GOUVERNANCE ET SOCLES TECHNOLOGIQUES

Châlons-en-Champagne (51) construit son projet autour d’un hyperviseur souverain open source

Niveau d'expertise : intermédiaire

Cet article a été rédigé par

Depuis 2023, Châlons-en-Champagne mène son projet de TCD, baptisé « Connecte Châlons », structuré autour d’un hyperviseur open source souverain. Porté par un MPGP (Marché Public Global de Performance) de 35,5 M€ sur 12 ans, il vise à optimiser l’éclairage public, les mobilités, le réseau de vidéoprotection et la consommation des bâtiments.

L’objectif du projet d’hyperviseur, et de smart city, était de favoriser cette transversalité par la mise en œuvre d’outils collaboratifs, partagés et interconnectés.

Cyrille Barrières

Châlons-en-Champagne, aux côtés de Châlons Agglo, Saint-Martin-sur-le-Pré et Fagnières mènent depuis 2023 le projet "Connecte Châlons ". Il est porté par un marché global de performance de 35,5 M€ sur 12 ans, confié à un groupement mené par Bouygues Énergies & Services. Au cœur de ce projet : un hyperviseur open source souverain vers lequel remontent toutes les données de différents superviseurs métier. Un projet qui couvre divers domaines, dont la modernisation de l’éclairage public, le monitoring énergétique des bâtiments publics, la mise en place de feux tricolores intelligents et une évolution du réseau de vidéoprotection. Objectif : répondre aux nouvelles attentes des usagers et faire face aux enjeux énergétiques.

En quoi consiste concrètement le projet Connecte Châlons et quels en sont les principaux objectifs ?

Notre projet repose sur la construction d’une plateforme centrale de données et de services pour quatre collectivités (Châlons-en-Champagne, Châlons Agglo, Saint-Martin-sur-le-Pré et Fagnières), en vue de développer de nouveaux usages numériques à destination des agents et des usagers. Cette plateforme, coconstruite avec les agents du territoire, est développée sur mesure pour les quatre collectivités afin d’exploiter les données liées à l’éclairage public, la mobilité, la sécurité et la qualité de vie du territoire.

Le cœur de cette plateforme est un hyperviseur en open source (Provoly, de Onepoint) vers lequel remontent toutes les données de différents superviseurs métier. Cet hyperviseur est exploité au niveau du Poste de Commandement Centralisé (PCC) qui permet de piloter à distance l’ensemble des équipements et services depuis un lieu unique. Nous avons fait le choix d’un hyperviseur open source afin de répondre à des enjeux de souveraineté numérique, d’indépendance technologique et aussi de cybersécurité.

Le projet couvre de nombreux domaines mais la première brique est la modernisation de l’éclairage public. Concrètement, sur les 10 000 points lumineux que comptent les quatre collectivités, 7 260 sont en cours de migration LED, en intégrant de la gradation nocturne (baisse d’intensité en cœur de nuit). Deux cent trente armoires ainsi que 2 170 points lumineux doivent disposer d’un pilotage à distance via un superviseur dédié. Pour cela, nous déployons un réseau territorial LoRa privé. Grâce à cette supervision à distance, l’éclairage public peut être ajusté de manière fine en fonction des quartiers, des rues, des horaires et des événements. Par ailleurs, 510 détecteurs de présence sont en cours d’installation pour compléter le dispositif dans les parcs et jardins notamment (extinction/allumage en fonction de la présence).

Le projet couvre également d’autres domaines, dont la mobilité avec des feux tricolores supervisés à distance (25 carrefours à feux et 32 bus équipés pour faire de la priorisation de bus et ainsi diminuer le temps de trajet des usagers) ainsi que du stationnement intelligent (capteurs pour identifier les places disponibles sur les parkings payants en voirie). Connecte Châlons dispose aussi d’un volet sécurité avec la modernisation de son réseau de vidéoprotection via un renouvellement de l’ensemble des caméras (environ 140) et le déploiement d’un outil d’analyse d’images par IA, notamment pour du comptage de flux, la détection de rassemblements de foule et la détection de dépôts sauvages.

Le projet porte aussi sur le cadre de vie, notamment via la mise en place d’une application mobile pour le signalement citoyen ainsi que par le déploiement de solutions d’arrosage intelligent. Le monitoring des bâtiments, en particulier les écoles et les complexes sportifs, fait également partie du projet. Les bâtiments vont être équipés de capteurs (CO2 et température) visant à réguler l’éclairage et le chauffage, ainsi qu’à mesurer la qualité de l’air (61 bâtiments seront équipés d’une GTB). Tout comme les données liées à l’éclairage public, celles des bâtiments remonteront en temps réel vers l’hyperviseur.

Ce projet est porté par un Marché public global de performances (MPGP) de 12 ans, attribué à Bouygues Énergies & Services, Onepoint et Aximum.

Le contrat prévoit notamment un engagement de réduction des consommations d’énergie de 76% en moyenne sur l’éclairage public intelligent et de 40% grâce au monitoring des bâtiments.

Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?

