TRANSITION éCOLOGIQUE ET éNERGéTIQUE

Antony (92) mise sur une application citoyenne pour prévenir la prolifération du moustique tigre

Niveau d'expertise : intermédiaire

La ville d’Antony a lancé en 2025 une expérimentation de l’application mobile « Zzzapp » qui vise à lutter contre le moustique tigre en mobilisant directement les habitants. Cet outil numérique aide les citoyens à identifier et supprimer les eaux stagnantes qui favorisent la reproduction des moustiques à leur domicile, grâce à des diagnostics, alertes et conseils personnalisés.

Le projet complète les actions déjà menées sur l’espace public, alors que 80 % des gîtes larvaires se situent dans des propriétés privées. Soutenue par l’ARS et l’ARD, l’initiative a contribué à réduire les plaintes des habitants et à renforcer leur implication dans cette démarche de prévention.

Avec l’application, les citoyens disposent de conseils de prévention et suivent les impacts de leurs actions sur la réduction des dangers liés aux moustiques tigres

Ioannis Vouldoukis

L'interview

En quoi consiste concrètement votre projet et quels en sont les principaux objectifs ?

Provenant d’Asie du Sud-Est, le moustique tigre s’est peu à peu implanté en France. Au 1er janvier 2016, il avait déjà colonisé 83 des 96 départements métropolitains. Cet insecte invasif véhicule plusieurs maladies dangereuses pour l’être humain, comme la dengue et le chikungunya. La commune d’Antony avait déjà mené des actions depuis 2021 pour limiter la prolifération de ces insectes en veillant à réduire, voire à éliminer les points d’eau stagnants dans le domaine public, et notamment les parcs et jardins.

Mais il faut savoir que le moustique tigre naît uniquement dans les espaces humides et les eaux stagnantes, et passe le reste de son existence dans un rayon de seulement 150 mètres maximum autour de ce point. Donc, pour éviter sa propagation à l’intérieur de la commune, l’intervention de chacun est nécessaire, puisque 80 % des eaux stagnantes propices à sa reproduction se trouvent dans des espaces privés (balcons, jardins…), échappant à l’action des collectivités.

En collaboration avec l’Agence Régionale de Santé (ARS) et l’Agence Régionale de Démoustication (ARD), notre projet consiste à compléter les actions menées par la commune par une incitation des habitants à se mobiliser et agir à leur niveau pour réussir à freiner la prolifération du moustique-tigre sur la commune. Pour gagner l’adhésion des administrés, nous nous sommes appuyés sur une application ludique et pédagogique sur smartphone. Nous avons fait le choix de l’application Zzzapp, développée par la start-up grenobloise Colnex, pour changer les habitudes des citoyens.

Son principe est original : plutôt que de tuer les moustiques adultes avec des pièges ou des insecticides, elle vise à supprimer les lieux de reproduction (les gîtes larvaires) autour des habitations.

L'utilisateur commence par établir un diagnostic de son domicile. L'application identifie ensuite les points à risque (coupelles, récupérateurs d'eau, gouttières, seaux, etc.) et propose des actions concrètes à réaliser : vider les coupelles sous les pots de fleurs, entretenir les gouttières, couvrir les réservoirs d’eau de pluie, vérifier les bâches et le mobilier de jardin après la pluie.

L’application incite à répéter ces actions via des systèmes d’alertes et de notifications. Elle permet au citoyen d’établir un suivi de son niveau de protection grâce aux actions personnalisées proposées par l’application, de créer des communautés entre citoyens.

Et pour la commune, Zzzapp donne une idée du niveau d’engagement de la population. Au début, nous craignions que le fait de mobiliser les habitants dans cette lutte puisse entraîner de nouveaux mécontentements. C’est l’inverse qui s’est produit : durant l’été 2025, nous avons constaté une baisse significative des signalements et des plaintes, notamment sur les réseaux sociaux.

Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ? (Irritants, problématique, besoin, nouvelle obligation légale…)

L’année 2023 a été marquée par une recrudescence de moustiques tigres, surtout durant l’été. Durant cette période, la ville a reçu plusieurs plaintes des habitants qui s’interrogeaient sur les actions menées par la municipalité dans ce domaine. Pour informer les citoyens du mieux possible, la ville a lancé une campagne de communication en utilisant tous ses supports : magazine municipal, site Internet, affiches, réseaux sociaux.

C’est alors que l’ARS a sollicité Antony pour faire partie d’une expérimentation et en mars 2025, la Ville s’est dotée de l’application Zzzapp.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ? (Actions d’autres collectivités, livres blancs, séminaires…)

Nous ne nous sommes pas réellement inspirés d’autres territoires. Mais l’application Zzzapp était déjà déployée dans plus de 1600 communes, ce qui était de nature à nous rassurer. La Ville d’Antony était déjà très impliquée dans des actions de protection de l’environnement. En 2023, en collaboration avec l’ARS, nous avons mené une étude épidémiologique avec l’ARD et les services de proximité, de santé et d’hygiène de la Ville. L’ARS a été convaincue de l’intérêt d’aller plus loin dans l’expérimentation engagée à Antony.

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?

Il a fallu identifier les différents services municipaux qui allaient travailler sur l’ébauche du projet, pour présenter aux élus un dossier global, réunissant les objectifs du projet, une évaluation des ressources humaines à mobiliser, et des compétences nécessaires pour comprendre puis choisir entre les différentes solutions techniques existantes. Nous avons bénéficié des conseils et des compétences de l’ARS et de l’ARD sur ce point.

