Éclairage public nocturne : la Métropole de Nantes (44) réduit sa facture d’électricité.
En novembre 2022, Nantes Métropole a dévoilé son plan de sobriété énergétique pour diminuer de 10 % sa consommation. Une réduction de l’éclairage public entre 23 h et 6 h est expérimentée dans les communes du territoire. Dany Joly, responsable du service EPICE (éclairage public et infrastructures de communications électroniques), nous en parle.
Au-delà des économies d’énergie, la nuit représente 50 % de notre temps, donc c’est important de s’y intéresser et d’inclure les citoyens dans les projets d’éclairage
Comment le projet de réduction de l’éclairage public nocturne s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
L’idée de réduire la fenêtre d’éclairage public est assez ancienne au sein de la collectivité. En effet, en 2014, la Métropole a engagé un plan d’action d’économie d’énergie pour réduire notre consommation annuelle. Par exemple, notre consommation était de 49 GWh à cette période. Aujourd’hui, elle est de 30 GWh et nous visons 18 GWh en 2027.
Pour engager ces économies, notre service a agi sur plusieurs leviers. Dès 2014, nous avons banni les lampes à valeur mercure qui consomment beaucoup et qui éclairent peu. Ensuite, nous avons accompagné Saint-Jean-de-Boiseau, la première commune qui souhaitait entreprendre une démarche d’interruption partielle de l’éclairage nocturne. Nous avions établi un scénario où l’éclairage pouvait être éteint entre 4 h 30 et 5 h 30 du matin, hormis dans le centre-ville et les voies principales. Ce sont donc 30 % des points lumineux qui ont été coupés.
Avec la crise énergétique de 2022, la collectivité s’est engagée dans un plan de sobriété. L’une des actions consistait à étendre cette fenêtre de coupure. Nous avons vu les économies générées et cette pratique s’est harmonisée au sein de la métropole. Actuellement, sur les 24 communes du territoire, 22 d’entre elles procèdent à une coupure partielle d’éclairage.
Avec la Banque des Territoires, nous avons déposé un dossier pour obtenir un prêt intracting, c’est-à-dire un emprunt qui peut se rembourser sur la base des économies d’énergie générées. La collectivité a saisi cette opportunité à travers ce prêt avec un taux à 0,75 %. Cela contribue à atteindre nos objectifs de sobriété.
Quelles sont les sources d’inspiration de ce projet ?
Les inspirations sont venues de différents horizons. D’une part, les fournisseurs de matériels peuvent nous proposer des solutions techniques qu’ils ont développées dans leurs bureaux d’étude. Ensuite, je suis membre du conseil d’administration de l’AFE Ouest Atlantique, l’Association française de l’éclairage.
Cela permet de créer un réseau d’échanges entre professionnels et avec plusieurs Métropoles qui travaillent sur ces questions. Nous organisons des réunions annuelles et des ateliers sur des sujets comme l’éclairage intelligent, la maintenance, les systèmes de télégestion, par exemple.
Est-ce qu’une étude de faisabilité a été réalisée en amont du projet ?
Il n’y a pas eu à proprement parler d’étude de faisabilité ou d’impact. Quand nous travaillons sur des nouveaux projets, l’objectif pour nous est d’abord d’expérimenter avant de savoir si l’on duplique la solution.
Pour donner un exemple, nous avons testé un éclairage particulier sur les bords le ruisseau des Sourdes dans le quartier Port Boyer à partir de la solution d’un fabricant. L’idée était d’éclairer en rouge pour que la température de couleur soit la moins impactante possible pour la biodiversité. Nous n’avons pas fait d’état des lieux avant pour mesurer l’activité de la biodiversité ni après pour voir l’impact, essentiellement par manque de temps et parce qu’il aurait fallu solliciter une aide extérieure pour étudier l’activité de la faune. Mais cela aurait été utile sur ce genre d’installation.
Quelles sont les principales compétences à maîtriser avant de se lancer dans un projet lié à l'éclairage public ?
