ATTRACTIVITé ET AMéNAGEMENT

La Région Hauts-de-France ouvre un appel pour accompagner les collectivités dans leurs projets d’intelligence artificielle

Niveau d'expertise : intermédiaire

Comment accélérer l’usage responsable de l’IA dans les territoires ? La Région Hauts-de-France lance un AMI dédié à l’intelligence artificielle. Des financements, notamment européens, soutiendront l’expérimentation de cas d’usage concrets par les collectivités, au service de politiques publiques plus efficaces et de services améliorés pour les habitants.

L'idée est de dire aux territoires : on est à vos côtés, expérimentez, osez ! On part de vos besoins, de vos cas d'usage, de vos spécificités pour vous accompagner.

Aurore Colson

La Région Hauts-de-France lance un appel à manifestation d’intérêt (AMI) dédié à l’intelligence artificielle, à la data et à l’innovation numérique. Cette initiative s’adresse aux collectivités territoriales, syndicats mixtes, associations d’intérêt public et opérateurs chargés d’une mission de service public. L’objectif est de soutenir l’expérimentation, le prototypage et le déploiement de cas d’usage en IA, dans une logique de transformation numérique, d’optimisation des politiques publiques et d’amélioration du service aux usagers. Inscrit dans une démarche d’IA responsable, éthique et souveraine, le dispositif mobilise des financements européens (FEDER) et un accompagnement en ingénierie avec le Centre d’Innovation des Technologies sans Contact et le Digital Innovation Hub.

En quoi consiste concrètement votre projet et quels en sont les principaux objectifs ?

L’appel à manifestation d’intérêt (AMI) « Soutien aux expérimentations d’intérêt public en IA dans les territoires », lancé en novembre 2024, vise à accompagner les collectivités qui souhaitent engager des projets en intelligence artificielle.

Pour ce faire, la Région Hauts-de-France mobilise une enveloppe européenne de 5 millions d’euros (FEDER). Cette capacité financière permet de soutenir des projets d’expérimentation tout en limitant le risque financier lié à l’innovation. L’ambition est d’aider les territoires à tester des cas d’usage utiles aux politiques publiques locales (qu’il s’agisse de mobilité, d’éclairage public, de transition énergétique, de gestion interne ou de services aux usagers). L’AMI s’adresse aux collectivités territoriales et à leurs groupements, aux syndicats mixtes, aux associations d’intérêt public ainsi qu’aux établissements privés chargés d’une mission de service public.

Le dispositif repose sur un soutien financier et sur un écosystème d’experts. D’une part, une subvention européenne pouvant atteindre 60% du coût total du projet, dans la limite de 250 000 €, pour des opérations dont le montant minimal est fixé à 70 000 € HT. D’autre part, un accompagnement en ingénierie, sous forme d’ateliers et de mobilisation d’experts, assuré en lien avec le Centre d’Innovation des Technologies sans Contact (CITC) et le Digital Innovation Hub (DIH). L’objectif est d’aider les porteurs à cadrer leur projet, sécuriser leurs choix techniques et structurer leur démarche.

Ouvert du 1er décembre 2024 au 28 février 2025, l’appel nécessitait le dépôt d’une note explicative synthétique présentant le projet. À ce jour, 28 projets ont été déposés. Cinq ont déjà été financés pour un montant total de 950 000 €, tandis que trois autres sont en cours.

Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ? (Irritants, problématique, besoin, nouvelle obligation légale…)

Le projet s’inscrit dans la tradition d’accompagnement de la Région Hauts-de-France auprès des territoires sur les enjeux numériques. Depuis plusieurs années, la Région soutient près de 4 000 communes et 90 intercommunalités sur le plan du déploiement d’infrastructures. Nous avons ainsi été l’une des premières régions entièrement fibrées.

Cela passe aussi par l’animation d’une communauté numérique active, autour des démarches de smart territoire. En parallèle, la Région accompagne les entrepreneurs du numérique au sein de ses cinq incubateurs, les « Euras » — Euratechnologies, Eurasanté, EuraMaterials, Euralimentaire et EuraCreative. Dans la continuité de cet engagement, la Région a souhaité étendre ce soutien aux acteurs publics.

Le sujet de l’intelligence artificielle s’est imposé à l’agenda de la collectivité à partir des besoins exprimés directement par les territoires. En effet, chaque année, la Région organise le Parlement du numérique des territoires, un temps d’échanges privilégié réunissant élus, acteurs économiques et experts du numérique.

