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Les données au service de la mobilité inclusive des piétons en ville

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Se déplacer en milieu urbain nécessite de disposer d’informations fiables sur les transports, les itinéraires et l’état des voiries. Grâce à différentes sources d’informations telles que les prises de vues aériennes de l’IGN mais surtout par des données collectées sur le terrain (revêtement, objets) les collectivités peuvent produire les données normalisées alimentant les calculateurs d’itinéraires […]

Les données au service de la mobilité inclusive des piétons en ville

Se déplacer en milieu urbain nécessite de disposer d’informations fiables sur les transports, les itinéraires et l’état des voiries. Grâce à différentes sources d’informations telles que les prises de vues aériennes de l’IGN mais surtout par des données collectées sur le terrain (revêtement, objets) les collectivités peuvent produire les données normalisées alimentant les calculateurs d’itinéraires adaptés aux usagers et à différents profils de handicap. Quelques villes ont déjà des dispositifs numériques en place, mais la plupart entament cette démarche. Point sur le déploiement de ce type de projet.

Entretien avec Arnauld Gallais, expert standardisation et qualification de données au sein du Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema).

Pourquoi recueillir des données de voirie est-il important ?

Pour garantir des déplacements fluides et sécurisés aux usagers, et notamment aux Personnes en Situation de Handicap (PSH) il est essentiel de disposer de données fiables, précises et normalisées sur les horaires des transports en communs, les itinéraires et l’état de la voirie. En 2005, la loi handicap pose le principe d’une accessibilité universelle et d’un droit à la solidarité nationale pour les personnes handicapées. Mais l’ambition de déployer une politique inclusive avec une accessibilité totale en dix ans n’a pas été atteinte. C’est donc dans ce contexte qu’en décembre 2019, la loi d’orientation des mobilités (LOM) a été promulguée. Par cette législation, les pouvoirs publics ont pour objectif de contraindre les collectivités locales à créer des bases de données précises et fiables sur l’accessibilité afin d’alimenter des applications locales ou des calculateurs d’itinéraires pour renseigner tous les usagers sur leurs déplacements.

Quels types de données sont collectées ?

Dans le cadre de la LOM, la collecte et la diffusion de données d’accessibilité ciblent deux domaines :

  • la voirie avec des données relatives aux cheminements sur les trottoirs (largeur, pentes, etc), sur les traversées piétonnes (bandes d’éveil, feux sonores, etc.) sur les revêtements (pavé, bitume, etc.), sur les obstacles (mobilier urbain, pylônes, etc.).
    Les données de cheminement sur la voirie doivent couvrir un rayon de 200 mètres autour des arrêts prioritaires de transport en commun.
  • les transports en commun avec des données sur les abris, les arrêts, les horaires, etc.

 

Les arrêtés suite à la promulgation de la LOM imposent les formats de collecte et de diffusion des données dans le but de les rendre interopérables avec les systèmes d’information, dont les systèmes d’information géographique (SIG) et les applications de calculs d’itinéraires. Pour le transport le format de collecte est le Network Timetable Exchange ou NeTEx, norme européenne devenue obligatoire dans l’UE pour la mise à disposition des données statiques de transport. Pour la voirie c’est le CNIG, du nom du Conseil national de l’information géolocalisée, organisme français chargé de coordonner, normaliser et promouvoir l’usage des données géographiques qui a réalisé le standard de l’accessibilité du cheminement. Avec le standard CNIG, la loi vise à uniformiser la description du cheminement via les trottoirs, escaliers, passerelles, ascenseurs, escalators et autres équipements urbains. Quant à la diffusion des données toutes sont échangées suivant le profil NeTEx accessibilité France.

Comment les données de voirie sont-elles collectées ?

Depuis longtemps les territoires possèdent des données géométriques sur les axes de rue incluant des plans, des tracés, les noms et parfois la largeur des rues. En revanche, ils ne disposent pas toujours de connaissances précises sur le cheminement de la voirie. Ces données sont donc collectées par les villes ou par des prestataires spécialisés dans la collecte de données géographiques. Aujourd’hui il existe quelques entreprises spécialisées dans la collecte du cheminement opérant sur le territoire national.

