Gestion énergétique des bâtiments : la Métropole du Grand Paris (75) mutualise un outil de suivi pour réduire ses consommations
Face à la hausse des coûts de l’énergie et aux exigences du décret tertiaire, la Métropole du Grand Paris déploie un outil mutualisé de suivi des consommations pour ses communes. La plateforme permet d’agréger les données énergétiques des bâtiments publics et d’identifier les dérives. Cette approche collective réduit les coûts et facilite le pilotage énergétique.
Siège de la Métropole du Grand Paris - Crédits photo : Banque des Territoires
Demander aux collectivités de réaliser des économies est indispensable. Encore faut-il les accompagner dans cet effort.
L'interview
En quoi consiste concrètement votre projet et quels en sont les principaux objectifs ?
Face à l’urgence climatique et à la hausse du coût de l’énergie, nous accompagnons les collectivités dans leurs démarches d’économie énergétique. À cette fin, nous avons expérimenté le déploiement de Savee, un outil de suivi énergétique destiné aux communes du territoire. Cette plateforme numérique, proposée par notre prestataire Advizeo, permet de collecter et d’exploiter des données issues de différentes sources (capteurs, fournisseurs d’énergie, etc.) afin d’optimiser le pilotage des bâtiments publics.
L’outil récupère automatiquement les données des fournisseurs et peut également intégrer d’autres informations, telles que les factures d’énergie ou les index mensuels de consommation. Cela facilite par ailleurs les déclarations sur la plateforme Operat, contribuant ainsi au respect des exigences du décret tertiaire, qui impose une réduction de 40% des consommations d’énergie d’ici 2030 pour les bâtiments à usage tertiaire.
Le retour positif des communes a permis un élargissement progressif du dispositif : 31 collectivités ont rejoint la démarche en 2023, puis 15 supplémentaires en 2024. Aujourd’hui, 55 communes bénéficient de cette solution mutualisée de suivi énergétique, qui renforce la connaissance, le pilotage et la maîtrise des consommations au niveau de la Métropole et des territoires.
Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
En 2021, la Métropole du Grand Paris a été lauréate de l’Appel à Manifestation d’Intérêt (AMI) SequoIA, porté par le programme national ACTEE – Action des Collectivités Territoriales pour l’Efficacité Énergétique, qui vise à accompagner les collectivités dans la mise en œuvre d’actions d’efficacité énergétique.
Ce financement a constitué une opportunité pour structurer une démarche collective autour d’un besoin exprimé de longue date : disposer d’un dispositif mutualisé et fiable de suivi des consommations des bâtiments publics. Le Schéma Directeur Énergétique Métropolitain avait d’ailleurs confirmé la nécessité de renforcer cette coordination énergétique.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Au cours de la phase d’expérimentation menée avec les neuf premières communes volontaires, l’objectif a été d’identifier ce qui fonctionnait réellement sur le terrain. Les retours d’usage ont joué un rôle essentiel : les collectivités ont pu tester plusieurs solutions et préciser les fonctionnalités indispensables à un suivi fiable et opérationnel de leurs consommations.
Parallèlement, la Métropole a réalisé une analyse comparative ainsi qu’un sondage auprès des communes participantes afin d’objectiver le choix d’un outil commun. Cette démarche a permis de confirmer le type de plateforme le plus adapté aux besoins : une solution simple à utiliser, capable d’agréger différentes sources de données et de faciliter le pilotage énergétique au quotidien.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?
La réussite d’un projet de suivi énergétique repose également sur une coordination efficace entre les collectivités, la Métropole et le prestataire chargé de la solution. Dans ce cadre, la Métropole joue un rôle d’interface : elle centralise les besoins, organise les phases de paramétrage, veille à la qualité des données transmises et supervise les ajustements techniques éventuels.
En interne, cela implique de maîtriser les principaux processus — intégration des bâtiments, vérification des données, gestion des droits d’accès — et de maintenir un dialogue étroit avec le prestataire afin de résoudre rapidement les points techniques et d’harmoniser les pratiques. Cette médiation permet aux communes de se concentrer sur l’exploitation de l’outil, tout en bénéficiant d’un accompagnement structuré et mutualisé.
Quelles furent les phases préparatoires du projet ? Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ?
Il n’y a pas eu d’étude d’impact ou de faisabilité préalable, la démarche relevant d’abord d’une logique d’expérimentation. Le besoin d’améliorer le suivi et le pilotage des consommations d’énergie — un poste budgétaire majeur pour les communes — était identifié de longue date.
