Corbeilles de rue, points d'apport volontaire : comment les capteurs permettent d'optimiser la collecte ?
Intégrer des sondes de remplissage aux corbeilles de rues ou aux points d’apport volontaire (PAV) est une brique historique du territoire connecté et durable. Après un passage à vide, à la suite d'écueils techniques, ce type de solution connaît aujourd’hui un renouveau. Explications d’Helder De Oliveira, Directeur Observatoire des déchets à l'ORDIF. Les PAV et […]
Proposition portée par Observatoire régional des déchets d'Île-de-France (ORDIF)
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Intégrer des sondes de remplissage aux corbeilles de rues ou aux points d’apport volontaire (PAV) est une brique historique du territoire connecté et durable. Après un passage à vide, à la suite d'écueils techniques, ce type de solution connaît aujourd’hui un renouveau.
Explications d’Helder De Oliveira, Directeur Observatoire des déchets à l'ORDIF.
Les PAV et corbeilles connectées existent depuis de nombreuses années. Mais le sujet semble aujourd’hui revenir sur le devant de la scène, comment l’expliquez-vous ?
Helder De Oliveira : Ce type de solution constitue une brique historique de la ville intelligente. Elles sont en effet déployées dans les territoires depuis plus d’une dizaine d’années. Mais les premiers déploiements n’ont pas toujours répondu aux attentes. Rappelons que le principe est d’installer des capteurs IoT, le plus souvent des sondes de niveau, mesurant le taux de remplissage des corbeilles ou des PAV. Ces données sont transmises à une plateforme où les services de propreté peuvent suivre en direct le remplissage des corbeilles ou PAV. Des alertes sont envoyées aux services quand le taux de remplissage atteint tel ou tel seuil. Ce seuil est fixé en général entre 50 et 70%, selon les cas de figure. Le rythme de remplissage est bien entendu pris en compte pour fixer ce seuil. Il dépend de nombreux critères dont la localisation près de commerces, la saisonnalité, etc. grâce à ces données issues des capteurs IoT, les équipes de propreté peuvent intervenir avant que la corbeille ou le PAV ne déborde.
Certains capteurs ont toutefois rencontré des problèmes techniques. Des systèmes optiques, basés sur des infrarouges, indiquaient par exemple qu’un PAV était plein, alors qu’il s’agissait juste d’un carton de grande taille inséré dans le PAV. Le capteur estimait que le seuil était atteint, alors que seul ce carton, positionné à la verticale, atteignait le niveau de détection. D’autres capteurs ne résistaient pas à la saleté et ne fonctionnaient plus. Il y a un véritable enjeu autour de la robustesse de ces équipements qui fonctionnent dans un milieu hostile.

Corbeille de rue avec capteur de remplissage déployé à Montbéliard - Crédit photo : Montbéliard Agglomération
Il semble aujourd’hui qu’une nouvelle génération de capteurs, basée notamment sur des ultra-sons, soit plus prometteuse. Ces améliorations techniques peuvent en partie expliquer le renouveau de ces solutions. Les attentes grandissantes des citoyens pour une meilleure gestion des déchets peuvent également expliquer ce regain d’intérêt.
Quels sont les principaux bénéfices de ce type de solutions ?
Pour les territoires, il s’agit d’apporter un meilleur service aux citoyens, avec des PAV ou des corbeilles de rue qui ne débordent plus. La disponibilité de ces équipements est ainsi augmentée. Cela a un impact positif sur la propreté du territoire et les citoyens sont moins enclins aux dépôts sauvages de déchets aux abords de PAV pleins, ce qui hélas est un phénomène récurrent. En étant plus disponibles, les PAV répondent aussi davantage à leur finalité d’origine, qui est de favoriser le tri des déchets. Rappelons en effet que le principal intérêt des PAV est de séparer les flux de déchets. Enfin, en termes d’image, le territoire démontre qu’il utilise des technologies modernes pour la gestion de ses déchets. Cela est positif pour un domaine qui reste complexe à rendre attractif et à valoriser.
Il y avait également des attentes fortes en matière d’optimisation de l’itinéraire des collectes, en évitant de passer par les PAV ou corbeilles qui ne sont pas encore assez remplis. L’idée étant de n’aller les vider que lorsque cela est nécessaire. Mais le taux de remplissage n’est pas le seul critère pour construire un itinéraire. Les tournées des éboueurs prennent en compte le trafic routier (afin d’éviter les embouteillages), ainsi que le temps de traitement des PAV qui ne sont pas les mêmes sur chaque site. Finalement, la capacité du service à adapter un itinéraire est relativement limitée. Il est simplement possible d’affiner ces itinéraires, mais pas de les modifier à 100%. Le principal bénéfice de ces solutions reste donc d’être alerté en cas de seuil de remplissage atteint, afin d’éviter que les PAV ou les corbeilles ne débordent.
