Territoires intelligents et durables & réplicabilité : entretien avec Barbara Cuffini-Valero
Responsable du pôle transition numérique au Département des mandats à la Banque des Territoires, Barbara Cuffini-Valero revient sur l'appel à projets Territoires intelligents et durables (TID) (nouvelle fenêtre) du programme France2030, et opéré par la Banque des Territoires. Quels enseignements clés retenez-vous à mi-parcours des déploiements des projets TID ? Deux ans après le lancement […]
Responsable du pôle transition numérique au Département des mandats à la Banque des Territoires, Barbara Cuffini-Valero revient sur l'appel à projets Territoires intelligents et durables (TID) (nouvelle fenêtre) du programme France2030, et opéré par la Banque des Territoires.
Quels enseignements clés retenez-vous à mi-parcours des déploiements des projets TID ?
Deux ans après le lancement de la première vague de projets TID (Territoires Intelligents et Durables), nous disposons d’un premier bilan intermédiaire de projets, souvent riche d’enseignements. Le premier obstacle rencontré par de nombreux projets lauréats a été le temps nécessaire pour enclencher concrètement chaque projet. Les démarches de recrutement, de contractualisation juridique et financière ou encore de passation des commandes publiques se sont souvent révélées plus longues et complexes que prévu. Ce retard initial, bien que parfois frustrant, a permis de poser des bases solides.
Une fois cette étape franchie, la phase de déploiement – qui, pour ces projets TID, impliquait l’installation de capteurs, la mise en place de réseaux ou encore le déploiement de logiciels – s’est globalement déroulée avec succès. Les services numériques prévus sont, pour la plupart, déjà opérationnels. L’étape suivante sera d’évaluer leur utilisation réelle et la qualité des données produites.
Un point particulièrement positif concerne l’adhésion et l’implication des collectivités environnantes, dont beaucoup de communes de petite taille. Ce travail d’embarquement des acteurs, au cœur de la philosophie TID, demande du temps et de l’énergie, mais il porte ses fruits : l’utilité des projets est reconnue et soutenue par les élus locaux. L’un des objectifs de l’appel à projets est de s’adresser aussi aux territoires les plus ruraux, notamment via des structures de mutualisation ; cela se traduit dans les faits.
À ce jour, seuls deux projets ne se déroulent pas comme cela était prévu initialement. Les obstacles rencontrés sont uniquement d’ordre budgétaire, sans remettre en cause la philosophie globale de ces projets. De manière générale, les ajustements signalés par les porteurs lauréats restent marginaux et ne modifient pas la nature des projets : cela témoigne d’initiatives plutôt matures au moment de leur soumission.
Quelles sont les principales réussites que vous avez observées jusqu'à présent ?
L’une des grandes réussites des projets TID réside dans leur capacité à dépasser le cadre de la « smart city » traditionnelle pour développer des usages concrets et adaptés aux besoins du terrain et des métiers. Cette approche répond pleinement à l’esprit et aux exigences de l’appel à projets : aller au-delà du modèle classique pour identifier et déployer des solutions réellement utiles, ancrées dans la réalité des collectivités, et économiquement viables.
Par exemple, certains lauréats se sont emparés des enjeux d’adaptation face aux risques environnementaux : à Lorient (nouvelle fenêtre), on surveille le littoral et la progression du trait de côte ; à Porto-Vecchio, on anticipe les risques d’inondation ou d’incendie. D’autres territoires innovent encore davantage en intégrant des compétences départementales, jusque-là peu associées au domaine des territoires connectés, comme le vieillissement et l’autonomie au sein du Département de la Loire, ou la santé à Nantes Métropole.
Un autre succès majeur réside dans la mutualisation : de nombreux projets s’appuient sur des structures proposant des services à l’ensemble du territoire. Si ce rôle était historiquement assumé par des EPCI (Etablissements Publics de Coopération Intercommunale) ou des syndicats mixtes thématiques, on observe aujourd’hui un engagement croissant des régions elles-mêmes. Par exemple, la Région Bourgogne-Franche-Comté, via son projet DataBFC (nouvelle fenêtre), déploie ainsi des solutions numériques “clés en main” pour toutes les collectivités, contribuant à démocratiser l’accès à la donnée et au numérique.
Enfin, la dynamique collective de l’écosystème TID est palpable et encourageante. Les échanges lors d’événements comme REX Territoires Connectés et Durables, (lien externe, nouvelle fenêtre) évènement coorganisé par la Banque des Territoires, témoignent de la volonté de partager bonnes pratiques, retours d’expérience et défis rencontrés. Ce dialogue constant nourrit l’innovation et la montée en compétence de tous les acteurs. L’un des principaux défis étant de s’adresser à de nouveaux venus dans ce domaine.
