Une ville « saine et tranquille » grâce à ses multiples services numériques à Istres (13)
Istres est une ville engagée dans le déploiement de services numériques qui améliorent l’efficacité des agents et la vie des citoyens. Parmi ceux-ci : éclairage public, qualité de l’air dans les écoles, parkings connectés, détection des allergènes, vidéoprotection, optimisation de l’arrosage public, corbeilles connectées, détection des nuisances sonores, et même une plage connectée
Hôtel de Ville d’Istres -Crédit photo : Banque des Territoires
Le succès d’un projet de ville connectée ne repose pas que sur la technologie. Il faut les bonnes compétences, la bonne gouvernance, et surtout l’enthousiasme et l’engagement des parties prenantes.
En quoi consiste concrètement votre projet et quels en sont les principaux objectifs ?
Avant de nous engager dans la Smart City, dès 2007, la commune a lancé un vaste programme de numérisation des services municipaux. Ensuite, pour disposer d’une ossature de communication capable de porter nos futurs projets Smart City, nous avons bâti un réseau LoRa pour pouvoir déployer les capteurs nécessaires à l'amélioration des services publics en commençant par une rénovation complète de l’éclairage public désormais intelligent.
Nous avons ensuite ajouté d’autres composants pour servir notre projet de « ville saine et tranquille ».
Depuis 5 ans, des capteurs ont été installés dans toutes les écoles et les salles de classe pour mesurer en continu, tous les quarts d’heure, la quantité de dioxyde de carbone, la température, l’hygrométrie et la pression atmosphérique. Toutes ces données remontent vers un superviseur central en mairie qui donne un tableau de bord par école.
Pour lutter contre les nuisances sonores, des sonomètres sont installés depuis 2020 sur des périmètres identifiés comme sensibles. Ils permettent de contrôler les décibels, de relier les pics sonores avec les images collectées par les caméras de vidéo protection, afin d’envoyer sur place des patrouilles de police pour analyser la cause de nuisance et verbaliser le cas échéant les contrevenants.
Pour améliorer la propreté du territoire nous avons déployé des corbeilles connectées qui indiquent à distance leur niveau de remplissage. Elles intègrent aussi un système de compactage. Le mistral emportait les déchets qui débordaient de nos anciennes corbeilles de rue et cela nécessitait de réaliser de nombreuses tournées. Cette solution a permis d’optimiser la gestion des corbeilles et d’améliorer le cadre de vie.
Depuis l'application smartphone "Istres & vous", les citoyens peuvent suivre en temps réel le circuit des balayeuses, mesurer le risque des pollens par quartier, accéder à la carte des stationnements, gérer le paiement des cantines scolaires, repérer les parcours sportifs avec un chronomètre intégré ou encore connaître l’emplacement des défibrillateurs en cas d’urgence.
Le projet « Plage connectée » à la plage de la Romaniquette donne un exemple des services que le numérique peut apporter aux citoyens. Sur un écran géant sont affichés en temps réel le nombre de places disponibles dans le parking, les températures de l’eau et de l’air, la force du vent, la couleur du drapeau d’autorisation de baignade et l’indice UV. Ces mêmes informations sont également disponibles sur l’application Istres et vous.
En perspective : nous allons déployer, à la rentrée 2025, de l’arrosage connecté, qui pourra être piloter à distance ou automatisé via des sondes installées au plus près des végétaux.
Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
La première étape a consisté à s’engager dans les dispositifs de numérisation, tout en préparant le personnel municipal à la mise en place de technologies nouvelles pour la plupart d’entre eux, et les accompagner dans ces changements.
Nous avons créé un groupe de travail de techniciens en interne, fait des recrutements de compétences IT au sein de notre DSI.
Nous avons impliqué les agents très en amont, qui ont joué le jeu, à tel point qu’à chaque fois que nous lançons un nouveau projet « smart city », cet état d’esprit qui règne entre les Services de la Mairie et la DSI encourage les Métiers à soumettre des propositions de développement de solutions pour répondre aux préoccupations les plus importantes. Nous constituons alors des groupes de travail pour évaluer la faisabilité du projet. C’est notamment le cas de la Direction du Développement Durable qui a proposé des pistes de réflexion afin d’éviter les gaspillages d’eau grâce aux compteurs connectés et d’amélioration de l’environnement global au sein de la commune.
