GOUVERNANCE ET SOCLES TECHNOLOGIQUES

Comment les SIG contribuent aux projets de territoires connectés et durables ?

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Entretien avec Bruno Iratchet, Consultant en systèmes d’information géographique (SIG) et géomatique. Qu’est-ce-que les SIG ? Un Système d’Information Géographique (SIG), est un logiciel capable de collecter, organiser, analyser et représenter visuellement des données liées à un territoire. Réseaux d’eau, données de biodiversité, de transports, émissions de CO₂ : le SIG transforme ces informations en cartes […]

Entretien avec Bruno Iratchet, Consultant en systèmes d’information géographique (SIG) et géomatique.

Qu’est-ce-que les SIG ?

Un Système d’Information Géographique (SIG), est un logiciel capable de collecter, organiser, analyser et représenter visuellement des données liées à un territoire. Réseaux d’eau, données de biodiversité, de transports, émissions de CO₂ : le SIG transforme ces informations en cartes interactives et dynamiques.

Ainsi, des agents dotés de bonnes compétences SIG sont capables de créer à la fois des tableaux de bord pour les décideurs, des boussoles pour les urbanistes et des outils pédagogiques pour sensibiliser les citoyens aux défis de leur territoire.

Pourquoi les SIG sont-ils au cœur des enjeux actuels de transformation des territoires ?

Les systèmes d’information géographique (SIG) ont transformé la manière dont les collectivités gèrent leurs ressources et planifient leurs actions. Avant, on avait des plans papier et des données cloisonnées dans chaque service. Aujourd’hui, grâce aux SIG, ces informations peuvent être croisées pour permettre une vision globale, quand les ressources du SIG sont transversales dans les organisations.

Il arrive que dans certaines petites communes rurales, les réseaux d’eau soient encore tracés à la main ou mémorisés par des techniciens. Le problème se pose lorsque ces techniciens partent à la retraite : toute cette connaissance disparaît. La numérisation des données grâce aux SIG permet de sauvegarder ce patrimoine et d’éviter des coûts inutiles. »

Dans quelle mesure les données géographiques peuvent-elles aussi devenir des leviers d’action pour protéger l’environnement ?

En matière de préservation de la biodiversité notamment, les SIG jouent un rôle fondamental. Je peux vous citer l’exemple de la plateforme Sigogne en Bourgogne-Franche-Comté. Cette mutualisation, mise en place à l'échelle régionale, centralise des données sur la faune et la flore pour aider élus et citoyens à protéger les écosystèmes locaux. Un maire peut taper le nom de sa commune et obtenir instantanément une carte des zones à préserver ou des espèces menacées.

Autre exemple, cette fois en résonance avec notre actualité - et le contexte marqué par l’augmentation des risques naturels, les SIG sont des outils clés pour anticiper et empêcher les catastrophes. C’est très utile face à l’augmentation des incendies : les SIG permettent d’identifier les parcelles où le débroussaillage est obligatoire pour réduire les risques. Avec une cartographie précise, une commune peut informer ses administrés de leurs obligations ou agir directement sur les zones sensibles. Il s’agit de la législation sur les OLD – Obligations Légales de Débroussaillement.

Ces informations géographiques peuvent-elles être mobilisées pour sensibiliser les citoyens autour des enjeux durables ?

Les cartes produites avec des outils SIG ne sont pas seulement destinées aux experts. Elles aident aussi à sensibiliser le grand public. Prenez les cartes de qualité de l’air produites par des associations comme Airparif. Elles permettent de visualiser en temps réel l’impact des pollutions et de mieux comprendre pourquoi des mesures doivent être prises. C’est un outil pédagogique puissant.

Cependant, le partage de données reste un enjeu difficile, qui suscite moult tensions. Malgré les lois sur l’ouverture des données, de nombreuses institutions hésitent à partager leurs informations. Certaines craignent des critiques sur la qualité des données ou des impacts politiques imprévus. Pourtant, sans transparence, on limite le potentiel des informations portées par les cartes.

A ces réticences se superpose le problème de la fragmentation organisationnelle. Dans certaines collectivités, les SIG sont souvent gérés par des services différents, sans coordination. Chaque direction développe son propre SIG : urbanisme, voirie, environnement. Résultat, on a des outils qui ne communiquent pas entre eux.

Comment vont évoluer les SIG dans les prochaines années, notamment avec le développement de l’intelligence artificielle ?

Les avancées technologiques offrent de nouvelles opportunités pour les SIG. Il est désormais possible d’utiliser l’intelligence artificielle pour le traitement d’images aériennes, entre autres. Grâce à l’IA et des capteurs connectés, les SIG pourraient localiser en temps réel des pertes sur des réseaux d’eau ou anticiper des pénuries de certains captages d’eau potable. Imaginez qu’un opérateur détecte qu’une piscine est remplie en pleine sécheresse. Avec les bons outils, on pourrait couper l’alimentation immédiatement.

Mais il ne faut pas réduire les SIG à de simples outils techniques. Ces données doivent servir de boussole pour naviguer dans les défis environnementaux, sociaux et économiques des territoires afin de bâtir un avenir durable. Bien plus au-delà de la simple carte, ce sont des solutions qui nous obligent à repenser notre organisation, nos pratiques et nos responsabilités envers les générations futures.

Sans oublier que les SIG, comme tous les systèmes numériques, consomment de l’énergie. Leur empreinte écologique est rarement évaluée. On parle de solutions technologiques, mais on oublie que ces systèmes eux-mêmes ont un coût environnemental.