La Métropole a ainsi choisi de tester, avec un premier groupe de collectivités volontaires, la mise en place d’un outil mutualisé capable d’agréger et d’analyser les données des bâtiments publics. Cette phase expérimentale a fait office d’étude de faisabilité en conditions réelles : elle a permis d’observer les usages, de repérer les points d’amélioration et de confirmer la pertinence d’une solution commune à l’échelle du territoire.
Au regard des résultats obtenus, la Métropole a décidé de déployer progressivement le dispositif et d’en assurer le financement jusqu’à fin 2025, afin d’accompagner l’ensemble des communes participantes.
Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Le bon dimensionnement du projet s’est construit de manière progressive, en s’appuyant sur une montée en charge maîtrisée et sur les retours des communes volontaires. La première étape a consisté à tester la démarche à petite échelle, auprès de neuf collectivités, afin d’identifier les volumes de données à intégrer, les besoins réels des utilisateurs et les difficultés rencontrées lors du paramétrage. Cette phase pilote a permis de calibrer précisément les ressources nécessaires, qu’il s’agisse du temps de traitement, de l’accompagnement aux communes ou de la coordination avec le prestataire.
À partir de ces enseignements, nous avons structuré un modèle de déploiement adapté à un territoire particulièrement hétérogène, où les communes présentent des niveaux de maturité énergétique différents. Le dimensionnement a ainsi intégré plusieurs paramètres : le nombre de bâtiments à suivre, la diversité des sources de données, les capacités internes de chaque collectivité et les besoins en formation.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
La première phase du projet a été rendue possible grâce au programme national ACTEE – Action des Collectivités Territoriales pour l’Efficacité Énergétique. En 2021, la Métropole du Grand Paris a en effet été lauréate de l’Appel à Manifestation d’Intérêt (AMI) SequoIA, destiné à soutenir les collectivités dans leurs actions de rénovation et d’efficacité énergétique.
Cette subvention couvrait 50% des dépenses liées à l’expérimentation : déploiement de l’outil, intégration des données et accompagnement des neuf communes pilotes. La Métropole a complété ce financement afin de lancer le test dans de bonnes conditions et de vérifier que la solution répondait pleinement aux besoins des collectivités.
Au regard des résultats positifs, la Métropole a décidé d’élargir le dispositif. Elle finance aujourd’hui l’accès à l’outil pour l’ensemble des 55 communes participantes, et ce jusqu’à la fin de l’année 2025.
Cette approche a permis de lever un frein majeur : sans soutien métropolitain, nombre de petites et moyennes communes n’auraient pas pu investir seules dans un outil de pilotage énergétique. Le cofinancement ACTEE, puis l’engagement financier de la Métropole, ont donc été déterminants pour faire émerger une solution mutualisée à l’échelle du territoire.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Comme pour tout projet de cette nature, plusieurs acteurs ont été mobilisés pour sécuriser la démarche et accompagner les collectivités. Nous avons notamment collaboré avec l’ALEC-MVE (Agence Locale de l’Énergie et du Climat – Maîtrisez Votre Énergie), qui a joué un rôle déterminant dans la préparation et la mise en œuvre du dispositif.
L’agence a apporté un appui technique aux communes, notamment sur la compréhension des données énergétiques, le paramétrage initial et la prise en main de la solution. Elle a également contribué à harmoniser les pratiques entre des collectivités très diverses, tant par leur taille que par leur organisation ou leur niveau de maturité sur les questions de performance énergétique.
Cet accompagnement a permis de fluidifier le déploiement, de sécuriser la phase expérimentale et de garantir que chaque commune puisse utiliser le dispositif dans de bonnes conditions, quelle que soit sa capacité interne.
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Je dirais qu’il ne faut pas hésiter, car c’est précisément ce que nos habitants attendent : une gestion responsable de l’argent public et des choix permettant d’améliorer l’efficacité des services. Un suivi précis des consommations permet d’identifier rapidement les dérives et les bâtiments les plus énergivores. Les économies réalisées peuvent ensuite être réinvesties au profit d’autres politiques publiques, avec un impact direct pour les habitants.
Il est également essentiel de penser l’accompagnement. Toutes les communes ne disposent pas des mêmes équipes ni des mêmes ressources techniques, et cela ne constitue pas un obstacle dès lors que la collectivité pilote joue pleinement son rôle. Mutualiser, partager les compétences, soutenir les communes dans la prise en main de l’outil : c’est la meilleure manière de permettre à l’ensemble du territoire d’avancer au même rythme.
Enfin, ce type de projet envoie un signal : le numérique et la donnée sont de véritables leviers au service de la sobriété énergétique et d’une gestion plus vertueuse des services publics. Les élus disposent d’informations plus fiables pour décider, et les habitants constatent que la collectivité agit concrètement pour réduire les charges et améliorer la qualité des équipements qu’ils utilisent au quotidien.