ATTRACTIVITé ET AMéNAGEMENT

La Ville de Bayonne (64) adopte Panoramax pour une photo-cartographie souveraine de son territoire

Niveau d'expertise : intermédiaire

Cet article a été rédigé par

La Ville de Bayonne déploie Panoramax, alternative ouverte et souveraine à Google Street View, développée par l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN). Cette plateforme collaborative permet aux services municipaux comme aux citoyens de produire, partager et comparer des vues immersives du territoire. Les agents alimentent régulièrement la base en photographiant la ville lors de leurs déplacements. 

Avec Panoramax, on reprend un peu le pouvoir : ce sont nos données, produites par nous, et immédiatement utiles.

Laura Mouchet

En quoi consiste concrètement votre projet et quels en sont les principaux objectifs ?

Le projet Panoramax consiste à produire des photos de terrain à 360°, au niveau du sol, sur le modèle de « Google Street View », mais en open data et avec des logiciels libres. À Bayonne, ces photos viennent en complément des outils de SIG déjà utilisés par les agents, qui regroupent les données métiers de la ville (réseaux, arbres, commerces, aménagements, etc.).

L’objectif est de disposer de photos récentes, produites par la collectivité elle-même, directement sur le terrain, pour accompagner les usages cartographiques. La photo est un support que tout le monde comprend, sans avoir besoin de savoir lire une carte. Le projet vise aussi à s’affranchir des limites des outils propriétaires, dont les données ne sont ni réutilisables librement ni toujours à jour. Notre enjeu, c’est aussi de reprendre la main sur une donnée produite localement, partagée et ouverte à tous.

Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?

Le sujet ne s’est pas imposé à la demande des services, mais à partir d’un constat fait en interne par le pôle géomatique. Les agents utilisaient déjà beaucoup les photos en complément des cartes, notamment via des outils comme Google Street View, car la photo est un support que tout le monde comprend facilement. Mais cet usage était insatisfaisant : les images n’étaient pas à jour, la ville évoluait beaucoup, et surtout il était impossible de constituer des bases de données ou d’agir sur ces contenus, du fait des conditions d’utilisation.

Dans le même temps, la Ville de Bayonne est engagée dans une démarche d’open data, avec l’idée que les données produites par le service public doivent être partagées. Le pôle géomatique a découvert la naissance du projet Panoramax lors d’événements organisés par OpenStreetMap France, en 2023. Le projet étant peu coûteux (environ 500 € pour une caméra).

Ce projet s’inscrit également dans la démarche “Numérique Responsable” de la collectivité, et s’avère répondre parfaitement à la “règle des 3 U” : Utile, Utilisable et Utilisé.

Quelles sont les sources d'inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Notre source d’inspiration est liée à la découverte du projet Panoramax lors d’événements organisés par OpenStreetMap France. C’est à ce moment-là que le pôle géomatique a pris connaissance de la démarche, de son caractère libre, collaboratif et ouvert, et a vu l’intérêt de transposer cet outil dans le contexte de la collectivité.

Nous avons observé ce qui se faisait du côté d’autres collectivités, comme la Communauté d’agglomération Val Parisis ou le Grand Montauban. Leurs expériences nous ont montré, très concrètement, qu’un tel outil pouvait rendre de vrais services au quotidien.

Enfin, il y a eu une inspiration plus simple : nos propres usages. Tout le monde connaît Google Street View pour préparer un trajet ou visiter un quartier. L’idée était de garder ces habitudes, mais dans un cadre plus ouvert, maîtrisé par la collectivité et orienté vers ses priorités.

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?

Au niveau des compétences requises en interne, le projet Panoramax reste très accessible. Toute collectivité disposant d’un service SIG est en capacité de se lancer, mais ce n’est pas une condition indispensable. Même sans cela, il suffit d’être un minimum à l’aise avec les outils numériques et d’avoir une appétence pour la technique pour pouvoir démarrer. La prise en main est simple et progressive.

A Bayonne, le projet est porté par le pôle géomatique, mais la prise de photos est pensée pour s’intégrer facilement dans les déplacements quotidiens des agents, sans formation lourde ni procédures complexes.

La question du RGPD, souvent perçue comme un frein, est intégralement gérée par Panoramax. Les aspects liés à l’anonymisation des visages et des plaques sont gérés automatiquement par Panoramax, avec une validation par la CNIL, ce qui évite aux utilisateurs d’avoir à maîtriser ces sujets réglementaires.

Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

Le dimensionnement du projet s’est fait de manière progressive et expérimentale. La Ville a commencé avec un investissement très limité, principalement l’achat d’une seule caméra 360°, pour un coût de quelques centaines d’euros. Ce faible coût a permis de tester le dispositif pour évaluer son intérêt.

Le projet a été lancé sur un mode expérimental, en commençant par quelques rues ciblées, notamment dans des secteurs où la ville savait que les aménagements avaient beaucoup évolué et que les photos existantes n’étaient plus à jour. Dès les premières rues photographiées, l’utilité a été évidente, ce qui a conforté la poursuite du projet.

