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La Rochelle (17) lance Coach CO2 : une plateforme de réappropriation des données au service de la mobilité durable

Niveau d'expertise : intermédiaire

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Entre 2021 et 2023, l’agglomération de La Rochelle a expérimenté un projet de Self-Data, nommé Coach CO2. Inscrit dans le programme La Rochelle Territoire Zéro Carbone, le projet prévoit de mettre en place une application dans laquelle chacun peut recenser ses données de déplacement. L’objectif est de permettre une réappropriation de ces informations par les habitants afin d’encourager une prise de conscience globale de l’empreinte carbone générée par la mobilité et adapter les comportements.

Le self-data, consiste pour un individu à se réapproprier ses données et à les réutiliser pour ses propres besoins et sous propre contrôle.

David Berthiaud

Comment, en tant que citoyen·nes, se réapproprier ses données de déplacement afin d’adapter ses comportements vers une mobilité plus durable ? C’est la problématique à laquelle répond Coach CO2, l’application développée par l’agglomération de La Rochelle. Entre 2021 et 2023, un panel de 500 testeurs a ainsi recensé ses données de mobilité (transports en commun, mobilités douces, véhicules privés). Au-delà de la simple collecte de données, l’application permet aux individus de prendre conscience de l’impact carbone de leurs trajets personnels. Ce projet s’inscrit dans la démarche numérique La Rochelle Territoire Zéro Carbone, qui, depuis 2018, exploite les data pour piloter sa transition écologique.

En quoi consiste concrètement votre projet et quels en sont les principaux objectifs ?

Coach CO₂ est un projet qui part d’un principe simple : permettre aux citoyens de récupérer leurs données de mobilité pour mieux comprendre leurs déplacements, prendre du recul sur leurs habitudes et éventuellement adapter leurs comportements en faveur de modes plus durables. À la base du projet se trouve le concept de « Self-Data », qui désigne la capacité pour un individu à récupérer ses propres données – par exemple auprès d’opérateurs de mobilité à l’instar de la SNCF ou autres opérateurs – et à en faire un usage personnel et sous son propre contrôle. Ce projet a été lancé à La Rochelle dans une double logique : accompagner les usagers vers une mobilité plus sobre en carbone, tout en alimentant les politiques publiques par des données réelles, recueillies de manière volontaire et éthique.

Concrètement, Coach CO₂ prend la forme d’une application mobile, testée et utilisée entre 2021 et 2023 par un panel de 500 volontaires. Elle collecte automatiquement les trajets effectués, les catégorise (vélo, voiture, marche, bus…), calcule l’empreinte carbone associée, et restitue ces informations aux utilisateurs.

Cette redirection des données vers leurs utilisateurs accompagne un mouvement de prise de conscience générale - qui part des individus. Cela vise à encourager des changements d’habitudes, comme la réduction de l’usage de la voiture individuelle, ou la préférence pour les mobilités douces, etc.

Mais l’ambition ne s’arrête pas là : en acceptant de partager certaines données agrégées avec la collectivité (comme la part modale des déplacements), les utilisateurs deviennent des contributeurs à l’intérêt général. Les données partagées, anonymisées, enrichissent la compréhension du territoire et permettent d’ajuster les politiques de mobilité aux besoins réels des habitants. Les utilisateurs deviennent ainsi les acteurs principaux de la transition écologique collective.

Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?

Le projet Coach CO₂ s’inscrit dans une histoire déjà ancienne de l'agglomération de La Rochelle, à la croisée du numérique et de l’écologie urbaine. Dès 2011, bien avant les obligations légales, nous avons mis en ligne notre première plateforme « Open data » (données ouvertes), convaincus que la donnée était un levier essentiel pour piloter et évaluer les politiques publiques.

Très tôt, nous avons diffusé une culture de la data au sein des services : stratégie, feuille de route, montée en compétences… Mais bien vite, un constat s’est imposé : publier nos propres données ne suffisait pas. Pour aller plus loin, notamment dans le domaine de la mobilité, nous avions besoin d’accéder aux données des usagers eux-mêmes, car ce sont eux qui détiennent l’essentiel des informations sur leurs pratiques réelles.

