TRANSITION éCOLOGIQUE ET éNERGéTIQUE

La Vendée (85) mise sur l’hydrogène pour décarboner son territoire

Niveau d'expertise : intermédiaire

Cet article a été rédigé par

Le président du Syndicat Départemental d’Energie et d’équipement de la Vendée (SYDEV) dresse un premier bilan de l’implantation de stations à hydrogène vert sur son territoire et revient sur les outils numériques déployés pour l’optimiser. Si les premiers signaux sont positifs, il reste encore à convaincre les acteurs du territoire de s’équiper en flotte de véhicules compatibles avec cette technologie.

L’objectif principal est de proposer une alternative énergétique durable pour les transports lourds et les flottes professionnelles.

Laurent Favreau

En quoi consiste concrètement votre projet et quels en sont les principaux objectifs ?

Notre projet vise à développer un écosystème local d’hydrogène vert pour décarboner la mobilité et soutenir la transition énergétique en Vendée. Il repose sur trois piliers : la production d’hydrogène vert à partir d’énergies renouvelables, l’installation de stations multi-énergies, et la sensibilisation des acteurs locaux. L’objectif principal est de proposer une alternative énergétique durable pour les transports lourds et les flottes professionnelles. Nous visons également à renforcer la résilience énergétique du territoire tout en favorisant l’innovation technologique et l’emploi local. Ce projet incarne notre engagement à réduire les émissions de CO₂ et à répondre aux enjeux climatiques actuels.

Concrètement, nous exploitons aujourd’hui trois stations hydrogène qui accueillent environ 35 véhicules en Vendée. Ces stations fonctionnent grâce à un système technique bien rodé : l’hydrogène est transporté par la route dans des remorques conteneurisées à 350 bars, puis un compresseur remonte la pression à 950 bars pour constituer un stock tampon d’environ 150 kg. Un système de refroidissement par échangeurs et groupes froids permet d’éviter l’échauffement lors du remplissage des réservoirs. Le distributeur communique avec le véhicule par infrarouge pour piloter le plein de façon sécurisée selon des protocoles internationaux définis par les constructeurs.

Comment l’hydrogène vert s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?

Le SYDEV, représentant les communes et intercommunalités de la Vendée, assure un accès fiable à l’énergie (électricité, gaz…) ainsi qu’au très haut débit. Acteur clé de la transition énergétique, il soutient les énergies renouvelables et la mobilité durable. Dès 2013, le SYDEV s’est engagé dans la mobilité décarbonée, en développant un réseau de bornes de recharge électriques, aujourd’hui composé de plus d’une centaine de bornes, dont des bornes rapides. En 2015, il a élargi ses actions à la mobilité lourde avec un projet BioGNV, aboutissant à la création de la première station en 2017 à La Chaize-le-Vicomte. Neuf stations BioGNV sont désormais en service. Enfin, le développement de l’hydrogène vert a été lancé en 2015. Le SYDEV a soutenu la création d’un site de production d’hydrogène à Bouin, en partenariat avec la société Lhyfe, qui utilise l’énergie éolienne locale - issue de la société d’économie mixte Vendée Energie - ainsi que de l’eau de mer dessalée.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Nous n’avons pas été spécifiquement inspirés par d’autres modèles de distribution d’hydrogène. Ce qui a fait office de déclic, c’est notre rencontre avec Lhyfe. Nous avions eu l’occasion de rencontrer Mathieu Guesné, le CEO de cette start-up, à Paris, dans le cadre d’une présentation sur les investissements d’avenir. Le courant est très bien passé entre lui et notre entité qui a pour préoccupation la décarbonation de la mobilité.

Quelles furent les phases préparatoires du projet ?

Après notre rencontre avec Lhyfe, nous en avons conclu que l’hydrogène était une ressource qui pourrait venir compléter le BioGNV, et nous avons commencé à réfléchir ensemble. Nous partageons la vision de Mathieu Guesné, qui consiste à faire de l’hydrogène à partir d’énergies renouvelables. Nous sommes à proximité de la mer, nous pouvons dessaler de l’eau, nous sommes pourvus d’éoliennes, ce qui veut dire que l’électricité est disponible, donc les conditions étaient réunies. Mais pour répondre à votre question, ce n’est pas un exemple d’initiative similaire sur le territoire national qui nous a convaincus.

