’un hyperviseur mutualisé et sécurisé pour traiter les données issues de multiples capteurs IoT. Il permet aux décideurs locaux de rendre leurs territoires plus intelligents et plus responsables tout en générant des économies.
L’objectif pour les élus était d’avoir un effet démonstrateur, afin de diffuser plus facilement le projet sur le reste du territoire.
En quoi consiste concrètement votre projet et quels en sont les principaux objectifs ?
Le projet de Somme Numérique consiste à déployer un réseau LoRa bas débit dédié aux objets connectés et à développer un hyperviseur mutualisé et sécurisé pour traiter les données.
L’objectif de notre projet est de permettre aux décideurs locaux et aux citoyens de rendre leurs territoires plus intelligents et plus responsables. Ceci en rendant plus efficients nos services publics et en générant des économies. La souveraineté et l’interopérabilité des données étaient également parmi les principales ambitions du projet.
Un PoC (Proof of Concept) a été réalisé avec sept entités publiques volontaires du Département (communes, EPCI et syndicat d’énergie) afin de tester des domaines d’application tels que l’éclairage public, la gestion des déchets ménagers, la maîtrise des consommations bâtimentaires, le suivi du niveau des cours d’eau, et bien d’autres encore… Les résultats probants du PoC ont permis de valider en septembre 2025 une généralisation du déploiement du réseau d’objets connectés à l’ensemble du Département.
À moyen terme, nous prévoyons d’enrichir encore notre hyperviseur avec la modélisation de nouveaux cas d’usage, tels que le comptage de flux, la détection de fuites sur les réseaux d’eau potable ou encore de l’analyse prédictive sur certains types de données avec de l’intelligence artificielle.
Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
Somme Numérique a déployé un réseau de fibre optique public sur l’ensemble de son territoire de compétence. En parallèle, le syndicat mixte s’est doté d’un centre d’hébergement de données pour sécuriser les données publiques et déployer des services numériques mutualisés. Le projet, généralement identifié sous l’appellation « des territoires connectés et durables », s’est donc naturellement imposé dans la continuité de nos activités. Il s’agit d’une offre complémentaire à forte valeur ajoutée pour le territoire et pour nos élus locaux, qui est construite dans un cadre mutualisé et souverain.
Après une période d’acculturation et de sourcing dès 2021, le projet a démarré en 2023 en retenant une équipe d’AMO avant de passer en phase plus opérationnelle en 2024 avec les premiers déploiements sur des territoires pilotes.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Nous nous sommes inspirés du réseau des acteurs locaux, très riche et toujours prêt à apporter à la communauté les bonnes pratiques et les écueils à éviter. Nous avons ainsi de bons relais grâce aux associations FNCCR et Avicca ainsi que de membres d’InfraNum*. Nos élus ont également eu l’occasion de suivre des retours d’expérience sur les salons de type Université de la transition numérique, États généraux des Réseaux d’Initiative Publique (RIP), RURALITIC…
Plus proche de nous, le syndicat mixte La Fibre Numérique 5962 avait lancé la machine quelques mois plus tôt et cela nous a permis de profiter de leur expérience. D’ailleurs, la Région Hauts-de-France soutient cette dynamique régionale en réunissant régulièrement les porteurs de RIP et les Opérateurs Publics de Services Numériques (OPSN). Nous avions même postulé en 2022, à l’appel à projets initié par la Banque des Territoires « Territoires Intelligent et Durable », dans le cadre d’un projet régional. Même si nous n’avons pas été retenus, la réflexion collective nous a fait avancer.
Enfin, nous avons commencé par mener une expérimentation sur nos territoires pilotes et volontaires, afin d’identifier les éléments clés du projet et de tester les premiers usages. L’objectif pour les élus était d’avoir un effet démonstrateur, afin de diffuser plus facilement le projet sur le reste du territoire.
*FNCCR : Fédération nationale des collectivités concédantes et régies
Avicca : Association des villes et collectivités pour les communications électroniques et l'audiovisuel
InfraNum : fédération française de professionnels du secteur des infrastructures de télécommunications.
Y a-t-il des compétences ou des sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?
Dans notre échelle de valeurs, il était important pour nous de maîtriser les grands principes de la technologie LoRa, le fonctionnement de l’architecture réseau et le rôle du Cœur de Réseau LoRaWAN.
Par ailleurs, disposant d’un maillage départemental de fibre optique et d’un data center, nous devions comprendre comment en tirer le meilleur parti pour garantir notre souveraineté sur l’intégralité du projet.
La montée en compétence est progressive et tend à s’accélérer avec la structuration des réseaux de collectivités qui s’organisent pour partager au national leurs retours d’expérience.
