Télégérer son éclairage public : à l'armoire ou au point lumineux ?
Entretien avec Wilfried Kopeck, chef du département Autres Infrastructure en Réseau à la FNCCR, Fédération Nationale des Collectivités Concédantes et des Régies. Son département couvre des domaines comme l'éclairage public et la mobilité décarbonée. Face à la crise énergétique et à la hausse des coûts de l'électricité, de nombreuses collectivités envisagent de moderniser leur éclairage […]
Entretien avec Wilfried Kopeck, chef du département Autres Infrastructure en Réseau à la FNCCR, Fédération Nationale des Collectivités Concédantes et des Régies. Son département couvre des domaines comme l'éclairage public et la mobilité décarbonée.
Face à la crise énergétique et à la hausse des coûts de l'électricité, de nombreuses collectivités envisagent de moderniser leur éclairage public et de le rendre plus durable. Parmi les innovations récentes figure la télégestion de l’éclairage public, une technologie qui suscite cependant de nombreuses questions. Avantages, options, et moyens à déployer : on fait le tour de la question.
Télégérer son éclairage public : un suivi en temps réel
La télégestion représente un véritable atout pour les collectivités, car elle permet de contrôler à distance son éclairage public, ainsi que de recueillir des données en temps réel. Par exemple, la télégestion peut vous dire en temps réel s’il y a une panne sur votre réseau, en vous indiquant l’emplacement précis. Elle transforme donc le réseau en un système communicant permettant de faire remonter l’information et d’envoyer des ordres aux installations. Grâce à la télégestion, vous pourrez ainsi plus facilement envoyer un électricien réparer un luminaire défectueux.
Bien que la télégestion existe depuis plusieurs années pour piloter les bâtiments communaux, son utilisation est particulièrement récente pour l’éclairage public. « C’était un réseau très électrique jusqu’à maintenant, peu électronique et encore moins numérique. Mais la télégestion de l’éclairage public peut nous faire aller bien plus loin. » indique Wilfried Kopeck. En effet, au-delà de la gestion de la lumière, il est possible de connecter d’autres services et objets, comme la gestion des parkings, la vidéoprotection, les bornes de mobilités. Le tout piloté à partir d’un superviseur ou d’un hyperviseur. « C’est le début de la Smart City. » poursuit Wilfried Kopeck.
Mais alors, comment ça s’installe ? Dans un premier temps, il est nécessaire de trouver un réseau de communication adapté. Cela peut être LoRa, GSM, CPL, etc. Le plus important c’est de « choisir la technologie qui est adaptée à son territoire ». Dans un second temps, il faut adosser son système électrique sur ce réseau. Enfin, si on souhaite contrôler à distance plusieurs services en plus de l’éclairage, il est nécessaire d’installer des outils comme un superviseur ou un hyperviseur.
La télégestion permet d’optimiser la consommation en ajustant les scénarios d’éclairage selon les besoins énergétiques et en évitant les déplacements pour les reprogrammations. À la clé : des économies d’énergie et de coûts. « La télégestion renforce ces économies en permettant des ajustements rapides en fonction des fluctuations de prix de l’électricité. » abonde Wilfried Kopeck.
Pour réaliser des économies d’énergie substantielles, la télégestion de l’éclairage public doit se faire en combinaison avec le passage de l’éclairage en ampoules LED, qui consomment moins que les lampes traditionnelles.
A l’armoire ou au point lumineux : que choisir ?
Lorsqu’on met en place un réseau d’éclairage public, souvent, deux options s’offrent à nous : piloter le réseau à l’armoire électrique ou au point lumineux, chacune de ces options pouvant être télégérée.
Ces deux solutions présentent des avantages, mais aussi des inconvénients :
- Armoire électrique : moins onéreuse, une armoire peut gérer des grappes de 20 à 100 lampadaires, offrant un pilotage de groupes d’éclairage avec des coûts d’installation et d’exploitation plus réduits. Cette option est optimale pour les grandes zones urbaines ou périurbaines, car elle simplifie la gestion de l’éclairage. Son seul inconvénient est que sa précision de contrôle est plus limitée, surtout au niveau de la variation d’intensité.
- Point lumineux : chaque lampadaire est équipé pour une gestion individuelle, permettant un contrôle plus fin du réseau. Cependant, cette approche est coûteuse et moins facile à gérer.
À tous égards, le pilotage via armoire électrique reste plus avantageux que la gestion au niveau du point lumineux, y compris en matière de télégestion. En effet, la télégestion au point lumineux présente des inconvénients, car elle nécessite l’ajout de matériel électronique qui entraîne des coûts supplémentaires. Tandis que la télégestion d’une armoire électrique se fait directement via le compteur, la gestion d’un point lumineux nécessite l’installation d’un capteur. En extérieur et dans l’espace public, ce matériel est également plus exposé aux risques et à l’usure : « On peut imaginer que leur durée de vie ne sera pas de 30 ans, comme c’est le cas pour le reste du matériel d’éclairage public. Donc tout ce qui va être matériel électronique qu’on va y adjoindre, forcément, va induire une plus grande fragilité du réseau. » précise Wilfried Kopeck.
Mettre en place la télégestion
Pour réussir la mise en place de la télégestion, les collectivités doivent considérer plusieurs éléments :
- La technologie de communication locale, le choix d’un superviseur qui puisse évoluer sur le long terme (environ 20 ans), et une montée en compétences numériques.
- Les équipes en place, souvent issues de métiers traditionnels de l’électricité et de l’électronique, devront s’adapter à l’intégration des outils numériques.
- En l’absence de compétences internes, les collectivités peuvent recourir à des consultants en maîtrise d’ouvrage pour assurer une transition efficace.
Le conseil de l’expert :
« Il faut profiter de la période de renouvellement de l’éclairage public et du passage en LED, pour mettre en place un système de télégestion.»