DataBFC-TID : la Région Bourgogne-Franche-Comté accompagne les collectivités vers une transition écologique intelligente
Piloté par un consortium composé de la région Bourgogne-Franche- Comté, de son agence du Numérique et de l'intelligence artificielle (ARNia) et de la société Upciti, le projet DataBFC-TID expérimente des services numériques innovants auprès de 7 collectivités de la région et développe 8 cas d'usage stratégiques (gestion des déchets, parkings, voies cyclables…) via des capteurs IoT et de la plateforme DataBFC afin d’objectiver les phénomènes territoriaux et d’accompagner les décisions locales.
L'idée n'est pas de déployer des capteurs pour déployer des capteurs, il faut penser finalité, usage et pas outil !
En quoi consiste concrètement votre projet et quels en sont les principaux objectifs ?
Le projet consiste à expérimenter des services numériques innovants à destination de collectivités lauréates [de l’appel à projets TID] pour concrétiser et dupliquer des projets de transition écologique et énergétique jugés prioritaires.
Concrètement, en 2025, la Région accompagne 7 collectivités dans la mise en œuvre de leur cas d’usage respectifs, soit 8 au total : la gestion des déchets et des déchetteries, la mesure de la fréquentation des parkings touristiques, la mesure de la fréquentation des voies cyclables, la gestion de l’éclairage public intelligent, l’attractivité des centres-villes, la gestion des dépôts sauvages de déchets, la gestion des grands équipements et la mesure des flux touristiques.
L’objectif final est de proposer aux communes et EPCI, urbains comme ruraux, des services innovants adaptés aux spécificités des territoires afin qu’ils améliorent leur empreinte écologique et les services rendus aux habitants.
Ces cas d'usage s'appuient sur des capteurs IoT déployés sur le terrain et sur une plateforme régionale de données (DataBFC) développée en open source. L'objectif n'est pas de générer des services numériques comme finalité en soi, mais de mettre en place des services à l'attention des décideurs et usagers du territoire. L'idée est d'objectiver des phénomènes territoriaux souvent mal connus pour aider les élus et les services à prendre des décisions éclairées, en collectant et analysant des données en temps réel. Nous nous adressons à des territoires variés, de Châteauneuf-en-Auxois (81 habitants) en passant par Lure, Louhans, donc des communes de moins de 10 000 habitants, jusqu'aux agglomérations de grande taille à l'échelle de la région Bourgogne-Franche-Comté. Cette diversité territoriale nous permet de couvrir différents bassins de vie et départements, assurant ainsi une représentativité de l'ensemble de notre territoire régional.
Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
La démarche s'inscrit dans la continuité d'une politique régionale que nous avons initiée en 2021 avec un appel à projets « territoires intelligents et durables » doté de 8 millions d'euros.Cette initiative a distingué 32 lauréats et 70 projets qui sont en train de se construire ou de se finaliser sur le territoire autour des thématiques de mobilité et d'attractivité territoriale. Nous avions identifié un besoin d'accompagnement des collectivités sur ces sujets, avec un programme de webinaires pour acculturer les agents publics sur ces démarches. Cela faisait déjà plusieurs années que nous étions engagés dans cette démarche d'accompagnement des collectivités. L'appel à projets national de la Banque des Territoires est arrivé à point nommé, complètement en phase avec ce que nous menions comme actions. La région a également constaté un manque d'observatoires partagés après la fusion des régions, avec des données souvent cloisonnées. Nous avons donc mis en place une véritable politique de connaissance territoriale via la plateforme DataBFC, préexistante au projet et financée à 100 % par la région à l'agence régionale du numérique (ARNia). C'est cette cohérence entre la dimension locale et régionale qui a permis au projet de s'imposer naturellement à notre agenda. Nous avions aussi ce retour d'informations et ce partage au niveau national avec d'autres collectivités et acteurs engagés dans ces mêmes démarches.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Les cas d'usage que nous mettons en œuvre dans notre projet correspondent aux problématiques classiques que l'on peut retrouver un peu partout : les déchets, les parkings, et toute la gestion de l'espace public. Notre spécificité réside dans le fait de nous adresser aux communes moyennes et rurales et, d'autre part, de mettre en place une approche globale sur le sujet de la collecte de données. En effet, l'interopérabilité, la collecte, le traitement, la sécurisation et la souveraineté des données sont au cœur de notre démarche. Nous nous sommes principalement inspirés des besoins remontés par notre réseau de 32 collectivités lauréates du dispositif régional « Territoires Intelligents et Durables ». Ces dernières nous ont fait part de leurs problématiques concrètes et de leurs irritants. Nous ne sommes pas partis de la technologie, mais des usages et des problématiques identifiées par les collectivités elles-mêmes. L'accent mis sur l'open source et sur la souveraineté des données constitue également une particularité de notre projet. Nous estimons être les seuls, au niveau national, à pouvoir être dotés de ce type de solutions complètement maîtrisées. Cette approche permet la mutualisation via l'ARNia. Par exemple, un hyperviseur développé pour Châteauneuf-en-Auxois peut être directement adapté pour la citadelle du Grand Belfort, créant ainsi une véritable réplication et un partage de compétences et de technologies.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?
Avant de se lancer dans un projet de ce type, à une échelle régionale, une vigilance particulière sur trois points essentiels est nécessaire. Premièrement, il faut bien identifier un chef de projet. Bien sûr, dans une petite commune comme Châteauneuf-en-Auxois, le chef de projet peut être directement le maire. Mais il est très important d'identifier un interlocuteur qui ait le temps et la capacité de s'investir sur le projet, quelle que soit la taille de l'équipe. Deuxièmement, le portage politique est crucial. Lorsqu’il fait un peu défaut, nous avons plus de difficultés et il nous faut être plus présents pour faire avancer le projet. Le troisième volet, c'est le fait que les métiers soient pleinement impliqués.