Concernant les compétences, quels sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?

Avant de lancer un tel projet, plusieurs compétences sont cruciales. Il faut maîtriser les technologies de production d’hydrogène vert, comprendre les enjeux financiers et réglementaires pour structurer le modèle économique et mobiliser les financements. La gestion de projets complexes, impliquant de nombreux partenaires (entreprises, collectivités, institutions), est également essentielle. Enfin, développer des compétences locales en maintenance et exploitation des infrastructures garantit la pérennité du projet et son intégration réussie sur le territoire.

Il faut également intégrer les compétences numériques et de télégestion, car l’exploitation des stations repose sur des systèmes de supervision à distance. La métrologie légale est aussi un sujet crucial : l’hydrogène étant désormais reconnu comme une énergie pour la mobilité, il est soumis aux mêmes exigences de contrôle que les carburants classiques, ce qui nécessite de faire évoluer les textes réglementaires.

Quels outils numériques utilisez-vous pour superviser et gérer l’exploitation quotidienne des stations ?

Nous utilisons plusieurs niveaux de supervision qui s’articulent entre eux. Le premier outil est "Fill and Drive", une solution développée par la start-up française éponyme (FillnDrive). Cette plateforme gère toute la dimension commerciale : derrière le badge RFID (radio-identification) que l’usager utilise pour déverrouiller la station, nous avons accès à un suivi détaillé des consommations. Nous pouvons voir les recharges jour par jour, qui a rechargé, à quelle heure, quelle quantité a été distribuée, et vérifier si un plein s’est bien déroulé. Cela nous permet également d’établir la facturation mensuelle de nos clients qui sont aujourd’hui sous contrat.

Au-delà de l’aspect commercial, nous avons deux niveaux de suivi technique. D’abord, les plateformes fournies par les constructeurs de stations nous donnent un suivi macroscopique : état global de fonctionnement, erreurs génériques, temps de remplissage anormalement longs, statistiques sur les échecs de remplissage. C’est notre premier niveau d’alerte au quotidien. Ensuite, pour la maintenance approfondie, nous confions un contrat à une entreprise qui dispose d’un système SCADA (Supervision Control and Data Acquisition), outil de supervision industrielle qui permet des remontées d’informations très précises. Tout est visible à distance pour le mainteneur : états de fonctionnement détaillés, valeurs de tous les capteurs, températures, pressions, débits enregistrés au cours de chaque plein. Quand une erreur apparaît sur notre plateforme, l’opérateur de maintenance peut se connecter à distance, analyser exactement ce qu’il s’est passé et diagnostiquer précisément la panne ou la dérive, ce qui garantit une réactivité optimale.

Enfin, la gestion logistique de l’approvisionnement en hydrogène est elle aussi entièrement automatisée et pilotée à distance. Un capteur mesure en temps réel la pression dans les remorques de stockage. À partir de ces données de métrologie, Lhyfe déclenche automatiquement les livraisons de nouvelles remorques lorsque le seuil de 35 bars est atteint, sans que nous ayons à passer commande. Nous avons simplement accès à un portail de suivi pour consulter nos niveaux de pression de manière informative. Cette télégestion complète de la chaîne, du commercial à la logistique en passant par la maintenance, est vraiment essentielle pour faire fonctionner ces stations de manière fiable.

Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment la collectivité a-t-elle assuré le bon dimensionnement du projet ?

Une station d’hydrogène coûte environ 2 millions d’euros. Le SYDEV a pris des risques pour développer cette filière en établissant un modèle économique basé sur la production d’hydrogène et le coût de l’électricité. Vendée Énergie vend l’électricité à Lhyfe, qui fournit l’hydrogène. Nous avons travaillé ensemble pour proposer un prix compétitif, essentiel pour rendre attractifs les véhicules à hydrogène. L’objectif est de maîtriser les coûts, comme ce fut le cas pour la mobilité électrique dans les années 2010.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?

