TRANSITION éCOLOGIQUE ET éNERGéTIQUE

Bourg-en-Bresse (01) monitore sa propreté grâce à l’IA

Niveau d'expertise : intermédiaire

Cet article a été rédigé par

La ville de Bourg-en-Bresse mesure précisément la propreté de ses rues (173 km de voirie) grâce à des balayeuses équipées de caméras. Les images, analysées par l’IA, permettent de cartographier les déchets, d’ajuster les moyens alloués par quartier, d’évaluer l’efficacité des actions et d’informer les habitants, tout en répondant aux obligations réglementaires des éco-organismes comme Citéo et Alcome.

Nous avons équipé d’une caméra le véhicule qui intervient dans l’hyper-centre car il s'agit d’un secteur commercial et touristique, très exposé aux dépôts de déchets.

Frédéric Calard

En quoi consiste concrètement votre projet et quels en sont les principaux objectifs ?

Le projet vise à obtenir une cartographie précise et une mesure objective de la propreté urbaine à Bourg-en-Bresse. Jusqu’à présent, le service disposait de peu de données analytiques, se fondant essentiellement sur les remontées terrain de ses agents et des usagers. Or, la perception de la propreté urbaine reste souvent subjective. Sans outil de mesure fiable, il est difficile d’avoir une vision fine et partagée de la situation des différents quartiers d’une ville. L’objectif est donc double : évaluer l’efficacité de l’organisation que nous avions mise en place et disposer d’un outil d’aide à la décision et de pilotage de nos actions.

Concrètement, trois balayeuses compactes de voirie (sur cinq au total) ont été équipées de caméras capturant des images sur les routes, trottoirs et caniveaux. Ces données sont ensuite analysées par notre prestataire Cortexia, via une solution SaaS, et restituées sur une interface dédiée. L’outil permet de catégoriser, quantifier et géolocaliser les déchets (mégots, emballages, bouteilles, sacs…) et d’évaluer leur répartition. Ces informations nous permettent de mieux cibler les zones qui sont en dessous du niveau de propreté souhaité, mais aussi de repérer celles qui sont en situation de surpropreté, afin de rééquilibrer l’allocation de moyens. Elles nous permettent aussi d’objectiver nos bilans annuels auprès des éco-organismes (Citéo et Alcome) avec lesquels nous travaillons dans le cadre de la réglementation REP (Responsabilité Élargie du Producteur). Enfin, ce dispositif nous permet d’informer les habitants en toute transparence sur les enjeux et les actions de propreté.

Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?

Le sujet s’est imposé naturellement au sein du service Propreté, sans agenda imposé mais guidé par nos plans de lutte contre les déchets abandonnés et les mégots. Nous avions constaté un manque de vision d’ensemble, l’impossibilité de justifier certaines actions, et l’absence de données fiables pour répondre aux obligations de reporting. C’est à l’occasion d’un événement organisé par l’AVPU (Association des Villes pour la Propreté Urbaine) que l’équipe a découvert la solution Cortexia. Son potentiel stratégique est apparu immédiatement. L’AVPU, qui regroupe plus de 250 collectivités adhérentes (dont des métropoles), constitue un réseau riche d’échanges et de retours d’expérience. Dans la continuité, unégrait également le déploiement de QR codes sur les corbeilles et la création d’un poste de médiateur de plan d’action a été présenté aux élus de la majorité pour répondre aux attentes des éco-organismes et aux besoins du service. Ce dernier, outre le déploiement de la solution basée sur l’IA de Cortexia, int la propreté. Nos élus ont validé l’ensemble du projet.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

L’AVPU a été un acteur moteur dans l’inspiration du projet. L’association nous a permis de découvrir la solution Cortexia, de bénéficier de retours d’expérience d’autres collectivités, et d’accéder à des outils de benchmark. Les échanges avec d'autres villes (comme Metz, qui utilisait déjà une solution basée sur l’intelligence artificielle) ont été particulièrement précieux pour anticiper les bénéfices et les défis du projet. Deux visioconférences et des rencontres organisées par Cortexia ont permis de nous former à l'utilisation de l’outil, d’identifier les possibilités de personnalisation et d’évaluer l’adéquation avec les spécificités de Bourg-en-Bresse. Ce dialogue a conforté notre intérêt pour une solution souple, capable d’intégrer les contraintes locales. L'objectif était que chaque responsable de secteur ait accès aux données. Il était donc important de favoriser une prise en main rapide et une appropriation du système sur le terrain. Cette phase exploratoire, nourrie de rencontres professionnelles grâce à un réseau actif, a permis de s’orienter vers une solution compatible avec nos attentes.

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?

Une bonne connaissance du territoire et des problématiques locales de propreté est indispensable. Cela permet de mieux cerner les objectifs, de formuler des besoins précis et de construire un cahier des charges pertinent à destination du prestataire. D’une manière générale, une collaboration étroite avec ce dernier est recommandée, notamment pour le choix des indicateurs, des formations nécessaires… Autant d’étapes demandant rigueur, clarté et implication.

La réussite du projet repose sur cette articulation entre expertise métier, accompagnement technique, et gestion du changement. Il est aussi important d’anticiper l’appropriation de l’outil par toutes les personnes qui pourraient être concernées. En effet, le système s’avère très utile pour les nouveaux agents ou responsables de secteur, car il offre une vision objective, même sans connaissance préalable du terrain. La solution peut également orienter les actions de la police municipale, notamment pour identifier les lieux récurrents de dépôts sauvages ou d’incivilités. Elle devient ainsi un outil transversal au service de plusieurs services municipaux.

Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité ?