La collecte s’appuie sur les déplacements habituels des agents (à vélo, en voiture ou à pied), sans planning spécifique lourd ni campagne massive organisée a priori. Le projet s’est donc ajusté au fil de l’eau, en fonction des usages et des besoins concrets des services.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?

Le financement du projet repose uniquement sur un investissement direct de la collectivité. Pour la Ville de Bayonne, le coût a été très limité : il s’est élevé à moins de 1 000 euros. L’essentiel de la dépense correspond à l’achat d’une caméra 360°, pour environ 500 euros.

Les coûts liés au développement du logiciel et l’hébergement des photos sont pris en charge par la Startup d’État Panoramax et l’IGN dans le cadre de l’expérimentation nationale.

Le caractère ouvert du projet favorise aussi la contribution citoyenne : les habitants et les associations peuvent enrichir la base avec leurs propres images, ce qui accroît la couverture selon les intérêts de chacun (voies cyclables, streetart, parcs publics…).

De plus, Panoramax génère des économies indirectes : moins de déplacements terrain pour les services, le déplacement d’un agent sera utile à nombre de ses collègues y compris sur d’autres thématiques, valorisation des images dans la communication institutionnelle. L’investissement initial est ainsi rapidement compensé par des gains en efficacité et en autonomie.

Comment avez-vous envisagé la participation citoyenne ?

Dès le départ, Panoramax est conçu pour des photos publiques, il n’est pas réservé aux services techniques, ni même à une administration mais s’affranchit des limites habituelles entre collectivités et citoyens, et entre différentes administrations d’un même territoire (département, services de secours…). Tout le monde peut consulter et réutiliser librement les vues immersives produites par la Ville et comparer l’« avant/après » de grands chantiers, comme les voies de bus ou l’école du Prissé. Ces images rendent les projets plus lisibles et facilitent leur appropriation.

La participation ne s’arrête pas à la consultation. Des particuliers, des associations ou des contributeurs individuels peuvent créer un compte et envoyer leurs propres photos, avec une caméra 360° ou même un simple smartphone. Le projet est présenté comme un « commun » : chacun peut contribuer pour que les photos servent à tous.

L’outil est aussi utilisé comme support de dialogue. Lors de réunions publiques ou d’ateliers, les images Panoramax complètent les plans 2D abstraits et permettent des échanges plus concrets avec les riverains.

Ainsi, la participation citoyenne devient à la fois une contribution active à la production de données publiques et un levier de transparence et de confiance entre la Ville et ses habitants.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation ?

C’est un projet que nous avons initié en interne, sans prestataire d’accompagnement dédié. En revanche, nous avons bénéficié d’échanges réguliers avec l’équipe de la start-up d’État Panoramax, toujours attentive aux retours des utilisateurs.

Nous nous sommes également appuyés sur notre partenaire Géomatika, développeur du websig Isigéo, qui a créé à notre demande un module Panoramax pour Isigéo. Ce module est maintenant utilisé par de nombreux clients de leur solution.

Enfin, l’accompagnement est passé par le partage d’expériences avec d’autres collectivités et particuliers impliqués dans le projet, notamment via le forum des Géocommuns.

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

Le meilleur conseil est tout simplement… de se lancer ! Panoramax est un projet à forte valeur ajoutée, sans coûts exorbitants. Pour les aspects techniques, il peut être utile de s’appuyer sur la communauté d’utilisateurs et de contributeurs, qui constitue une véritable richesse et un appui précieux pour réussir la mise en place.

Le projet en détails

Dates clés

  1. 2023

    Le pôle géomatique a découvert la naissance du projet Panoramax lors d’événements organisés par OpenStreetMap France.

  2. Septembre 2023

    Premiers tests et importation dans Panoramax de photos déjà existantes.

  3. Printemps 2024

    Démarrage du projet à Bayonne avec un groupe restreint de collègues testeurs.

  4. Automne 2024

    Lancement officiel auprès de l’ensemble des services, mise à disposition du module Panoramax dans Isigéo et présentation du projet en interne comme en externe (conférence de presse).

Chiffres clés

  • 1 000

    Moins de 1000€ de budget consacré à l’acquisition du matériel.

  • 423

    km parcourus et près de 40 000 photos collectées à Bayonne, dont plus de la moitié à vélo, par 20 agents municipaux issus de 10 services différents

  • 758 906

    km parcourus et près de 80 millions de photos collectées dans le monde par 1 693 contributeurs au projet Panoramax.

À retenir

  • Diffusion en open data “sans effort” : la plateforme est conçue pour cela, ce qui permet un usage élargi au-delà de la mairie (autres collectivités, pompiers, contributeurs OpenStreetMap). L’investissement bénéficie donc au plus grand nombre.

  • Projet fédérateur en interne, impliquant plusieurs collègues et services autour d’un objectif commun, et valorisation du travail des agents, qui voient leurs actions concrètement mises en lumière (voirie, espaces verts, aménagements).

  • Le principal obstacle reste le changement d’habitudes dans les pratiques des services.

Ressources

  • Bayonne adapte Panoramax

    Site de la ville de Bayonne

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  • Bayonne : un réseau d'agents impliqués sur la collecte pour des usages multiples

    Site de Panoramax

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  • Présentation du projet Panoramax

    DataNormandie

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  • IGN

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