Ce besoin d’une donnée plus fine, plus incarnée s’inscrit dans la continuité de la politique du territoire : une attention ancienne portée à l’écologie urbaine et à la mobilité durable. La Rochelle est historiquement engagée sur ces sujets, avec un territoire qui, de par sa taille et ses caractéristiques, se prête à des expérimentations à échelle humaine. Par exemple, La Rochelle a été la première commune en France à créer une rue piétonne, la première à proposer des vélos en libre-service puis des véhicules électrique en auto-partage ou encore la première à lancer une journée sans voiture. Lorsque nous avons lancé le programme « La Rochelle Territoire Zéro Carbone », la mobilité a logiquement été identifiée comme l’un des principaux leviers d’action – elle représente environ 30 % de notre empreinte carbone. Le projet Coach CO₂ est donc né au croisement d’un ADN local favorable et d’un engagement environnemental de long terme. Il s’est imposé naturellement à nos agendas, comme un prolongement cohérent de notre stratégie territoriale.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Le projet Coach CO₂ s’est nourri de plusieurs influences, en lien direct avec nos valeurs d’innovation responsable, de sobriété numérique et de souveraineté des données. Notre source d’inspiration majeure a été la Fabrique des mobilités, une association clef de l’écosystème français, soutenu par l’ADEME, qui œuvre pour la création de communs numériques dans le domaine de la mobilité. Très tôt, nous avons choisi de nous inscrire la lignée de ces travaux d’ouverture et de mutualisation des outils, en travaillant avec eux à la co-construction du dispositif.

De cette manière, nous avons découvert TraceMob, un traceur de mobilité développé par la Fabrique des mobilités. Ce logiciel « open source » (code source ouvert) permet, à la manière de certaines grandes plateformes, de capter les trajets effectués par l’utilisateur via son téléphone, de qualifier automatiquement les modes de transport utilisés, et de calculer l’empreinte carbone associée. Mais à la différence des modèles dominants, les données restent la propriété exclusive de l’utilisateur, qui choisit ou non de les partager. Ce principe d’éthique et de consentement est au cœur de notre projet.

En parallèle, nous avons également été inspirés par les travaux de la Métropole de Lyon, pionnière dans le domaine de la donnée territoriale. Les initiatives de cette collectivité ont le mérite d’avoir ouvert la voie sur le sujet complexe du Self-Data, notamment dans le domaine de la maîtrise des consommations énergétiques. Aujourd’hui encore, nous collaborons avec la Métropole de Lyon dans le cadre du projet Self-Data Lab, destiné à capitaliser sur les expérimentations menées de part et d’autre par les collectivités, pour les rendre reproductibles à plus grande échelle. Ce réseau d’acteurs engagés constitue toujours pour nous un terreau fertile, que ce soit en termes d’idées, d’outils ou de retours d’expérience !

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?

Un projet comme Coach CO₂ demande de combiner plusieurs expertises, à la fois techniques, juridiques, sociales et organisationnelles. La première exigence, c’est de concevoir un outil qui soit techniquement fiable, tout en étant extrêmement simple d’usage pour les habitants.

Cela suppose de maîtriser des technologies complexes – traçage automatique, calcul d’empreinte carbone, entrepôt de données personnelles – tout en garantissant une expérience fluide et respectueuse de la vie privée. Cette exigence de simplicité pour l’usager réclame une architecture technique robuste et sécurisée, pilotée par des prestataires spécialisés. Dans notre cas, nous avons pu nous appuyer sur Cosy Cloud pour la mise en place d’entrepôts de données personnelles, Numéricité pour la coordination globale du projet, Datactivist pour l’accompagnement des testeurs et sur la Fabrique des mobilités pour garantir l’ouverture et la mise en commun des ressources produites.

Mais la technique ne suffit pas. Il faut aussi mobiliser des compétences en sciences sociales, car ce type de projet touche à des comportements, à des représentations, à des motivations diverses. C’est pourquoi nous avons associé dès le départ des chercheurs du Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM) et de l’école de commerce Excelia, pour évaluer l’impact socio-économique du dispositif, comprendre les freins et les leviers du changement, et mesurer la durabilité des comportements observés. Cette approche pluridisciplinaire est nécessaire pour éviter les biais (comme celui de ne toucher que des personnes déjà sensibilisées) et pour construire des outils réellement adaptés.