Quelles sont les bonnes pratiques pour déployer des PAV ou corbeilles connectées ?
Il faut tout d’abord impliquer les services de propreté, qui disposent d’une expérience terrain dont il faut tirer parti. Par ailleurs, ce sont eux qui vont exploiter les données des capteurs. S’ils ne sont pas impliqués dans le projet, il y a un risque de rejet de la solution, qui sera perçue comme une dévalorisation de leur savoir-faire.
Dans le domaine des déchets, il y a souvent des pertes de motivation, car ce sont des métiers difficiles qui ne sont pas toujours bien considérés. Plutôt que de leur imposer une nouvelle solution qui leur dise quoi faire, le projet IoT doit leur permettre de partager leur expérience et ainsi de valoriser leurs connaissances. Les équipes se sentiront ainsi mieux considérées et leur adhésion au projet sera renforcée.
Autre bonne pratique : afin d’éviter les écueils techniques, mieux vaut tester plusieurs solutions du marché. Et ce, dans différentes conditions (zones touristiques, zones commerciales, centre-ville …) et sur un temps suffisamment long pour tenir compte des effets de saisonnalité. Finalement, plusieurs solutions pourront être retenues, selon les cas de figure. Le principe étant que chaque solution doit être adaptée à l’usage spécifique du site.
Le territoire souhaitant déployer ce type de solutions gagnera aussi à s’inspirer des collectivités ayant acquis de l’expérience dans ce domaine. Il convient cependant de prendre exemple sur des territoires ayant des similitudes avec le vôtre. Des réseaux de collectivités, (association Amorce, Cercle national du recyclage …) peuvent être utiles pour la mise en relation. Ils permettent d’échanger sur les bonnes pratiques et de partager des retours d’expérience. Encore un fois, il sera plus pertinent de choisir des collectivités ayant une expérience suffisamment longue, car ce type de solutions ne peut être évalué que sur le long terme.
Pensez-vous que ces solutions vont continuer de se développer dans les territoires ?
Oui. Tout d’abord car le nombre de PAV et de corbeilles est plutôt en hausse. Des corbeilles de rue avaient par exemple été retirées pour faire face à la menace terroriste. Mais ensuite, deux fois plus ont été réinstallées. Les PAV connaissent également un fort engouement.
L’évolution de la réglementation sur les déchets devrait également favoriser le déploiement de ces solutions. La loi anti-gaspillage pour une économie circulaire, dite " loi AGEC ", (promulguée en février 2020) impose par exemple l'installation de poubelles de rue facilitant le tri des déchets à compter du 1er janvier 2025. Des poubelles " bi-flux " (déchet recyclable/ autres déchets) ou " tri-flux " (verre, emballage et autres déchets) sont ainsi en cours de déploiement dans les espaces publics.

PAV connecté déployé à Montbéliard - Crédit photo Montbéliard Agglomération
Désormais, les corbeilles de rue ne disposant pas de système de tri sont à proscrire. Or, le numérique pourrait servir à motiver les citoyens à bien trier leurs déchets dans ces nouvelles corbeilles. Ceci en identifiant que les bons déchets sont déposés dans les bons compartiments de la corbeille. Ensuite, le citoyen se voit proposer des bons de réduction chez des commerçants, via une application locale. Le Havre Seine Métropole ou encore Caux Seine Agglo ont par exemple déployé un dispositif de ce type (la solution Cliiink de la société Terradona (nouvelle fenêtre)). Doté d’un capteur optique spécifique, le conteneur identifie les déchets et fait gagner des points aux utilisateurs vertueux via une application mobile. Ils accumulent des points sur un compte en ligne, qui peuvent ensuite être échangés contre des offres promotionnelles locales. Je pense que ce type de solutions de gratification va se développer. Et mécaniquement, les capteurs détectant les types de déchets vont être de plus en plus déployés. Les sondes de remplissage n’étaient qu’une première étape.
La gestion des déchets est un domaine qui a besoin d’innovations pour être valorisé. L’IoT et plus largement le numérique, est un élément clé de cette valorisation. Outre les optimisations techniques, il peut générer de la motivation chez les citoyens et cela est essentiel. Car si certains trient par conviction, d’autres ont besoin d’une motivation supplémentaire. Il faut récompenser leur geste d’une manière ou d’une autre. Dans les années à venir, développer la gratification sera un des principaux usages du numérique dans la gestion des déchets.