Non, nous n'avons pas mené d’étude de faisabilité à proprement parler. La véritable phase clé du projet a été d’obtenir l’adhésion des agents. En effet, lors des premières présentations du projet, certaines réticences sont apparues, notamment liées à la pose de caméras sur les véhicules, perçues comme un outil de surveillance. Plusieurs réunions ont été organisées pour expliquer l'intérêt du projet et clarifier les objectifs d’utilisation des caméras, ce qu’elles allaient filmer, et surtout dans quel but. Ces temps d’échanges ont permis de lever les inquiétudes et de faire comprendre la valeur ajoutée du projet pour l’amélioration du service et des conditions de travail.

L’installation des équipements a été assurée par le garage municipal en régie, avec l’appui de Cortexia. Il a fallu deux demi-journées pour effectuer toutes les connexions électriques nécessaires sur les balayeuses, qui ont également été équipées d’une box connectée (pour transmettre les données en 4G ou 5G vers les serveurs de Cortexia). Des formations à l’utilisation du logiciel ont également été dispensées après l'installation afin de garantir une appropriation de l’outil.

Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

En nous basant sur l'organisation déjà en place pour la propreté de la ville : cinq secteurs sont définis et disposent chacun d’une balayeuse. Nous avons équipé d’une caméra le véhicule qui intervient dans l’hyper-centre, car il s'agit d’un secteur commercial et touristique, très exposé aux dépôts de déchets. Les deux autres balayeuses tournent régulièrement sur les autres secteurs afin d’obtenir une vision complète de la propreté dans la ville, tout en maîtrisant le coût du dispositif. Cela nous a aussi permis de constater que les « hotspots » de saletés évoluaient en fonction de la fréquentation et des usages des quartiers, des événements organisés et aussi des saisons. Ainsi, l’objectif n’est pas une captation exhaustive en permanence, mais un suivi intelligent de la situation, permettant d’adapter les moyens. L’approche progressive permet aussi de tester les usages, de renforcer l’analyse à terme, et d’éviter une dépense excessive dès le démarrage.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides obtenues ?

Le coût du projet, c’est-à-dire un abonnement de 60 000 € par an pour les trois systèmes, a pu être couvert par les subventions perçues dans le cadre de la réglementation sur la Responsabilité Elargie des Producteurs, notamment celle de Citéo qui s’inscrit dans la lutte contre les déchets abandonnés et celle d’Alcome pour la lutte contre les mégots jetés dans l’espace public. En effet, comme la solution de Cortexia nous aide à cibler les endroits où il est nécessaire d’intervenir, le projet entre parfaitement dans le périmètre des financements possibles. Au total, nous recevons environ 170 000 € de subventions, calculées en fonction du nombre d’habitants de la commune. Deux éco-organismes sont mobilisés.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Au total, les acteurs impliqués sont Cortexia (éditeur de la solution technologique), le garage municipal (installation matérielle des dispositifs) et l’AVPU (Association des Villes pour la Propreté Urbaine).

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

Un projet de ce type repose sur une volonté politique forte et sur une vision claire des bénéfices attendus pour la collectivité. Il ne s’agit pas simplement d’un outil technologique, mais d’un levier stratégique au service de l’efficacité des politiques publiques, de l’amélioration du service rendu aux habitants et du soutien aux équipes de terrain. L’implication des élus dès les premières étapes est essentielle pour porter le projet, lui donner du sens et impulser une dynamique.

Il est tout aussi crucial d’associer très tôt les agents, de manière à lever d’éventuelles craintes et co-construire une relation de confiance autour de l’outil. Les échanges réguliers, la transparence sur les objectifs et le dialogue sont indispensables. Le partenariat avec un prestataire compétent et à l’écoute des réalités locales est un autre facteur clé de réussite. L’entreprise doit comprendre les contraintes d’une collectivité, s’adapter aux besoins, et accompagner la mise en œuvre avec réactivité et pédagogie. Enfin, il ne faut pas hésiter à s’inspirer des bonnes pratiques d’autres territoires, à partager les retours d’expérience et à s’appuyer sur des réseaux professionnels tels que l’AVPU. Un tel projet, à la croisée du numérique, de l’écologie urbaine et de la participation citoyenne, illustre concrètement la capacité des collectivités à innover au service du quotidien des habitants.

Le projet en détails

Dates clés

  1. Novembre 2023

    Découverte de la solution Cortexia lors des rencontres AVPU de Metz

  2. Juin-Octobre 2024

    Prise de contact avec Cortexia, puis présentation du projet aux élus

  3. Novembre 2024

    Commande et mise en œuvre du dispositif (création de la cartographie des secteurs, installations des systèmes)

  4. 2025

    Premiers retours d’analyses des données de propreté sur la ville

Chiffres clés

  • 625

    rues analysées par les balayeuses de voirie, soit près de 173km de voirie

  • 40

    m de distance à laquelle les balayeuses prennent les images

  • 170 000

    € de subventions, calculées en fonction du nombre d’habitants de la commune

À retenir

  • Objectivation et optimisation de la propreté urbaine : le dispositif permet de disposer de données précises et fiables pour affiner les interventions des équipes de la ville.

  • Valorisation du métier : le déploiement de ce type de solution permet non seulement de mieux cibler les actions à mener, mais aussi de valoriser le travail réalisé sur le terrain.

  • Dès le début du projet associer l’encadrement et les agents à la démarche, afin de lever les éventuelles craintes et d’engager l’installation de l’équipement dans une relation de confiance.

Ressources

  • L’intelligence artificielle au service de la propreté des collectivités

    Villagile

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  • La Ville de Metz lauréate d'un appel à projets national mêlant propreté urbaine et intelligence artificielle

    Ville de Metz

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  • Association des Villes pour la Propreté Urbaine (AVPU)

  • Citéo

  • Alcome

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