Les réflexions autour de Connecte Châlons ont été amorcées en 2018 pour répondre d’abord à des enjeux organisationnels. Nous souhaitions disposer de plus de transversalité entre les services, au bénéfice des citoyens et usagers. En effet, la gestion de l’espace public était répartie entre plusieurs directions et, de ce fait, le partage d’informations n’était pas optimisé. De plus, l’absence d’outils métier partagés ne facilitait pas la circulation et même la simple connaissance de ces informations. Aussi, l’objectif du projet d’hyperviseur, mais plus largement de smart city, était de favoriser cette transversalité par la mise en œuvre d’outils collaboratifs, partagés et interconnectés.

Nous avons construit le projet au travers de nombreux ateliers impliquant élus et agents. Cela a permis notamment de valider la perspective suivante : le développement de nouveaux outils pour nos agents et la mise en place des nouvelles modalités organisationnelles doivent permettre d’optimiser la gestion de nos actions, mais aussi de proposer de services innovants aux citoyens.

En ce début 2026, l’hyperviseur est déployé mais continue d’évoluer chaque semaine. La partie vidéoprotection IA est en place, tout comme les solutions de stationnement intelligent. Nous finalisons la modernisation de l’éclairage public. Les autres solutions seront progressivement déployées en 2026.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Le projet Connecte Châlons s’inspire bien entendu des projets de territoires connectés et durables phares, tels que ceux de Dijon ou d’Angers. Pour autant, il n’est pas calqué sur ces autres projets en termes d’applications métier et de périmètre. Leur principe du MPGP a été retenu, mais il a été adapté à notre territoire.

Pour nous accompagner, nous avons eu recours aux services d’un AMO (Assistant à maîtrise d’ouvrage) qui est le cabinet TACTIS. Il nous a aidés à définir les contours du projet et à identifier les données métiers qui feraient l’objet de remontées vers un hyperviseur.

Y a-t-il des compétences ou des sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?

Compte tenu de la complexité des connexions entre outils et équipements, le projet s’appuie largement sur les compétences et le savoir-faire de la DSI. En effet, de nombreuses expertises métiers sont à l’honneur : développeurs, data manager, administrateurs systèmes RSSI, experts réseau, DPO.

D’un point de vue plus global, le MPGP sur lequel repose Connecte Châlons nécessite de pouvoir s’appuyer sur des compétences variées en matière de juridique, de commande publique ou de finances. D’autant plus que ce MPGP a été contractualisé sur 12 ans et implique un volet investissement, fonctionnement, et accompagnement au changement.

Quelles furent les phases préparatoires du projet ? Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité ?

Parmi les préparatifs du projet, il y a eu la formation à la smart city du précédent DSI. Nous avons également rencontré nos homologues à Dijon et Angers, notamment pour comprendre comment ils avaient monté leur projet. Ensuite, le projet s’est construit via des ateliers collaboratifs intégrant des représentants des différentes directions métier. La réflexion autour du projet s’est aussi appuyée sur un comité de pilotage (COPIL) composé d’élus représentant les différentes composantes métier et les différentes entités impliquées dans le projet (Agglo, Ville de Châlons, Fagnières et Saint-Martin-sur-le-Prè).

Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

Les grandes orientations du projet décidées par le COPIL ont été traduites opérationnellement via des échanges avec les directions métier et durant les ateliers de travail collaboratif avec les services. Cela a notamment permis d’identifier les cas d’usage qui seraient couverts par le projet.

Le travail avec TACTIS nous a également permis de définir plus finement les contours du projet, d’en formaliser un cahier des charges, de lancer l’appel d’offres et d’organiser le dialogue compétitif. Enfin, cela nous a permis aussi de formaliser le contrat final.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?

Le projet dispose d’un budget total de 35,5 millions d’euros. Nous bénéficions, en particulier pour le socle SI et donc l’hyperviseur de subventions issues du Fonds Vert ou du fonds européen FEDER (montants non communiqués, NDLR).

Par ailleurs, le MPGP doit permettre de réaliser des économies substantielles. Cela doit servir à dégager des capacités d’investissement pour le projet.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

  • Châlons-en-Champagne, Châlons Agglo, Saint-Martin-sur-le-Pré et Fagnières
  • TACTIS
  • Bouygues Energies & Services, Onepoint et Aximum

 

Le projet en détails

Dates clés

  1. Juillet 2023

    Début de la collaboration avec le groupement d’entreprises

  2. Janvier 2025

    Ouverture du PCC

  3. Mai 2025

    Mise en production de la V1 de l’hyperviseur et plus généralement du socle SI (éclairage public, vidéo protection)

  4. Novembre 2025

    Intégration du métier "signalisation tricolore"

Chiffres clés

  • 35,5

    millions d'euros de projet sur 12 ans pour les 4 collectivités

  • 4 000

    objets connectés prévus

  • 76

    % d’économies d’énergie sur l’éclairage public et le monitoring des bâtiments 

À retenir

  • Ce projet a été l'occasion de repenser et d'optimiser l’organisation, et converger vers des méthodologies et processus communs. Il a permis également de faire monter les agents en compétence.

  • Le pilotage des équipements en temps réel permet une meilleure réactivité des services, par exemple sur les éventuelles pannes d’équipements d’éclairage ou de vidéoprotection.

  • Le pilotage d’un MPGP est relativement complexe.

Ressources

  • Connecte Châlons : Bâtir les Services Publics Connectés et Durables de Demain

    Communication de Châlons-en-Champagne

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  • A Châlons-en-Champagne, l’hyperviseur élargit la smart city

    Site de Tactis

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  • Fonds Vert

  • FEDER

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