D’une part, je dirais que la mise en place d’un programme de cette envergure dépend de la taille de la collectivité. Au-delà des ressources financières à engager, il est important de s’entourer de personnes compétentes, que ce soit en interne ou des bureaux d’études.
Aussi, il faut savoir que les 24 communes qui composent la Métropole lui ont transféré la compétence d’éclairage public dès sa création en 2001. De fait, nous avons déjà 23 ans d’expérience sur ces sujets là. La Métropole est organisée dans une logique déconcentrée sur la question de l’éclairage. Mon service s’occupe du volet stratégique et nous nous appuyons sur 6 pôles de proximité, chacun responsable du bon fonctionnement de l’éclairage sur son territoire. Dès lors, ces savoirs internes au sein des services nous ont permis de nous lancer dans le projet.
Pour les compétences qui nous manquaient, nous avons sollicité des aides extérieures. Par exemple, celle d’Artelia, un groupe de conseil et d’ingénierie ainsi que des bureaux de contrôle qui font des diagnostics sur les installations électriques. Enedis nous a également accompagnés sur la question des alimentations électriques.
Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment la collectivité a-t-elle assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?
La transition écologique est un des marqueurs forts de notre mandat. Cela implique de s’atteler à des sujets comme la réduction de la consommation d’énergie ou la prise en compte de la biodiversité.
En 2014, nous avons procédé à une élection citoyenne d’un « maire de la Nuit ». En effet, tous les habitants ont été invités à voter pour nommer le représentant officiel des noctambules. En janvier 2014, ce sont Arnaud Tesson et Vincent Beillevaire qui ont été élus à ce poste. Ce conseil nantais de la nuit regroupe plusieurs secteurs : la restauration, la police municipale, les commerces, les boîtes de nuit… C’est un lieu citoyen où l’on aborde les thématiques de la vie nocturne. Cela nous semblait important car la plupart des projets d’aménagement n’intègrent pas cette dimension nocturne.
En 2016 - 2017, un grand débat sur la transition énergétique s’est tenu. Un groupe de citoyens s’est intéressé à la thématique de l’éclairage public. De fait, le conseil de la Nuit nous permet de travailler conjointement avec les habitants et de susciter une effervescence autour de ces projets.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?
La collectivité a saisi l’occasion de contracter un prêt de 25 millions d’euros à un taux de 0,75 % avec la Banque des Territoires. C’est très intéressant pour la Métropole et cela nous permettra de mener les différentes actions du plan de sobriété.
À côté de ce prêt, nous avons déposé un dossier auprès du FEDER à l’échelle européenne et l’aide nous a été accordée, en tant qu’action « éclairage intelligent ». Au niveau local, nous avons obtenu 800 000 € de subventions dans le cadre du Fonds Vert.
Nous avons pu bénéficier d’une dernière aide de 300 000 € avec le plan Lum’acte de la FNCCR (Fédération nationale des collectivités concédantes et régies) qui permet aux collectivités de mettre en place des stratégies patrimoniales d’éclairage. Enfin, dans le cadre de partenariats institutionnels, la BPI a financé l’expérimentation de l’éclairage public partiel.
Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné la Métropole dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Nous avons mené un panel d’initiatives en interne en termes d’études et de stratégies. Puis nous nous sommes également appuyés sur les huit entreprises de notre accord-cadre de travaux.
Nous avons aussi contractualisé avec la société Biyotee qui propose une solution de pilotage centralisée en utilisant les infrastructures de communications existantes. L’infrastructure qui a été choisie dans ce projet-là est celle du canal RDS (Radio Data system) d’une fréquence FM. Ce signal nous permet de contrôler à distance nos équipements d’éclairage. Il s’agit d’une méthode qui repose sur le broadcasting, c’est-à-dire qu’un seul émetteur envoie le signal à un grand nombre de récepteurs simultanément.
Dans le cadre d’un autre projet pour accélérer le passage à l’éclairage LED, nous avons fait appel à Artelia. Ils nous ont surtout aidés pour la communication et la représentation du projet.