Le montage financier des projets est confié à une cellule de financement interne à la Mairie.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Les équipes DSI menées ont été renforcées pour mener à bien le déploiement du numérique dans la commune.
Nous avons relevé des idées lors de visites de salons spécialisés. L'attribution de « 5@ » par le label national « Territoires, villes et villages internet », décerné par l'association Villes internet favorise les contacts de nombreux offreurs de services « smart city » qui nourrissent également nos réflexions.
La ville d’Istres est membre du club « DSI 13&+ », une structure qui réunit une vingtaine de directeurs des systèmes d’information du département et au-delà.
Plus récemment, le 1er décembre 2024, la Métropole Aix-Marseille-Provence et la commune d’Istres ont signé une convention de collaboration dans le cadre du déploiement de la Smart Métropole. Cette démarche va notamment renforcer la réduction des pollutions, les économies d’énergie et de ressources, et l’amélioration globale de la qualité de vie des habitants.
Quelles furent les phases préparatoires du projet ?
Au démarrage du projet, nous avions commandité la rédaction d’un livre blanc qui nous a aidés à lister certains sujets parmi les nombreuses propositions faites dans ce livre blanc.
Nous avons commencé par des benchmarks et des maquettages concrets sous la forme de Proof of Concept (PoC).
Nous avons associé les citoyens au développement de services publics numériques, notamment via les enquêtes réalisées sur les kiosques en ligne. Ceci a permis de prioriser les développements de services à la population comme l’inscription en ligne dans les crèches, le paiement des cantines etc. Depuis, les visites aux guichets ont diminué, ce qui montre l’adhésion importante de nos administrés aux services numériques, et nous engage à poursuivre dans cette voie.
En parallèle, nous recevons des demandes qui émanant de nos services métier pour améliorer leur quotidien, par exemple des applications permettant aux administrés de relever en direct des événements sur la voie publique, d’envoyer des photos, afin d’accélérer le traitement de ces incidents par les équipes terrain.
Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Nous avons fait le choix de rester maîtres de toutes nos infrastructures technologiques. Nous sommes propriétaires de notre réseau LoRa, et toutes nos infrastructures informatiques sont hébergées dans 3 sites géographiquement répartis sur la commune, pour des raisons de sécurité et de résilience.
Nous faisons évoluer nos ressources informatiques en fonction des besoins, sans avoir besoin de recourir à des ressources et fournisseurs extérieurs.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
Nous avons bénéficié d’un financement européen assez important, complété par des aides de la Région PACA et du Département des Bouches-du-Rhône, qui nous ont aidés notamment sur la sécurité et les économies d’énergie.
Les fonds propres de la Mairie représentent en moyenne entre 25 % et 40 % des budgets, selon les dispositifs à mettre en place.
La Banque des Territoires a été le déclencheur de certains projets. Sans leur soutien, nous n’aurions probablement pas pu les engager.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Nous nous appuyons sur les éléments technologiques présentés par différents éditeurs et fabricants avec lesquels nous sommes en contact. En parallèle, nous profitons des retours d’expérience partagés avec les DSI du club DSI 13&+. Ce groupe de travail inter-collectivités nous a permis d’identifier des solutions auxquelles nous n’aurions pas toujours pensé.
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
- Bien sonder la compétence et l’engagement des partenaires avec lesquels mener à bien le projet. Ne pas négliger les tests de faisabilité préalables
- Constituer une équipe dynamique et formée, pour gérer le projet dans la durée
- Mettre en place des actions de communication et de pédagogie, aussi bien en interne qu’auprès de la population qu’il faut convaincre
- Bien évaluer les impacts financiers en amont, pour s’assurer de pouvoir mener le projet jusqu’à son terme.
- Ne pas penser que la technologie est suffisante à la réussite du projet. Elle constitue une aide importante et bénéfique, mais il faut la compléter avec de l’analyse, du suivi, des actions de gouvernance