TRANSITION éCOLOGIQUE ET éNERGéTIQUE

Surveillance des pollens dans l'atmosphère et information des citoyens en temps réel à Tarbes Lourdes Pyrénées (65)

Niveau d'expertise : intermédiaire

Cet article a été rédigé par

La communauté d'agglomération Tarbes Lourdes Pyrénées (CATLP) a lancé en 2023 un service d'information local en temps réel sur la pollinisation de son environnement. Du fait du changement climatique, qui a pour conséquence d’accroître les amas de pollens dans l’air, les allergies impactent de plus en plus de sujets. Les capteurs installés ont pour but d’informer gratuitement les citoyens comme les touristes.

Grâce à la mobilisation de la population, un capteur a été ajouté en 2024 et un autre prévu en 2025.

Jean-Claude Piron

En quoi consiste concrètement ce service d'information sur la pollinisation de l'environnement et quels en sont les principaux objectifs ?

Le projet lancé par la communauté d'agglomération Tarbes Lourdes Pyrénées (CATLP) en 2023 consiste en la mise en place d'un service d'information local en temps réel sur la pollinisation de l'environnement. Face aux effets du changement climatique, qui augmentent la concentration de pollens dans l'air et aggravent les allergies touchant déjà 30 % de la population, nous avons souhaité informer gratuitement les citoyens et les touristes des niveaux de concentration de pollens dans l’air grâce à des capteurs installés sur notre territoire.

Comment la mise en place de ce service d'information s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?

Le plan climat-air-énergie territorial (PCAET) est un exercice obligatoire pour les EPCI de plus de 20 000 habitants, visant à définir la feuille de route des transitions, réduire les émissions de gaz à effet de serre et s’adapter au changement climatique, dans le cadre de la stratégie nationale bas carbone. Au-delà des contraintes réglementaires, nous voyons cette démarche comme une opportunité de développement pour notre territoire. Nous prenons la qualité de l’air très au sérieux, avec une convention signée depuis 15 ans avec Atmo Occitanie pour mesurer les polluants via deux stations permanentes à Lourdes et Tarbes.

Dans un contexte de réchauffement climatique et d’allongement de la saison pollinique, nous avons choisi d’ajouter la mesure des allergènes à celle des polluants, afin d’informer la population sur la concentration en pollens. Sur notre territoire, la qualité de l’air est particulièrement impactée par les polluants du chauffage au bois et de la circulation routière en hiver, en raison de phénomènes climatiques spécifiques empêchant la dispersion des polluants dans les vallées. Cette problématique est également partagée par d’autres territoires comme les vallées d’Arves ou l’Eurométropole de Strasbourg. C’est pourquoi la qualité de l’air est une priorité pour les élus de la Communauté d’Agglomération Tarbes Lourdes Pyrénées.

En 2022, nous avons naturellement été sensibles à la proposition de la société Lify Air, qui, avec le soutien du CNRS, a développé une solution permettant d’ajouter les pollens au suivi de la qualité de l’air. Lify Air nous a contacté dans le cadre de sa recherche de territoires pilotes, renforcés par notre labélisation « Territoire Engagé Transition Écologique » auprès de l’ADEME. Après une année de réflexion, nous avons validé cette solution avec l’aide de Jacques Gayraud, allergologue émérite des Hautes-Pyrénées.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée des retombées de l'installation de ces capteurs ?

Nous avons été sollicités en phase de « test » par la société LifyAir fin 2021. La ville de Narbonne avait déjà répondu favorablement à leur sollicitation de test. Nous avons passé commande de 5 capteurs quelques mois plus tard (fin 2022) après avoir pris le temps de travailler avec le docteur allergologue Jacques Gayraud. Ce n'est donc pas véritablement par inspiration de l'exemple de Narbonne, mais plutôt suite à une réflexion et une analyse du produit. 