Enfin, un projet comme celui-ci nécessite un important travail « d’embarquement des publics » : communication, sensibilisation, accompagnement. Il faut savoir fédérer des communautés d’usagers très différentes (étudiants, salariés, citoyens engagés…) et leur donner envie de s’impliquer. Parce que, oui : le succès d’une telle démarche repose aussi bien sur la qualité de la technologie, que sur la qualité de l’accompagnement. C’est un facteur clé, malheureusement souvent sous-estimé … mais absolument déterminant !

Quelles furent les phases préparatoires du projet ? Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité ?

Le projet Coach CO₂ a bien entendu fait l’objet d’une préparation approfondie avant son lancement. Dès le départ, nous avons structuré une feuille de route claire : identification des objectifs, définition des partenaires, choix des outils techniques, cadrage des modalités de financement et de gouvernance.

Un appel d’offres a été lancé pour accompagner l’implication des usagers. Il a été attribué à Datactivist, une société coopérative et participative spécialisée dans la gouvernance éthique des données. Leur mission : embarquer les citoyens dans la démarche, assurer une médiation numérique accessible et coordonner les actions de sensibilisation.

Sur le plan technique, nous avons noué un partenariat avec la Fabrique des mobilités, autour de l’intégration de briques « open source » (code source ouvert), notamment le traceur TraceMob et un entrepôt de données personnelles (Cozy Cloud). En parallèle, nous avons engagé une évaluation scientifique dès la phase amont.

Sur le plan de l’adaptation aux usagers et aux besoins des citoyens, des chercheurs du CNAM et de l’école Excelia ont suivi l’expérimentation de près pour mesurer son impact socio-économique et comportemental. En l’absence d’une d’enquête publique formelle en amont, ces travaux de recherche ont permis d’évaluer l’adhésion des publics cibles et d’ajuster l’approche, tout en inscrivant Coach CO₂ dans le programme Agremob, dispositif technique et financier Rochelais destiné à développer les projets de mobilité en faveur de la neutralité carbone.

Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

C’est une structuration rigoureuse, dès la phase amont, qui a été prépondérante dans nos calculs pour bien dimensionner Coach CO₂.

Il s’agissait de calibrer précisément chaque volet du projet, qu’il s’agisse des objectifs, des moyens humains et techniques, ou des partenaires à mobiliser. Pour cela, nous avons défini un cadrage clair, qui nous a permis de sélectionner des prestataires adaptés via des appels d’offres ciblés. Le marché principal concernait la coordination et l’accompagnement des usagers : il a été attribué à Datactivist, une société coopérative et participative reconnue pour son expertise dans les démarches éthiques autour de la donnée.

Parallèlement, nous avons mis en place une convention de partenariat de recherche avec la Fabrique des mobilités, qui a apporté les briques techniques open source, comme le traceur TraceMob et un entrepôt de données personnelles (Cozy Cloud). Ces choix nous ont permis d’adosser le projet à des compétences éprouvées, tout en maîtrisant les coûts.

Ce travail de préparation a aussi été conditionné par les exigences des financeurs, qui imposent de planifier très en amont les volets techniques, financiers et méthodologiques. Le nombre de testeurs à embarquer était de 500 personnes minimum. Le projet a donc été pensé comme une expérimentation de trois ans, avec des jalons précis, une montée en charge progressive, et un encadrement solide des différentes phases de mise en œuvre.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?

Le financement de Coach CO₂ s’est appuyé sur une combinaison de ressources internes et de subventions externes, obtenues dans le cadre du programme Agremob, dont il constitue l’un des volets structurants. Ce programme, orienté vers l’accompagnement des changements de comportement en matière de mobilité, a été présenté au ministère de la Transition écologique, ce qui nous a permis de bénéficier d’un soutien important via les Certificats d’Économies d’Énergie (C2E). Ces fonds ont couvert une grande partie du budget, à hauteur d’environ 300 000 euros.

Par ailleurs, le projet a été soutenu par la Région Nouvelle-Aquitaine, dans le cadre de son dispositif « Prototypes numériques », dédié aux projets innovants. Cette aide de 100 000 euros a permis de financer les aspects techniques, notamment le développement et l’intégration d’outils open source.

