TRANSITION ÉCOLOGIQUE ET ÉNERGÉTIQUE

Détecter précocement les départs de feux grâce au numérique pour protéger les territoires

Description de la proposition

Description de la proposition

En quoi consiste l'utilisation du numérique pour détecter les départs de feux ?

La détection précoce des feux de forêt grâce au numérique peut combiner plusieurs technologies de pointe complémentaires. Les caméras équipées d'intelligence artificielle, installées sur des points hauts stratégiques (châteaux d'eau, antennes de télécommunication, sites privés…), analysent en continu les images pour détecter fumée et flammes avec une précision remarquable (chaque pixel étant analysé automatiquement). Ces caméras effectuent des routines de surveillance 24h/24 sur un spectre de 180° chacune, avec une portée moyenne de 25 km et une précision de localisation de 150 mètres. Une ou deux caméras sont également installées sur chaque site pour les levées de doute. Ces dernières permettent de zoomer jusqu’à 40 km en moyenne voire 60 km par beau temps.

Le système fonctionne grâce à une intelligence artificielle basée sur le cloud qui s'améliore continuellement : chaque jour, les fausses alertes sont analysées pour affiner les algorithmes de détection. Cette approche permet de distinguer efficacement les vrais départs de feu des artefacts (reflets sur façades, fumées de cheminée, activités industrielles).

Des drones autonomes équipés de capteurs thermiques peuvent compléter le dispositif pour patrouiller les zones sensibles, tandis que des capteurs IoT dispersés dans la forêt mesurent la température, l’humidité et détectent les composés chimiques précurseurs d'incendies. L'ensemble de ces données est traité par des algorithmes d'IA qui alertent instantanément les services de secours, permettant une intervention dans les premières minutes cruciales du départ de feu.

Dans quel cadre et pour répondre à quels besoins envisager cette proposition ?

Depuis les années 1980, la France s'appuie sur une doctrine d'attaque massive des feux naissants, permettant de maîtriser plus de 85 % des incendies avant qu'ils n'atteignent un hectare. En période de risque élevé, cette stratégie exige de traiter tout départ de feu dans les 10 minutes suivant sa détection.

Le dérèglement climatique bouleverse cette équation en intensifiant les risques avec des épisodes de sécheresse plus fréquents et prolongés, touchant désormais des territoires historiquement préservés. Ainsi, en 2022, près de 70 000 hectares ont brûlé en France, causant des dégâts environnementaux, économiques et humains considérables (la moyenne annuelle des dix années précédentes était d’environ 17 000 hectares brûlés). Ces événements ont révélé la vulnérabilité de régions comme la Bretagne, qui a enregistré le deuxième plus important incendie de France après celui de la Gironde.

Face à l'étendue des territoires à surveiller et aux contraintes budgétaires croissantes, les méthodes traditionnelles (tours de guet, patrouilles) atteignent leurs limites. Les collectivités doivent impérativement adopter des solutions technologiques innovantes assurant une surveillance continue de leurs espaces forestiers.

Cette proposition s'adresse aux territoires exposés aux risques d'incendies (ruraux, périurbains ou montagnards), particulièrement ceux des zones méditerranéennes, atlantiques ou désormais du nord de la France. L'enjeu : transformer la détection tardive en alerte ultra-précoce, réduisant les délais d'intervention de plusieurs heures à quelques minutes critiques.

Quels sont les avantages et bénéfices attendus de la mise en place d'outils numérique pour détecter les départs de feux ?

Pour les collectivités, la détection précoce représente des économies considérables en évitant les coûts de reconstruction d'infrastructures détruites et les pertes de revenus touristiques. Elle préserve le patrimoine naturel et maintient l'attractivité du territoire. La réduction drastique des surfaces brûlées (objectif de réduction d'au moins 50 %) protège la biodiversité locale et les écosystèmes forestiers essentiels à l'équilibre environnemental.

Au-delà de la lutte contre les incendies, ces équipements de surveillance offrent une polyvalence remarquable. Les mêmes caméras peuvent être utilisées pour :

  • Détecter les réfugiés de la route lors de tempêtes de neige
  • Surveiller les bateaux en perdition en mer avec leurs feux de détresse (départements avec littoral)
  • Évaluer les dégâts lors de tempêtes (toitures envolées, arbres sur routes)
  • Surveiller les pollutions marines et l'arrivée d'algues sur les côtes (départements avec littoral)
  • Appuyer la lutte contre le braconnage en partenariat avec les forces de l'ordre

Cette mutualisation d'usages permet d'optimiser considérablement le retour sur investissement et de répartir les coûts de fonctionnement entre différents services.

Les collectivités bénéficient également d'une meilleure image de marque grâce à leur engagement dans l'innovation technologique au service de la protection environnementale. Cette approche proactive renforce par ailleurs la confiance des citoyens.

