Face aux dépôts sauvages, Valbonne (06) pérennise sa solution liant caméra mobile et IA
Devant l’augmentation des dépôts sauvages sur son territoire, la commune de Valbonne a testé l’an dernier une solution innovante de détection automatique des infractions combinant une caméra mobile et un algorithme d'IA. Après une période d’expérimentation de 6 mois qui a porté ses fruits, la municipalité a pérennisé le dispositif et envisage de le développer.
La lutte contre les incivilités, c’est un peu le jeu du chat et de la souris. Aussi, l’atout principal de cette solution, c’est bien évidemment sa mobilité.
Si la tarification incitative et la collecte en points d'apport volontaire sont souvent présentées comme des « causes » de l’augmentation des dépôts sauvages, ces incivilités ne concernent pas que des individus lambda. Certaines entreprises, peu regardantes sur l’impact environnemental de leur comportement, sont aussi à incriminer. C’est le constat de Valbonne, commune de 13 000 habitants (Alpes-Maritimes). Pour lutter contre le phénomène, la collectivité a choisi de se munir d’une première caméra mobile fonctionnant à base d’IA. Suite à une période d’expérimentation qui a porté ses fruits en remettant mensuellement sur le droit chemin pas moins de 15 entreprises, la municipalité envisage de nouvelles acquisitions.
Comment le projet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
Valbonne est une commune relativement grande, avec beaucoup de forêts, située entre Cannes, Antibes et Grasse. Si les dépôts sauvages ne sont pas un problème propre à notre collectivité, (NDLR: Selon l’ADEME, chaque année, plus d'un million de tonnes de déchets sauvages sont jetées de manière irresponsable, représentant un coût de 1,5 milliard d’euros par an en France) nous avons la particularité d’avoir localement beaucoup d’entreprises du BTP et de l'artisanat. Celles-ci vont faire des travaux dans les villas de luxe, les hôtels et restaurants de la Côte d’Azur. Et plutôt que d’aller en déchetterie pour se débarrasser des matériaux, certaines d’entre elles préfèrent s’en débarrasser dans nos forêts.
Gravats, plastiques divers, plâtre, aérosol, etc., les rebuts ont un coût à la fois environnemental mais aussi financier pour la commune, puisque ce sont nos agents municipaux ou des entreprises de nettoyage qui, in fine, doivent intervenir.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour ce projet ?
Nous avons regardé autour de nous des exemples d’initiatives mises en place par des collectivités de taille similaire. Dans nos recherches, la solution proposée par la société Vizzia remplissait beaucoup de nos critères. En résumé, ce sont des caméras nomades, autonomes au niveau de la batterie et de la connexion, grâce à une carte 5G. Il est facile de les installer sur n’importe quel point sensible. La caméra, grâce à de l’IA, détecte uniquement les gens qui jettent des dépôts sauvages. Cela évite d’avoir des heures de vidéos à regarder. Nous recevons automatiquement un film des personnes en train de jeter, avec leur plaque d’immatriculation.
Une fois contactée, l’entreprise nous a mis en relation avec d’autres villes qui utilisaient déjà ce système à l’instar de Porto-Vecchio, en Corse, et qui partage plusieurs points communs avec Valbonne. Nous avons aussi pu échanger avec une commune de Seine-et-Marne qui doit faire face à des montagnes de dépôts sauvages.
Nous nous sommes aussi inspirés de ce qui se fait en Espagne. Là-bas, le montant des infractions est volontairement élevé pour être dissuasif. Ainsi, une déjection canine peut vous coûter 750 €. Le résultat, c’est que c’est parfaitement propre. En France, l’amende est de 135 € dans ce cas précis et de seulement 35 € pour un papier jeté par terre.
Est-ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?
Nous n’avons pas fait d’étude de faisabilité. En revanche, nous avons pu tester le dispositif pendant six mois avec une première caméra. Cette démarche a donné très vite de bons résultats.
Nous avons également réfléchi aux conséquences financières pour les personnes prises en flagrant délit. Depuis la loi du 22 août 2021, portant sur la lutte contre le dérèglement climatique, le dépôt sauvage d'ordures est considéré comme un délit d'écocide. Toutes les entreprises doivent se rendre en déchetterie pour déposer et valoriser leurs déchets. Cela a bien évidemment un coût pour elles et certaines pensent pouvoir l’éviter en jetant dans la nature.
Pour être dissuasif, nous avons donc décidé de frapper fort. Chaque personne qui dépose ses déchets et peut être identifiée reçoit une amende de 1 500 €. Généralement, les chefs d’entreprise concernés ne tardent pas à nous contacter pour tenter de prouver leur bonne foi. Afin d’être dans une démarche pédagogique, nous abaissons cette amende à 150 euros mais ils sont prévenus : ils savent que la prochaine fois, ce sera 1 500 €, et on ne rigolera plus.
Concernant les compétences, quels sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?
L’installation de la caméra mobile n’a pas demandé de compétence particulière. Grâce à l'identification des infractions permise par l’IA, il n’y a pas de traitement des images par un agent. La détection est automatique et la police municipale reçoit en quelques minutes un message avec les informations nécessaires, à savoir un extrait vidéo prouvant le délit ainsi que le relevé de la plaque d’immatriculation du véhicule concerné.
Si la solution proposée par le prestataire était déjà opérationnelle, la mise en place de l’expérimentation a néanmoins nécessité un certain nombre d’autorisations préfectorales et nationales. Nous avons parallèlement pris un arrêté municipal qui nous permet d’infliger une amende de 1 500 €.
Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment la collectivité a-t-elle assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?
La phase d’expérimentation avec une seule caméra a permis d’obtenir rapidement des chiffres prouvant l’efficacité du dispositif. L’accompagnement par la société Vizzia a aussi été très utile. Elle nous a aidé à mettre en place une stratégie pour traiter les points délicats.
Concernant l’adhésion des citoyens, nous avons eu beaucoup de retours positifs. Rien de vraiment étonnant à cela puisque ces comportements ne sont dus qu’à un petit pourcentage de la population. Et rares sont les personnes à se vanter d’avoir payé une amende pour avoir pollué la planète… Enfin, notre commune étant déjà dotée de 125 caméras de vidéosurveillance traditionnelle, il y a déjà au niveau local une certaine habitude à leur présence dans l’espace public.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?
La collectivité a financé la première caméra sans subvention sur son budget propre.
Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné la collectivité pour ce projet de caméra mobile ?
La collectivité de Valbonne n’a pas été accompagnée par d’autres acteurs pour ce projet.