Comment la Banque des Territoires encourage-t-elle une culture de partage des bonnes pratiques entre les projets ?
La Banque des Territoires veille à ce que les bonnes pratiques issues des projets TID soient partagées et diffusées au plus grand nombre. Cela commence par une documentation rigoureuse de chaque action, notamment du côté des entreprises partenaires. Nous encourageons fortement l’open source, dans la mesure du possible, afin de permettre à d’autres collectivités de s’approprier les solutions développées.
Notre accompagnement des projets s’appuie sur un suivi quotidien de leurs avancées, des défis qu’ils rencontrent et des solutions qu’ils mettent en œuvre. Ces retours du terrain nous permettent d’ajuster notre soutien, de créer des synergies entre projets, et de mettre en relation les lauréats confrontés à des enjeux similaires. Nous jouons également un rôle de passerelle avec les autres métiers de la Banque des Territoires, notamment l’investissement dans les entreprises et dans les infrastructures numériques, ce qui permet de démultiplier l’impact de notre soutien.
Pour encourager la pérennité des projets, nous mettons en place plusieurs initiatives permettant aux lauréats de partager leurs expériences et enseignements, tant entre eux qu'avec l'ensemble de l'écosystème. Des webinaires mensuels sont organisés, offrant à chaque porteur de projet l'opportunité de présenter ses succès et ses difficultés à l'ensemble de la communauté. Par ailleurs, des rencontres nationales et régionales ont lieu régulièrement pour favoriser les échanges en présentiel, incluant des visites de terrain et des démonstrations présentant les avancées concrètes des projets.
En complément, des événements sont organisés avec l'écosystème des territoires connectés et durables, comme REX, afin de promouvoir les échanges et la diffusion des bonnes pratiques à grande échelle. Nous produisons également des livrables variés, tels que des articles avec la Banque des Territoires, des vidéos et des affiches, pour documenter ces apprentissages, avancées et événements. Enfin, ces enseignements sont progressivement tracés et diffusés, avec la plateforme Numérique360 comme espace privilégié pour ce partage. Ce site centralise articles et retours d'expérience, les mettant à disposition de l'ensemble de l'écosystème des territoires connectés et durables.
À l'heure actuelle, quels aspects des projets suivis peuvent être reproduits ?
Même si tous les projets n’en sont pas au même stade, certains enseignements transversaux émergent déjà. Les aspects liés au pilotage – gestion de projet, passation de marchés publics, élaboration des cahiers des charges, études initiales – sont particulièrement instructifs et concernent toutes les collectivités, quel que soit leur niveau de maturité. Ainsi, les bonnes pratiques et enseignements issus du lancement de projets numériques et du déploiement de capteurs ou d’infrastructures peuvent servir de repères à toutes les collectivités désireuses de se lancer à leur tour.
Au fil du temps, nous pourrons partager des méthodes et des processus issus des projets, mais aussi des “briques technologiques” : logiciels open source, jeux de données en open data, outils d’évaluation, etc. L’objectif est de faciliter la duplication des services et d’encourager l’innovation à partir de solutions éprouvées, accessibles à tous. Des renvois vers des communautés Open source ou une forge (structures publiques ou privées) sont prévus.
Un autre critère de cet AAP était le suivi et l’évaluation des projets, comment cela se matérialise-t-il dans les projets ?
L’évaluation est une dimension clé intégrée dès la conception de chaque projet TID. Chaque lauréat devait proposer, au dépôt du dossier, des critères pour mesurer la bonne mise en œuvre du projet, son efficacité, mais aussi son impact environnemental, économique et social. Les méthodologies restent libres, chaque territoire adaptant ses outils à ses spécificités.
Un exemple marquant est celui de la Bourgogne-Franche-Comté, qui développe une plateforme d’évaluation et un calculateur d’impacts baptisé BFC 360, permettant de suivre différents indicateurs tout au long du projet. Cette démarche d’évaluation “en continu” (ou in itinere) – et non uniquement en fin de projet – permet une meilleure diffusion des bonnes pratiques et favorise ainsi la réplication.
Pour renforcer cette dynamique, un temps d’échange a été dédié à ce sujet pour que les porteurs lauréats puissent confronter leurs approches, partager leurs réussites comme leurs difficultés, et ainsi enrichir collectivement la méthodologie d’évaluation des territoires intelligents et durables.
Vidéo : Comment répliquer un projet numérique pour la transition écologique ?