Pour les habitants et les usagers, cette technologie offre une sécurité accrue en réduisant drastiquement les risques d'évacuation d'urgence et de mise en danger. La qualité de l'air est préservée grâce à la limitation des fumées toxiques émises par les grands incendies. Les activités de loisirs en forêt (randonnée, camping, sports nature…+) peuvent se poursuivre dans de meilleures conditions de sécurité.

La préservation des paysages maintient le cadre de vie et les valeurs immobilières. Les professionnels du tourisme et de la forêt voient leurs activités économiques protégées, garantissant la pérennité de l'emploi local.

Quelles sont les étapes de mise en œuvre d'outils numérique pour la détection précoce des feux ?

Étape 1 : Mise à l'agenda de la collectivité
Sensibiliser les élus aux bénéfices des technologies de détection précoce et à l'urgence climatique. Constituer un comité de pilotage incluant services techniques, services de secours et gestionnaires forestiers. Définir une stratégie de déploiement accéléré si le contexte politique le permet.

Étape 2 : Inspiration des expériences de collectivités comparables
Étudier les retours d'expérience de départements pionniers comme l'Indre-et-Loire qui déploie 12 caméras IA, les Landes avec ses 54 caméras de surveillance, la Sarthe (nouvelle fenêtre) (50 caméras sur 16 points hauts) ou la région PACA, qui utilise l'imagerie satellitaire. Analyser les projets récents déployés en un temps record (moins de 7 mois) pour identifier les bonnes pratiques.

Étape 3 : Pilotage de la montée en compétences
Former les équipes techniques aux nouvelles technologies de surveillance intelligente et établir des partenariats avec les services d'incendie et de secours et avec les organismes de recherche spécialisés. Prévoir la formation de spécialistes internes pour l'exploitation quotidienne du système.

Étape 4 : Réalisation des diagnostics et analyses
Cartographier précisément les zones à risque et réaliser une étude SIG complète. Analyser la topographie pour l'implantation optimale des équipements en étudiant l'ensemble des sites potentiels (généralement 25 à 30 sites étudiés pour en retenir 9 à 12). Évaluer la couverture réseau nécessaire et les besoins en infrastructure (fibre optique, 4G/5G, alimentation électrique). Créer une matrice décisionnelle prenant en compte la sécurisation du site, l'accessibilité, les autorisations nécessaires.

Étape 5 : Identification des financements
Mobiliser les subventions (plan France Relance, fonds débloqués après les feux de 2022) dédiées à la prévention des risques naturels et à l'innovation numérique. Évaluer la possibilité d'auto-financement pour accélérer le déploiement si nécessaire.

Étape 6 : Mise en œuvre accélérée
Utiliser des procédures d'urgence ou des marchés publics existants pour accélérer le processus. Déployer progressivement les équipements en commençant par les zones les plus sensibles. Mener en parallèle toutes les démarches administratives (délibérations communales et communautaires, autorisations AIPD, dossiers préfectoraux). Tester et ajuster les algorithmes d'IA, puis étendre la couverture territoriale. Prévoir une inauguration en conditions réelles pour démontrer l'efficacité du système.

Quels sont les moyens à mettre en place pour déployer les outils de détection des feux ?

Enjeux réglementaires et conformité RGPD :

Le déploiement de caméras de surveillance à haute résolution impose des contraintes réglementaires strictes. La précision de ces équipements permet techniquement de voir dans l'intimité des habitations, rendant obligatoire une Analyse d'Impact sur la Protection des Données (AIPD).

Cette procédure administrative complexe nécessite des dossiers de 300 pages par département, comprenant une description technique détaillée, une évaluation juridique de la proportionnalité du traitement, et une analyse des risques pour la vie privée. Le processus implique des commissions spécialisées qui ne se réunissent que tous les deux mois, rallongeant considérablement les délais. La technicité de ces dossiers conduit souvent à faire appel à des cabinets d'avocats spécialisés.

Par conséquent, les systèmes utilisés doivent intégrer des mesures de protection dès la conception : floutage automatique des habitations, limitation de l'historisation des données à 7 jours, et accès restreint aux opérateurs habilités. Ces contraintes garantissent l'équilibre entre sécurité publique et protection de la vie privée, condition indispensable à l'acceptabilité sociale de ces technologies.

Ressources humaines spécialisées :

Le déploiement nécessite des équipes pluridisciplinaires : techniciens formés aux systèmes de surveillance intelligente, ingénieurs data pour l'analyse des données collectées et l'amélioration continue de l'IA, et coordinateurs pour assurer la liaison avec les services de secours et les différents partenaires institutionnels.

