Le Centre-Val de Loire crée le Climate Data Hub, coopérative régionale des données climatiques
La Région Centre-Val de Loire lance son Climate Data Hub, un cadre territorial innovant dédié au partage et à l’exploitation des données pour renforcer la lutte contre le changement climatique. Agissant comme un tiers de confiance pour les habitants, cette coopérative fédère une trentaine de partenaires — publics, privés, universitaires et associatifs — autour de la mise en commun de données publiques et privées. Ce dispositif vise à stimuler la création de nouveaux services et solutions dédiés à l’adaptation climatique, tout en favorisant la collaboration et l’engagement des acteurs locaux.
Le partage de données, pour répondre aux défis climatiques, suppose cette coopération fondée sur l’éthique, la transparence et l’expérimentation.
En quoi consiste concrètement votre projet et quels en sont les principaux objectifs ?
Le Climate Data Hub, que l’on peut appeler « coopérative régionale des données environnementales », est un projet innovant porté par la Région Centre-Val de Loire.
Son but est de rassembler et d’organiser les données liées au climat et à l’environnement du territoire dans une plateforme numérique commune. Aujourd’hui, plus de 30 partenaires — publics, privés, universitaires et associatifs — partagent leurs données sur cet espace unique. Ce dispositif crée un climat de confiance pour mutualiser des informations souvent dispersées ou difficiles d’accès. Son fonctionnement repose sur des cas d’usage concrets, tels que les mobilités durables, la gestion de l’eau, la qualité de l’air ou la prévention des risques climatiques. Ces cas d’usage permettent de développer des outils opérationnels qui soutiennent les politiques publiques de transition écologique. Cette infrastructure évolutive offre aux acteurs locaux des ressources adaptées pour relever le défi de l’adaptation au changement climatique.
Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
Le projet trouve son origine dans la prise de conscience politique de l’urgence écologique, officialisée par une délibération de la Région Centre-Val de Loire à la fin de 2022.
Parallèlement, la stratégie numérique régionale s’appuie depuis longtemps sur deux piliers : l’inclusion numérique et le numérique responsable. Le Climate Data Hub naît précisément de la convergence de ces ambitions, mêlant engagement écologique et innovation numérique.
La Région bénéficie également d’une forte culture de coopération territoriale, et la mise en commun des données environnementales s’inscrit naturellement dans cette dynamique collaborative.
Enfin, le projet s’appuie sur la conviction que la donnée peut être un levier puissant pour amplifier les capacités d’action face au dérèglement climatique. C’est donc un projet à la fois stratégique, ancré dans les orientations à long terme de la collectivité, et symbolique, porté par la volonté politique forte de la majorité régionale.
Quelles sont les sources d'inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Nous avons regardé ce qui se faisait ailleurs.
L’expérience d’Occitanie Data, aujourd'hui devenue Ekitia, constitue par exemple l’une de nos références sur le territoire français. En Europe, nous avons échangé avec des collectivités allemandes et italiennes qui avaient des projets similaires au nôtre. Ces interactions nous ont éclairé sur le niveau d'attente global autour de la gouvernance des données environnementales.
Bien-sûr, comme chaque territoire a ses propres spécificités, nous avons aussi fait confiance à notre écosystème. La Région dispose d’un Conseil régional du numérique très actif, où de nombreuses idées fusent et grandissent. Ce projet reste avant tout une innovation locale, adaptée à notre réalité territoriale.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?
Il faut évidemment des compétences techniques - notamment sur les architectures de données et l’IA -, mais pas seulement ! Il ne faut pas sous-estimer la dimension juridique, économique et communicationnelle du projet.
Le partage de données touche à de nombreux enjeux sensibles : propriété, anonymisation, réglementation européenne sur la protection des données comme le Règlement Général sur la Protection des données (RGPD) entré en application en 2018, etc. Nous avons constitué des groupes de travail thématiques et fait appel à des partenaires spécialisés comme la société de conseil spécialisé en stratégie de la donnée Civiteo, ou encore l’Observatoire Datapublica, spécialisé dans les nouvelles pratiques de gestion publique des données.
L’autre volet, c’est la capacité à "raconter" le projet, pour en assurer la compréhension et créer de l’adhésion. Une bonne stratégie de communication permet de traduire la technicité des enjeux en bénéfices concrets pour les citoyens. Nous avons ainsi choisi de mobiliser un alternant, chargé de travailler spécifiquement sur cette dimension.
Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Dès 2021, nous avons engagé une phase de préfiguration, avec près de 60 structures consultées, de manière à bien comprendre les enjeux de gouvernance de la donnée à l’échelle du territoire. Des comités techniques ont traité les dimensions juridiques, éthiques, économiques.
Il fallait aussi acculturer les élus et les directions métiers aux enjeux du partage de la donnée au service du bien commun. La difficulté, c’était de rendre tangible un projet dont les résultats ne seraient visibles que plusieurs mois plus tard. En 2023, ce travail a abouti à un accord de consortium et à une charte éthique, signés par une trentaine de partenaires.
Ce travail de fond a permis de poser des bases solides pour déployer les premiers cas d’usage. Cette phase de préfiguration a été accompagnée de nombreux ateliers, réunions d'information et séminaires internes.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
La première phase du projet, la phase de préfiguration, de 2022 à 2024, a été soutenue par 500 000 euros co-financés par l’État via le plan France Relance et la Région. La seconde phase, une fois le consortium signé (qui est actuellement en cours) s’appuie sur un budget de 650 000 euros, intégrant des fonds européens.
Ensuite, chaque cas d’usage (eau, éclairage…) implique des partenaires financiers qui lui sont propres. Le projet PrévizO par exemple - une solution innovante destinée à anticiper les périodes de stress hydrique pour mieux préserver nos ressources en eau - a été lauréat de l’appel à projets DIAT (Démonstrateurs d’IA frugale au service de la transition écologique des territoires), opéré par la Banque des Territoires.
Comment avez-vous envisagé la participation citoyenne ?
La concertation avec les citoyens est encore un chantier : jusqu’ici, nous avons surtout mobilisé des relais institutionnels.
Nous travaillons actuellement à la création d’un comité citoyen consultatif, avec un rôle de veille éthique d’usage et d’accès de la donnée, et peut-être même d’initiation de nouveaux cas d’usage. Nous avons recruté une personne en alternance pour structurer cette démarche avec les instances régionales. Ce volet devrait se concrétiser d’ici 2026.
L’un de nos objectifs, c'est que l'impact sociétal du Climate Data Hub soit mieux compris, afin que les citoyens puissent progressivement proposer, commenter ou même co-construire certains cas d'usage.
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Il faut s’inspirer de ce qui a été fait ailleurs, sans chercher à réinventer la roue. Mais surtout, il faut construire un espace de confiance, avec une gouvernance partagée, transparente, à travers des groupes de travail co-construits.
Le portage politique est indispensable, doublé d’un récit clair qui donne du sens à l’ensemble. Il faut aussi anticiper le temps long, les négociations, les arbitrages.
De plus, il est important de ne pas sous-estimer le coût. Un budget dédié est nécessaire pour animer, coordonner et faire vivre une telle coopérative.
Enfin, il faut faire preuve d'humilité : tout ne marchera pas du premier coup, mais c'est aussi le principe de l'expérimentation.