L'approche métier constitue ensuite le véritable enjeu de ce type de projets. Nous nous apercevons que si nous disposons uniquement d'interlocuteurs aux compétences numériques, cela constitue paradoxalement un frein. La présence des équipes métier s'avère indispensable pour garantir la pertinence des solutions développées.
Cette philosophie, enfin, guide notre conception des outils : nous développons des tableaux de bord comme des applicatifs hyper-intuitifs, ergonomiques, voire ludiques, accompagnés de mini-formations ciblées. L'enjeu est pour nous de développer une appétence pour l'analyse des usages. L’objectif est que cette approche permette aux métiers de s'approprier véritablement les données et d'en tirer des enseignements opérationnels pour leurs missions quotidiennes.
Quelles ont été les phases préparatoires du projet ?
Nous avons tout d’abord sélectionné des collectivités très impliquées dans les dispositifs régionaux « Territoires Intelligents et Durables » que nous avons mis en place. Lorsque nous avons candidaté à l'appel à projets, nous avons présenté seulement trois collectivités : Lure, Montbéliard Agglomération et le Grand Belfort. En effet, ces dernières étaient prêtes à ce moment-là à s'engager, car il y avait des cas d'usage et des problématiques identifiées. De plus, elles étaient déjà montées en compétence à travers les webinaires et toute l'animation, l'acculturation et la sensibilisation que nous mettions en place pour le dispositif régional.
Après, quatre autres collectivités sont venues se greffer, notamment parce qu’elles faisaient déjà partie des 32 lauréats régionaux, notamment Joigny. Ce qui est très intéressant, c'est que nous, en région, nous avons les deux pieds sur le terrain. Nous avons énormément de relations avec les collectivités et cela évite d'être considéré comme hors-sol et de mettre en place des politiques publiques sans véritablement connaître les besoins territoriaux à grande échelle.
Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Le bon dimensionnement de ce projet régional repose avant tout sur une stratégie de mutualisation et de souveraineté technologique qui privilégie le développement open source, l'indépendance vis-à-vis des éditeurs propriétaires, la possibilité de réplication des hyperviseurs entre collectivités et la création d'une véritable communauté métier régionale. Cette dernière s'appuie sur la démarche stratégique BFC 360, développée sous la direction de notre collègue Vanda Turczi. Cette méthodologie constitue le socle de notre approche territoriale et garantit la pertinence de nos interventions.
Notre philosophie consiste à éviter le déploiement technologique gratuit. L'objectif n'est pas de multiplier les capteurs selon une logique d'équipement, mais bien de traiter des irritants concrets et de combler des lacunes identifiées par les collectivités, qu'elles émanent de leurs équipes projet ou directement de leurs élus.
Un cas pratique illustre parfaitement cette approche « usage-driven ». Nous avons entrepris d'identifier les problématiques de congestion affectant les accès au parc d'activités Technoland de Montbéliard Agglomération. L'analyse initiale des données collectées par nos capteurs et valorisées via notre plateforme a révélé une information surprenante : les flux de circulation ne se limitaient pas aux traditionnelles migrations pendulaires matinales et vespérales, mais incluaient également un pic significatif à l'heure du déjeuner.
En approfondissant cette analyse et en croisant ces données avec d'autres jeux de données territoriaux, nous avons identifié l'absence totale d'offre de restauration dans cette zone d'activité. Cette corrélation nous a permis de proposer des solutions pragmatiques : la collectivité dispose désormais de données précises et indispensables pour encourager au développement d’une offre de restauration sur place. Dans ce cas précis, la réponse concrète aux enjeux identifiés n'est donc pas toujours numérique…
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
Le projet DataBFC TID est lauréat de l’appel à projets « Territoires Intelligents et Durables » du plan d’investissements France 2030, opéré par la Banque des Territoires pour le compte de l’Etat, représenté par la Préfecture de la région Bourgogne-Franche-Comté et la préfecture de la Côte d’Or. A ce titre, ce projet bénéficie de 2,3 millions d’euros de subvention France 2030 sur un montant total de 5,9 millions d’euros. 3,6 millions d'euros sont financés par le consortium composé de la Région, de l’ARNia et d’Upciti.
Quels autres acteurs vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
- Cabinet Tactis : accompagnement montage de dossier et expertise infrastructure, partenaire habituel de la Région
- ARNia : développement et pilotage de la plateforme DataBFC
- Upciti : partenaire industriel du consortium
- 32 collectivités lauréates du dispositif régional « territoires intelligents et durables » : réseau et retours d'expérience
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Le premier conseil concerne l'orientation sur les usages. Nous l’avons dit, l'idée n'est pas d'identifier ou de couvrir les collectivités de technologie, mais de savoir où le numérique peut apporter des réponses impossibles à trouver par d'autres moyens.
Autre enseignement tiré de nos premiers mois : ces projets ne peuvent reposer uniquement sur des équipes numériques. L'implication des équipes métier est absolument indispensable pour garantir la pertinence des solutions développées.
Au niveau des politiques régionales, il faut penser dès le début à la réplicabilité des solutions. Dit autrement, tous les projets menés dans le cadre DataBFC-TID participent à la création de communs permettant à tous les élus du territoire d'avoir des retours d'expérience concrets. C'est pourquoi nous avons voulu une répartition de nos territoires d'expérimentation sur l'ensemble de la région, pour disposer de différents cas d'usage et types de territoires, de la petite commune aux agglomérations.
Enfin, alors que la souveraineté est devenue un élément majeur dans les choix politiques, il convient de réfléchir au cycle de vie des données générées. L'échelle régionale nous offre une qualité de projet inaccessible à l'échelle locale isolée.