À l’occasion de l’édition 2023, les premières demandes structurées ont émergé : les collectivités faisaient part d’un besoin de compréhension et de décryptage face au développement accéléré de l’intelligence artificielle. Ces échanges ont mis en lumière des interrogations fortes, mais aussi une volonté d’être outillées pour appréhender les apports de cette nouvelle technologie en matière de politiques locales.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Cet appel à manifestation d’intérêt (AMI) s’inscrit dans notre ADN régional. C’est celui d’une « usine à projets » que nous portons depuis des années. C’est-à-dire : partir des besoins exprimés par les collectivités, les accompagner pas à pas et construire des solutions sur mesure. Avec cet AMI, nous appliquons cette même méthode à l’intelligence artificielle.

Nous ne nous sommes pas vraiment appuyés sur un modèle particulier pour concevoir cet AMI. Comme toute collectivité, on regarde ce qui se fait ailleurs pour s’inspirer du meilleur. Cependant, sur ce sujet précis, il existait peu d’initiatives comparables au niveau régional. À ce titre, nous faisons partie des premières régions à aborder l’intelligence artificielle de cette manière.

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?

Deux prérequis sont nécessaires avant de lancer un dispositif similaire.

Le premier tient à l’échelle : un appel à manifestation d’intérêt de ce type ne peut être porté que par une région ou, éventuellement, un département. En effet, cela nécessite une capacité à accompagner plusieurs territoires et à mutualiser les moyens. Bien que nous travaillions à plus petite échelle, la compétence la plus importante reste la connaissance du terrain. Il est indispensable d’être à l’écoute des collectivités, de comprendre leurs enjeux, leurs niveaux de maturité numérique et les cas d’usages concrets qu’elles souhaitent explorer. Cette proximité constitue la base de tout accompagnement réussi.

Le second prérequis est une posture : aimer expérimenter. L’IA, comme l’innovation, est un domaine en évolution rapide, où il faut accepter d’essayer et d’oser. Cette capacité à tester, à apprendre des erreurs et à ajuster le dispositif est une condition clé pour construire des projets utiles et adaptés aux besoins locaux.

Quelles furent les phases préparatoires du projet ? Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ?

La préparation de l’appel à manifestation d’intérêt (AMI) n’a pas reposé sur une étude formelle ou une enquête publique. C’était davantage un travail de fond, mené au contact de nos territoires.

Tout au long de l’année 2024, avant même le lancement officiel de l’AMI, nous avons engagé un travail de sensibilisation auprès des acteurs publics : montée en compétences, décryptage des enjeux, exploration de cas d’usage, identification des freins des collectivités. Cette phase préparatoire visait à montrer que l’IA pouvait s’intégrer dans les métiers du secteur public pour rendre les politiques plus efficientes et améliorer le service aux habitants.

Une étude a également été réalisée à partir d’expérimentations déjà existantes, notamment sur l’éclairage public ou la mobilité, où certaines collectivités régionales commençaient à tester l’IA. Ces exemples ont servi de point d’appui pour démontrer que l’IA n’était pas un sujet abstrait mais un outil pratique, applicable à de nombreux domaines de l’action publique.

Le lancement officiel de l’AMI est intervenu en novembre 2024, à l’issue du Parlement du numérique des territoires consacré à l’IA. Une première vague de sélection s’est déroulée entre décembre 2024 et janvier 2025, avec l’accompagnement des premiers projets. En 2025, le dispositif monte progressivement en charge. Lors du Parlement du numérique de novembre 2025, la Région a relancé l’appel, l’enveloppe restant mobilisable pour de nouveaux projets.

Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

Le dimensionnement de l’AMI s’est appuyé avant tout sur la capacité financière dont nous disposions, notamment une enveloppe dédiée de cinq millions d’euros de fonds européens. Cette ressource a permis de calibrer l’AMI. L’objectif était de pouvoir répondre à des besoins variés, tout en restant capable de soutenir des projets potentiellement coûteux. L’IA peut rapidement nécessiter des investissements importants selon l’ampleur des solutions déployées.

Nous avons fait le choix d’ouvrir largement l’AMI, sans prédéterminer les cas d’usage, afin de laisser les collectivités exprimer leurs besoins. Ce positionnement a permis de recueillir 28 projets déposés à ce jour. Comme anticipé, tous ne sont pas encore matures : certains nécessitent un travail d’affinage, d’ingénierie ou d’évaluation pour en préciser le périmètre et le coût. Cette hétérogénéité est normale dans un domaine encore émergent pour les collectivités.

Pour accompagner cette montée en maturité, nous nous appuyons sur notre écosystème numérique, en particulier le Centre d’Innovation des Technologies sans Contact (CITC) et le Digital Innovation Hub (DIH), qui soutiennent les collectivités dans la construction, la qualification et la sécurisation de leurs projets IA.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?