Le changement climatique modifie les airs climatiques, augmentant ainsi la sensibilité de la population aux allergies. Les périodes floristiques s'allongent, et en automne, certaines plantes peuvent même reprendre leur cycle végétatif. Avant 2023, le réseau de capteurs de pollen le plus proche était à 150 kilomètres, ce qui créait un décalage d'une semaine dans la collecte des données. De plus, avec seulement 70 capteurs en France, la mesure locale était insuffisante. Nous avons donc choisi de fournir des données hyper locales, instantanées et gratuites. Les capteurs installés début 2023 envoient des données en temps réel vers l'application LivePollen (Android et iOS gratuite) et le site Internet de la CATLP, accessibles gratuitement aux citoyens. L’air est analysé au sein de l’appareil via un capteur optique. Les données remontent ensuite en 4G sur la plateforme IA de Lify Air (pour le traitement de la donnée et le prédictif à J+1 et J+2 ). L'adhésion des élus a permis de créer un réseau de 4 capteurs, et grâce à la mobilisation de la population, un capteur a été ajouté en 2024, avec un autre prévu pour 2025. Cela permettra de couvrir la quasi-totalité du territoire, représentant différentes zones climatiques locales.

Quelles ont été les phases préparatoires du projet ?

Depuis le milieu des années 2010, nous avons un Pollinarium sentinelle grâce à la commune de Tarbes. Un agent de la ville était chargé de la collecte des données sur un échantillon représentatif de plantes. L’info remontait via des canaux nationaux mais n’était destinée qu’à des allergologues. Suite à la crise sanitaire, ces manipulations quotidiennes humaines ont été abandonnées et oubliées. Le Pollinarium a stoppé ses activités. Nous sommes venues combler ce manque, indispensable à l’accompagnement des allergiques, en automatisant la chose.

Concernant les compétences, quels sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?

Pour ce projet, il était nécessaire de maîtriser à la fois des compétences techniques et des enjeux de santé publique. Sur le plan technique, il était primordial de gérer les capteurs et la collecte des données en temps réel. Il fallait également disposer d’une infrastructure qui permette la diffusion fiable de ces données. D'autre part, la question sanitaire était centrale. Travailler avec un expert comme Jacques Gayraud, allergologue émérite des Hautes-Pyrénées, a permis d'assurer que le projet réponde aux besoins des usagers, en particulier des personnes allergiques. La mise en place de l'application LivePollen et la création d'un support pédagogique ont également nécessité des compétences en vulgarisation scientifique et en santé publique.

Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment la collectivité a-t-elle assuré le bon dimensionnement du projet ?

Au moment de la phase de diagnostic, nous avons constaté l’absence de données locales fiables et une grande difficulté à accéder à des informations actualisées sur les concentrations de pollens. Cela a fait émerger la nécessité de créer une solution de suivi en temps réel. Nous avons donc dimensionné le projet en fonction des zones climatiques spécifiques et des besoins sanitaires, afin de garantir une couverture optimale. Ce dispositif garantira la couverture de l'ensemble du territoire avec sept capteurs en place à mai 2025.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?

Cet investissement de 50 000 euros sur cinq ans reste, à l’échelle d’une collectivité, raisonnable. Cette opération a donc été financée sur fonds propres.

Le projet en détails

Dates clés

  1. 2022

    Mise à l'agenda et proposition de la société Lify Air

  2. 2023

    Validation de la solution et réalisation avec installation de 4 capteurs

  3. 2024

    Installation d'un 5ème capteur

  4. 2025

    Ajout d'un nouveau capteur pour couvrir la quasi totalité du territoire

Chiffres clés

  • 50 000

    euros d'investissements

  • 18 000

    connexions sur les 12 derniers mois

  • 50

    De 50 à 60 types de pollens recensés par le dispositif

À retenir

  • Le dispositif permet de recenser 50 à 60 types de pollens et d’informer sur leur concentration, aidant ainsi les personnes allergiques à prendre leur traitement à temps. Il offre aussi une prévision des niveaux de pollen à J+1 et fournit des conseils pratiques pour limiter les symptômes

  • Avec environ 18 000 connexions sur les 12 derniers mois, il a connu un réel succès, aussi bien auprès des habitants que des touristes, qui consultent l’application avant de séjourner sur la région. Ce dispositif répond à une véritable problématique locale, renforçant sa pertinence pour tous.

  • L'accès aux informations nécessite de disposer d’un smartphone. Nous n’oublions pas qu’un cinquième de la population n’en est pas équipé. Enfin, il reste la question de la couverture du territoire et de la richesse des informations fournies. C’est pour cela que nous avons fait le choix d’ajouter de nouveaux compteurs.

Ressources

  • La Semaine des Pyrénées

    Evolution de l'application "Live Pollen"

    Je découvre
  • La Dépêche du Midi

    Ce n'est pas un gadget mais un outil de santé publique

    Je découvre

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