La collecte des données se fait à deux niveaux :

  • au bureau, en exploitant les photos aériennes de l’IGN ou en utilisant des données fournies par divers opérateurs. Par exemple, le projet collaboratif Panoramax est une ressource numérique permettant la mise en commun et l'utilisation de photos de terrain prises par des cyclistes, des automobilistes et des piétons bénévoles.
  • sur le terrain via des opérateurs équipés d’outils de topométrie qui relèvent des mesures sur les distances, les pentes, les dévers et répertorient les différents obstacles (mobiliers urbains, ressauts, qualité du revêtement, etc.). Saisies dans des systèmes d'information géographiques (SIG) en conformité avec le standard CNIG Accessibilité, les données pourront être exploitées à différentes fins.

Comment ces données sont-elles exploitées ?

Les données collectées ont deux vocations. Injectées dans des calculateurs d’itinéraires, elles permettent aux usagers de se renseigner sur le trajet le mieux adapté à leur handicap. Pour une personne en fauteuil l’itinéraire privilégie les chemins plats, larges et continus alors que pour une personne malvoyante, le trajet proposé prend en compte les traversées équipées de dispositifs sonores et les trottoirs avec des repères tactiles.

Autre finalité : dresser un diagnostic territorial afin d’établir un Plan d’Accessibilité Voirie Espace public (PAVE). Grace à ces données, les collectivités peuvent identifier les zones non conformes et planifier des travaux nécessaires à l’amélioration de l’accessibilité de la voirie et des espaces publics.

Six ans après la mise en place de la LOM, où en est-on ?

Certaines collectivités ont depuis plusieurs années déjà entamé une politique de mobilité inclusive. C’est le cas notamment de l’agglomération de Lorient et de longue date, ce qui lui permet désormais d’être pionnière dans la mise à disposition d’un calculateur multimodal. Ainsi après avoir indiqué sur la plateforme ses capacités, le calculateur baptisé HITI, propose à l’usager le parcours le mieux adapté. Par ailleurs, en intégrant en temps réel les informations sur les travaux ou obstacles, l’application peut alerter immédiatement l’utilisateur et ajuster son parcours. Enfin, avec son approche multimodale, la plateforme privilégie les cheminements sécurisés et accroît l’autonomie des PMR. D’autres villes comme Nantes ou Grenoble expérimentent également des applications de signalement et calculateurs d’itinéraires adaptés.

A noter aussi que depuis 2023, l’État propose un Point d’Accès National aux données de transport en France (PAN Transport (lien externe, nouvelle fenêtre)). Cette plateforme publique centralise et diffuse toutes les données ouvertes nationales ou produites par les régions, les agglomérations et les opérateurs privés. Liées à la mobilité - transports en communs, voirie, cheminements piétons, vélos...- ces données, mises à disposition sur le site transport.data.gouv.fr, permettent le partage et le croisement de données. L’exploitation de ces données au format NeTEx par des chercheurs, des collectivités et des éditeurs de calculateurs d’itinéraires, dynamise la création de services innovants pour une mobilité urbaine plus inclusive.

Comment voyez-vous l’avenir ?

Aujourd’hui la France compte quelque 12 millions de personnes souffrant de handicap (source : Centre national de l’expertise*). A cette population s’ajoute les personnes âgées, les enfants et les personnes victimes d’un handicap temporaire (jambes cassées, difficulté motrice, etc). L’exploitation des données d’accessibilité est donc un levier essentiel à la solidarité et à l’inclusion des PSH dans la mobilité urbaine. En rendant visibles les contraintes de la ville, l’exploitation des données permet de construire des territoires plus accueillants pour les personnes handicapées. La mise en œuvre de ces dispositifs repose toutefois sur un travail pluridisciplinaire impliquant élus, services techniques et référents accessibilité. Espérons que les prochaines élections municipales donneront l’occasion de sensibiliser les élus au développement de ce type de projets, indispensables au déploiement d’une mobilité urbaine plus inclusive.

* Centre national de l’expertise/enquête Insee HID et handicap.gouv.fr.