En termes de compétences, il a fallu acquérir des connaissances sur les réseaux radio et sur les spécificités par type de capteurs (indoor, outdoor, very deep indoor…). Nous avons dû appréhender les règles de nommage des capteurs dans le cœur de réseau afin d’avoir une nomenclature toujours lisible et claire, même en phase de généralisation.
Enfin, concernant la partie hyperviseur, accompagnés de nos AMO et d’acteurs locaux, nous avons exploré le champ des possibles concernant les formats de données afin de nous assurer de l’interopérabilité, de la réplicabilité et la souveraineté de notre modèle, de sorte à pouvoir comparer plusieurs de types de données entre elles.
Quelles furent les phases préparatoires du projet ? Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité ?
- Le sourcing (2021 – 2022)
Pour avancer sur le sujet, nous avons choisi d’explorer le champ des possibles en termes de technologie. Nous avons réalisé des actions de sourcing auprès des acteurs déjà engagés dans ce type de projet ; qu’il s’agisse de prestataires de services ou de collectivités.
- Préparation avec l’équipe d’AMO
Afin de nous approprier le projet, nous avons conclu en 2023 une mission d’accompagnement technico-économique et juridique avec SW Partners et RISÔM pour cadrer la méthodologie et disposer de compétences extérieures. Cette phase préparatoire était essentielle tant ce projet est complexe et comporte différentes briques qu’il convient de maîtriser individuellement. Cette période a été nécessaire pour la montée en compétence de nos équipes. Nous avons notamment mûri notre approche concernant le modèle européen de données interopérables avec l’association Faubourg du Numérique. Nous avons également publié un Appel à manifestation d’intérêt pour conforter notre déploiement d’un réseau public.
- Phase opérationnelle
En 2024, nous avons passé un marché de travaux attribué à Axione pour le déploiement des passerelles et la mise à disposition du cœur de réseau Actility. Nous avons alors constaté la difficulté concernant la pose des passerelles sur des points hauts, qui nécessite un temps de négociation non négligeable. Par la suite, nous nous sommes tournés vers Eridanis en 2025 pour l’intégration des capteurs et la modélisation des données sur un hyperviseur sur le périmètre de l’expérimentation.
Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Le syndicat mixte a dimensionné son expérimentation sur la base de collectivités et établissements publics volontaires, avec un panel d’usages représentatifs, afin de pouvoir décliner un modèle technique et économique pour la généralisation. Au regard de ces premiers éléments d’analyse, le comité syndical s’est donc positionné en faveur de la généralisation du déploiement du réseau d’objets connectés en juin 2025. Pour la suite, il n’y a pas de schéma de déploiement spécifique.
Nous continuons à avancer en fonction des besoins exprimés par les collectivités pour dimensionner l’infrastructure en fonction des usages. Cela se traduit par le déploiement de nouvelles zones de couverture sur les communes les plus importantes du département ainsi qu’autour de projets plus avancés. À date nous prévoyons à minima 50 nouvelles passerelles Lora sur 2026 avec un objectif, à moyen terme, de 450 passerelles au total pour couvrir tout le département.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
Le syndicat mixte a financé l’expérimentation sur ses fonds propres, avec l’aide des fonds européens Feder à hauteur de 60%, grâce au soutien de la Région Hauts-de-France. Pour la suite du programme, le syndicat mixte a adopté une offre de services avec des contributions spécifiques permettant de financer l’investissement porté par le syndicat mixte. Les collectivités et établissements publics concernés financent les capteurs qui sont leur propriété, déduction faite du Feder.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Les élus et agents publics bénéficiaires de l’expérimentation ont co-construit le projet du syndicat mixte, au travers de comités de pilotage réguliers. La diversité des participants et leur engagement nous ont permis d’ajuster les procédures et les attendus du projet, tant sur le déploiement des passerelles que sur le choix des capteurs ou la création de la plateforme de données. A ce jour, les citoyens n’ont pas participé à ce projet.
- Assistance à Maîtrise d’ouvrage : SW Partners et RISÔM
- Intégrateur en charge du déploiement des passerelles et des capteurs : Axione
- Incubateur de la première plateforme IOT de test : Faubourg du Numérique
- Hyperviseur de données de production : Eridanis
- Co-financeurs du projet : Région Hauts-de-France /Feder + Banque des territoires
- Collectivités pilotes : Communauté de Communes Ponthieu Marquenterre / Communauté de Communes du Vimeu / Communauté de Communes Terre de Picardie / Communauté de Communes Avre Luce Noye / Commune de Rue / Commune de Long / Territoire d’Energie 80
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Je conseillerais de prendre le temps d’explorer les réalisations des territoires qui se sont déjà lancés afin d’appréhender les points forts et les points faibles d’un tel projet. Des réseaux d’échanges à l’échelle nationale entre collectivités commencent à s’organiser ; leurs retours d’expérience peuvent s’avérer précieux.