Enfin, une contribution de la Banque des Territoires, à hauteur d’environ 20 000 euros, a permis de financer le volet recherche, mené en partenariat avec le CNAM.

Au total, le projet représente un investissement estimé entre à 550 000 euros, avec un cofinancement interne d’environ 20 %, essentiellement en temps de travail des équipes de l’agglomération.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Le projet Coach CO₂ s’est construit en étroite collaboration avec plusieurs partenaires aux profils complémentaires, choisis pour leur expertise technique, scientifique ou citoyenne. Dès la phase préparatoire, nous avons souhaité associer des acteurs capables d’enrichir notre démarche sur le plan technique, mais aussi sur ses dimensions sociales et territoriales.

Sur le plan de la recherche, nous avons été accompagnés par une équipe pluridisciplinaire du CNAM, notamment Maryse Carmes et Jean-Max Noyer, ainsi que par des enseignants-chercheurs de l’école de commerce Excelia, parmi lesquels Thibault Cuenoud, Vincent Helfrich et Peguy Ndodjang Ngantchou. Leur mission a été d’analyser les impacts socio-économiques du projet, de comprendre les ressorts du changement de comportement et d’identifier les leviers d’engagement mais aussi les limites de la démarche. Leur contribution a été essentielle pour objectiver les résultats de l’expérimentation.

Ces chercheurs ne sont pas intervenus sur la technologie, mais sur les usages : ils ont étudié comment les usagers réagissaient face à la visualisation de leur empreinte carbone, s’il y avait des effets de gamification, et dans quelle mesure cela pouvait déclencher des transitions durables.

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

Il est essentiel de ne pas se lancer dans des projets purement technologiques, mais de partir de besoins réels qui bénéficient aux citoyens et aux acteurs territoriaux. Les projets numériques et data doivent avant tout répondre à un besoin concret. Ils doivent aussi faire écho aux contextes spécifiques, aux priorités stratégiques différentes et aux agendas variés des collectivités.

Aussi, il est crucial que ces projets soient pilotés par des services métiers qui connaissent les enjeux spécifiques du domaine, comme la direction mobilité et transport dans notre cas et qui peuvent définir les solutions adaptées et pertinentes. L’outil numérique ou la solution technique vient ensuite en soutien, mais doit être totalement en phase avec les besoins du terrain pour avoir un réel impact.

Le projet en détails

Dates clés

  1. 2020

    Cadrage et validation du projet, contractualisation avec les partenaires et prestataires

  2. 2021

    Publication de TraceMob sur les stores applicatifs et interfaçage avec l’entrepôt de données personnelles Cozy Cloud

  3. 2022

    Livraison finale de Coach CO2, fin approximative des développements

  4. 2023

    Evaluation et fin de l’expérimentation Coach CO2

Chiffres clés

  • 500

    Volontaires inscrits

  • 20

    % du projet autofinancé par l'agglomération

  • 300 000

    euros de financement de l'Etat

À retenir

  • L’expérimentation a révélé des changements significatifs dans les comportements des participants, prouvant que ceux-ci ont modifié leurs habitudes de déplacement. Ces résultats soulignent la pertinence d’un outil numérique pour sensibiliser à l’empreinte carbone et encourager la transition vers des modes de transport plus durables.

  • Nous avons pu cibler uniquement les utilisateurs de smartphones, principalement des personnes déjà conscientes de leur empreinte carbone et engagées dans une démarche écologique. Les leviers de changement varient considérablement d’un individu à l’autre, ce qui limite l’impact d’une approche purement numérique.

  • Maintenir l’engagement des testeurs sur trois ans a été un véritable challenge, avec un turnover important, ce qui a complexifié l’analyse des comportements. Cette expérience a mis en évidence la nécessité de développer des stratégies spécifiques pour assurer une participation durable et alléger la charge perçue par les usagers.

Ressources

  • Coach CO2 - Self data. Un Commun au service d’une mobilité citoyenne durable.

    Site de l'Agglomération de La Rochelle

    Je découvre
  • Favoriser la mobilité durable – Coach CO2 de l’agglomération de La Rochelle

    Site de France Mobilités

    Je découvre
  • Programme Agremob

  • Région Nouvelle-Aquitaine

  • Banque des Territoires

  • CNAM

  • Excelia

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