Enveloppe mobilisable de financement européens (5 millions d’euros) dont la Région est autorité de gestion. Une partie de ces fonds a été orientée vers l’innovation numérique. Plusieurs collectivités ont ainsi bénéficié de subventions européennes :

Communauté de communes Pays de Lumbres - Expérimentation d'IA pour la prévention des déchets sur le Pays de Lumbres - 221 017 € de coût total d’opération / 132 610 € d’aide européenne,

Conseil départemental du Pas-de-Calais - Deux expérimentations financées :

  • Un chatbot dédié aux jeunes pour les orienter sur les aides du département – 470 578 € de coût total d’opération / 250 000 € d’aide européenne
  • Un outil d’aide à l’instruction des dossiers handicap traités par les MDPH – 484 885 € de coût total d’opération / 250 000 € d’aide européenne

Ville de Laon - Solutions pour la gestion urbaine intelligente de la Ville de Laon : diagnostic de voirie et d'espaces publics ainsi que la détection automatisée de dépôts sauvages - 161 396 € de coût total d’opération / 96 837 € d’aide européenne.

Agence d’urbanisme de Dunkerque - utilisation de l’IA pour des simulations sur les impacts en termes de flux de mobilité sur des projets urbains – 519 832 € de coût total d’opération / 300 000 € d’aide européenne.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Au-delà de l’aspect financier, le soutien repose également sur l’écosystème régional : le Centre d’Innovation des Technologies sans Contact (CITC) et son Digital Innovation Hub (DIH) apportent expertise et ingénierie aux collectivités. L’accompagnement se fait depuis la formulation du projet jusqu’à la montée en compétences des équipes.

Ainsi, l’accompagnement ne se limite pas à une subvention mais intègre un écosystème de soutien. Nous travaillons de manière continue avec ces acteurs, ce qui permet une mise en œuvre fluide et pleinement intégrée dans notre écosystème régional de l’innovation.

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

Notre principal conseil est d’oser ! Oser expérimenter, tester, tenter, même sans avoir toutes les certitudes au départ. L’IA peut susciter des craintes ou des réticences, mais peut être abordée comme un outil au service des politiques publiques et non comme une contrainte.

Pour une collectivité, l’enjeu est d’accepter cette phase d’expérimentation, puis de définir progressivement son propre cadre : les usages pertinents, les domaines à explorer, et la manière dont l’IA peut devenir un levier au service des métiers et services rendus aux habitants.

L’important est donc de ne pas se freiner et d’avancer pas à pas, en se donnant la possibilité de construire une approche adaptée à son territoire.

Le projet en détails

Dates clés

  1. Novembre 2024

    Annonce du lancement de l’AMI, à l’issue du Parlement du numérique des territoires (journée consacrée à l’IA et aux échanges avec les collectivités).

  2. Décembre 2024 - Janvier 2025

    Sélection des premiers projets. Accompagnement financier et en ingénierie.

  3. Année 2025

    Croissance du nombre de projets accompagnés par l'AMI. À ce jour, 28 projets, avec des niveaux de maturité variables et un accompagnement régional en cours.

  4. Novembre 2025

    Lors du Parlement du numérique des territoires de cette année, la Région relance officiellement les collectivités : l’enveloppe n’étant pas consommée, elles sont invitées à déposer de nouveaux projets ou à revenir vers la Région si leurs besoins ont mûri depuis le lancement.

Chiffres clés

  • 5

    Millions d'euros, montant total de l’enveloppe européenne dédiée à l’appel à manifestation d’intérêt

  • 28

    Nombre de projets déposés à ce jour, avec une hausse attendue après le Parlement du numérique des territoires.

  • 950 000

    euros, montant déjà attribué aux 2 premiers projets financés, auxquels s’ajoutent 3 projets actuellement en instruction pour les prochaines programmations européennes.

À retenir

  • La capacité de l’AMI à répondre directement aux besoins exprimés par les territoires, afin de les aider à mener des projets au service des habitants à améliorer l’efficacité de leurs politiques publiques.

  • La souplesse du dispositif : contrairement à des appels à projets très cadrés, l’AMI permet aux collectivités d’explorer différents cas d’usage. Les 28 projets déposés présentent des niveaux de maturité variables.

  • Une attention continue : rester à l’écoute, accompagner, être disponible pour ajuster l’accompagnement en ingénierie ou les financements. L'essentiel, pour la Région, est de maintenir un cadre ouvert, agile et adaptable.

La presse en parle

  • Appel à projet de la Région Hauts-de-France

    Intelligence Artificielle dans les territoires : Appel à Manifestation d’Intérêt

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  • Communication de Europe en Région Hauts-de-France

    L’IA pour les services d’intérêt général : un appel à manifestation d’intérêt est lancé

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  • Centre d’Innovation des Technologies sans Contact

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