Être lauréat de l’appel à projet de l’Ademe a permis de financer la première station, avec 80% de l’investissement couvert par la région, le département et l’État. Le défi suivant est de financer l’acquisition de véhicules à hydrogène vert, 2,5 fois plus chers que des véhicules classiques. Un autre obstacle est la formation aux compétences spécifiques, un domaine nouveau, pour lequel nous avons collaboré avec des partenaires experts.

Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné ou co-construit ce projet d’hydrogène vert ? Les citoyens ont-ils participé à la co-construction du projet ?

La population vendéenne n’est pas le principal public cible, mais nous communiquons pour informer les habitants des avancées sur leur territoire. Peu de véhicules légers sont concernés, l’accent étant mis sur le transport lourd. L’enjeu majeur est de mobiliser les entreprises et collectivités, qui peuvent intégrer des critères bas carbone dans leurs marchés publics (transport, collecte des déchets, etc.) pour favoriser l’adoption d’énergies plus propres.

Le projet en détails

Dates clés

  1. 2015

    Étude de faisabilité de la mise en place d’un écosystème local. Le projet H2 Ouest porté par le SYDEV est lauréat de l’appel à projet de l’ADEME sur les écosystèmes hydrogène.

  2. Septembre 2021

    Inauguration du site de production d’hydrogène vert de Lhyfe à Bouin.

  3. Décembre 2021

    Inauguration de la station multi-énergies (H2, BioGNV, électricité verte) de la Roche-sur-Yon.

  4. 2023

    Inauguration de la station multi-énergies des Sables d’Olonne (H2, BioGNV, électricité verte) et du Pays de Saint Gilles Croix de Vie à Givrand (une station mobile de plus petite taille).

Chiffres clés

  • 1

    site de production d’hydrogène vert en Vendée à Bouin, directement raccordé et alimenté par une éolienne de Vendée Energie située à quelques mètres du site.

  • 3

    stations hydrogène vert en Vendée : La Roche-sur-Yon (2021), Les Sables d’Olonne et Le Pays de Saint Gilles Croix de Vie (2023). Une station opérée par l’entreprise Brétéche à Maché (2023) vient compléter le réseau de stations locales.

  • 35

    véhicules hydrogène fonctionnent actuellement en Vendée et se ravitaillent sur ces stations (voitures, autobus, camions de transport, véhicules de collecte de déchets, véhicules utilitaires).

À retenir

  • Les résultats sont conformes à notre objectif d’un écosystème entièrement alimenté par de l’hydrogène vert. Nous avons mobilisé des constructeurs et obtenu des prototypes ravitaillés. RATP DEV a installé un centre de formation à La Roche-sur-Yon pour former les techniciens sur les véhicules à hydrogène, renforçant ainsi les compétences locales. Ce projet témoigne de l’évolution de notre expertise, d’un début modeste à une maîtrise technique aujourd’hui reconnue.

  • Les équipements fonctionnent bien aujourd’hui. Les technologies utilisées ne sont pas révolutionnaires en elles-mêmes, elles reprennent des briques déjà existantes sur d’autres gaz, mais adaptées aux spécificités de l’hydrogène. L’innovation réside dans l’intégration de ces technologies pour la mobilité. Nous avons aussi servi de premier démonstrateur pour Lhyfe et pour les fabricants de stations, ce qui a permis à toute la filière de monter en compétence.

  • Sur le plan technique, nous ne sommes pas encore au stade d’un système grand public impliquant peu de surveillance. Les machines nécessitent un suivi rigoureux avec des techniciens qui surveillent de près pour corriger rapidement toute dérive. Le taux de fiabilité n’est pas celui d’un système de masse. Les pistes d’amélioration portent sur la stabilisation et l’amélioration continue du taux de disponibilité des stations, leur fonctionnement énergétique et leur sécurité.

Ressources

  • L’hydrogène propre : vecteur de la transition énergétique

    En savoir plus sur l'hydrogène avec le SYDEV

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  • Inauguration de la station hydrogène du SYDEV à Givrand

    Actualité du Pays de Saint Gilles Agglomération

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  • Stations hydrogène : en Vendée, des débuts prometteurs malgré un démarrage plus lent que prévu

    Article de H2 Mobile

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  • ADEME

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