L’équipe projet a évalué les avantages et inconvénients des différentes solutions techniques mises sur le marché, comme les bornes de capture, les nichoirs, les pièges à moustique, afin de choisir une solution répondant au mieux aux attentes des élus et des habitants. Il a fallu recenser les outils que nous allions mettre à disposition de nos citoyens pour effectuer un signalement, connaître les actions qui peuvent être utiles. Ceci pour pouvoir faire des recommandations aux Antoniens, répondre à leurs questions, les accompagner au mieux en montrant qu’il est dans l’intérêt de chacun d’apporter sa pierre à l’édifice.

Quelles furent les phases préparatoires du projet ? Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? (Enquêtes publics…)

Dès 2022, nous avions identifié les besoins de sensibilisation et de formation des services en charge de la préservation de l’environnement sur la mise en place de bonnes pratiques pour limiter la présence d’eaux stagnantes.

Nous nous sommes ensuite informés auprès de l’ARS sur les solutions mises à disposition des collectivités pour mieux intégrer les habitants dans une stratégie de lutte contre le moustique tigre à l’échelle de la commune, et non plus seulement du domaine public.

Nous avons donc retenu la solution Zzzapp en 2025, qui a mobilisé un plan de communication important auprès des habitants : à la fois en matière d’affichage public, d’information dans le magazine municipal, mais surtout de sessions et de conférences rassemblant le tissu associatif local pour noter des suggestions et consolider les objectifs.

Quant aux équipes internes, elles ont reçu une formation sur l’utilisation de l’application afin de pouvoir répondre aux questions des citoyens lors d’appels téléphoniques ou par mail. Par la suite, nous avons organisé des contacts réguliers avec les représentants de Zzzapp pour assurer un bon suivi de l’opération.

Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

Grâce à l’étude épidémiologique de 2023, nous avons effectué un découpage de la ville en cinq quartiers de façon à rendre plus visibles les mesures de proximité et d’hygiène à envisager. Grâce aux capacités de géolocalisation offertes par l’application, cela nous a permis d’identifier les principaux lieux de naissance, et donc de nuisance, pour prioriser les actions concrètes à mener auprès de la population des quartiers les plus concernés. Les points de suivi mensuels permettent de se rendre compte des évolutions.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?

Il est important de préciser que cette application est gratuite pour les habitants. De la même manière, Antony n’a rien dépensé. La Ville a été retenue par l’Agence Régionale de Santé pour expérimenter gratuitement en 2025, pendant un an, l’application Zzzapp afin de lutter contre la prolifération du moustique tigre. L’ARS a renouvelé cette expérimentation avec la ville jusqu’en avril 2027, et a financé cette opération à hauteur de 14 000 euros dans le cadre de cette expérimentation.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Il y a trois acteurs qui gravitent autour de ce projet, à savoir la ville, les habitants, et la start-up grenobloise Colnex qui développe l’application Zzzapp. Les habitants sont la cible de ce projet et, sans eux, il ne peut y avoir de progrès notables, puisque 80% des gîtes larvaires se trouvent localisés dans les espaces privés. Pour en assurer le succès, la Ville a investi dans de nombreuses formes de sensibilisation et d’information auprès des habitants, à la fois par affichage, par publication d’articles dans le magazine municipal et sur le site web de la Ville, mais surtout lors de réunions qui ont permis d’échanger et de collecter de bonnes idées venant des citoyens.

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

- Analyser la demande de protection des habitants

- S’informer auprès de l’ARS et de l’ARD, disposer de conseils de professionnels, analyser les offres du marché en matière de démoustication, sélectionner celles qui s’accordent le mieux aux besoins de sa collectivité

- S’assurer de l’engagement des élus en amont, pour répertorier les moyens humains, financiers, opérationnels lors de la mise en place d’une solution. Ne pas se contenter d’actions de communication

- Mener des réunions au sein de l’équipe municipale pour mettre en relation les services qui seront impliqués dans cette réalisation, analyser et quantifier les ressources nécessaires pour leur participation au projet

- Engager le dialogue avec les associations locales pour identifier les éventuels freins, prendre en compte de nouvelles idées, et s’assurer de leur soutien ultérieur

- Peser l’intérêt public de cette décision, quantifier les résultats visibles par les habitants

Le projet en détails

Dates clés

  1. 2022

    Premières actions menées par les services municipaux pour limiter la prolifération du moustique tigre sur le domaine public

  2. 2023

    Étude épidémiologique menée en collaboration avec l’ARD

  3. 2024

    Multiplication des campagnes de communication préventives et pédagogiques auprès de la population comme  (Journées à thèmes dans les médiathèques, animations lors de la Fête de la Science)

  4. 2025

    L'ARS propose à Antony de faire partie d’une expérimentation au moyen de l’application Zzzapp pour fédérer les citoyens sur des actions impactant les domaines privés

Chiffres clés

  • 276

    foyers Antoniens inscrits sur l’application Zzzapp

  • 14 421

    euros TTC : c’est le financement de l’ARS cette année pour l’expérimentation

  • 1047

    actions concrètes sur le terrain ont été notifiées

À retenir

  • Simplicité d’utilisation : l’interface est intuitive, tant pour les citoyens que pour les agents. Les signalements sont clairs, bien catégorisés et faciles à traiter.

  • Géolocalisation précise : les signalements sont automatiquement localisés, ce qui permet une intervention rapide et ciblée. Réactivité et suivi : le système de notifications et de suivi des demandes améliore la transparence et renforce la confiance des usagers.

  • L’application Zzzapp ne prouve son intérêt qu’à partir du moment où les habitants s’en emparent. La ville peut jouer un rôle moteur mais elle n’a pas le pouvoir d’obliger les habitants à télécharger cette application.

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