Infrastructure technologique :

Les moyens technologiques incluent des caméras haute définition équipées de capteurs thermiques et infrarouges. Dans le Finistère par exemple, chaque site est équipé de 4 caméras : 2 caméras de détection fonctionnant en routine automatique 24h/24 sur 180°, et 2 caméras pilotables manuellement pour les interventions ciblées et levée de doute. Le système peut être complété par des drones autonomes équipés de systèmes de détection et des capteurs IoT dispersés en forêt.

Une plateforme de traitement des données basée sur l'intelligence artificielle, hébergée dans le cloud, permet l'analyse en temps réel des images et l'amélioration continue des algorithmes de détection grâce à l'apprentissage automatique.

Infrastructure réseau et travaux :

L'infrastructure réseau doit garantir la transmission des données en temps réel, nécessitant au choix le déploiement de la fibre optique, de la connectivité 4G ou 5G (publique ou privée), de réseaux LoRaWAN ( installations de capteurs en complément) ou l'utilisation de la connectivité satellitaire dans les zones isolées.

Chaque site nécessite des travaux conséquents : VRD (voirie et réseaux divers), creusement et pose de fourreaux, installation d'un local technique sécurisé, et raccordement électrique dédié avec sous-compteur. L'implantation se fait généralement sur des châteaux d'eau communaux ou des sites privés d'opérateurs télécoms, nécessitant des autorisations spécifiques.

Centre de supervision :

Un centre de supervision opérationnel 24h/24 traite les alertes et coordonne les interventions. Les interfaces intégrées permettent le pilotage en temps réel des caméras, la localisation précise des feux (avec une précision de 150 mètres), et la création de zones d'exclusion temporaires pour éviter les fausses alertes répétitives.

Partenariats stratégiques :

Les partenariats avec les fabricants de solutions, les centres de recherche, les services d'incendie et de secours, ainsi que les opérateurs télécoms (pour l'utilisation de leurs infrastructures) sont essentiels pour optimiser l'efficacité et réduire les coûts du système.

Comment mesurer la réussite de la surveillance des départs de feux grâce au numérique ?

  • Temps de détection : réduire le délai entre le départ de feu et l'alerte avec un objectif idéal de détection quasi-instantanée.
  • Taux de couverture territoriale : atteindre 90 % de surveillance des zones forestières sensibles du territoire grâce à une portée de détection par les caméras de détection d’environ 25 km par site.
  • Réduction des surfaces brûlées : diminuer d'au moins 50 % les hectares détruits annuellement grâce à l'intervention précoce.
  • Précision de localisation : les caméras de levée de doute permettent de zoomer jusqu’à 40 km voire 60 km par beau temps.
  • Taux de fausses alertes : maintenir un taux de fausses alertes inférieur à 10 % grâce à l'amélioration continue de l'IA
  • Polyvalence d'usage : mesurer l'utilisation du système pour d'autres missions de sécurité civile et de surveillance territoriale

Les conseils de ceux qui sont déjà passés à l’action :

D'après les retours d'expérience des collectivités pionnières, il est essentiel de commencer par une phase pilote sur une zone restreinte pour tester et ajuster le système avant un déploiement plus large. Cependant, dans un contexte d'urgence climatique, il peut être nécessaire d'accélérer le processus en prenant des risques calculés sur les autorisations administratives.

La formation des équipes et l'établissement de procédures claires avec les services de secours sont des prérequis indispensables. Il est crucial de prévoir dès la conception l'intégration avec les centres opérationnels existants et les systèmes d'information géographique.

Les élus recommandent également d'impliquer dès le départ les habitants et associations locales pour favoriser l'acceptation de ces nouvelles technologies de surveillance, en mettant l'accent sur la protection des données personnelles et les bénéfices collectifs.

La mutualisation des coûts entre plusieurs collectivités ou avec d'autres services de l'État (marine nationale, gendarmerie, douanes) permet de réduire significativement l'investissement initial tout en bénéficiant d'une expertise partagée et d'une utilisation optimisée des équipements.

Il est également recommandé d'anticiper dès la mise en œuvre les usages futurs du système (surveillance maritime, météorologie, sécurité routière) pour maximiser le retour sur investissement et justifier les coûts de fonctionnement.

Quelques données clés sur l'usage du numérique pour la détection précoce des feux

Délai moyen de mise en oeuvre pour couvrir un territoire départemental selon la procédure classique
18 à 24 mois
Taux de fausses alertes détectées par les systèmes d'intelligence artificielle
1O%
Budget d'investissement du SDIS29 pour équiper 9 sites de surveillance et couvrir le Finistère
2 Millions d'euros

Proposition applicable pour les collectivités suivantes

  • Urbain
  • Péri-Urbain
  • Rural
  • Montagne
  • Littoral

Je m'inspire avec les retours d'expériences d'autres collectivités sur cette proposition

  • Collectif, Syndicat du Bois de l’Aumône (SBA)

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