La métropole de Toulon Provence Méditerranée (83) optimise le stationnement en déployant des capteurs connectés
Depuis 2019, la Métropole Toulon Provence Méditerranée supervise 10 000 places de stationnement dans le cadre de son projet « Smart TPM ». Grâce à un réseau de capteurs LoRa installés sur le territoire, elle optimise la gestion des parkings et de la voirie, réduit les embouteillages et promeut les modes de transports doux. Avec une ambition : déployer une application Mobility-as-a-Service (MaaS) au service des citoyens.
« Le cœur du sujet, c'est la data, c'est de savoir travailler la donnée pour la rendre exploitable. Il faut qu'elle soit propre, bien structurée, de qualité, fiable. Ce n'est qu’à partir de ces conditions qu’on peut créer du service. »
En 2018, la fusion des 12 communes de Toulon Provence Méditerranée (TPM) en Métropole s’accompagne d’un défi : optimiser la gestion du stationnement à l’échelle du territoire. Cette problématique est au cœur de l’initiative de ville intelligente « Smart TPM », soutenue à 70 % par le financement européen FEDER. La supervision de 10 000 places de stationnement devient l’une des premières réalisations phares, grâce à un réseau de capteurs connectés. Ce dispositif ouvre la voie au déploiement d’une application MaaS (Mobility as a Service) au service des citoyens pour promouvoir une mobilité durable.
Pourriez-vous nous expliquer le projet ?
Le projet « Smart TPM » a pour objectif de moderniser la gestion du territoire de la métropole Toulon Provence Méditerranée en centralisant et exploitant les données grâce à des technologies connectées. Parmi ses premières actions, la supervision de 10 000 places de stationnement facilite la mobilité et réduit les embouteillages. À terme, une application MaaS permettra aux citoyens d’accéder à des solutions de déplacement intégrées et durables.
Comment le sujet de la supervision du stationnement s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
En 2019, avec le passage au statut de Métropole, chacune des directions a hérité de compétences élargies, et des données concernant tout le territoire. Cette évolution a révélé une fragmentation dans la gestion des infrastructures, notamment au niveau des parcs de stationnement, organisés sur des modes de gestions différents : en régie, par des délégations de service public (DSP), des parkings-relais (P+R), et du stationnement en voirie. Les élus se sont retrouvés sans vision globale de l’occupation des parkings à l’échelle du territoire.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Nous avons tiré des enseignements des projets phares de collectivités pionnières, notamment Angers et Dijon, ou encore de retours d’expériences, comme celui de Nice sur la supervision du stationnement.
En 2022, notre participation au programme Capacities - un groupe de travail réunissant cinq collectivités autour du thème des Smart Cities - nous a permis de présenter nos avancées et d’échanger sur des problématiques communes. Ces discussions ont apporté des pistes d’amélioration concrètes, en particulier sur les méthodes de communication avec les élus.
Est-ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?
Nous n’avons pas mené d’étude de faisabilité ou d’impact formelle avant de lancer le projet Smart TPM. Cependant, un diagnostic a été réalisé en interne avec un schéma directeur de stratégie numérique à l’été 2019 pour poser les bases. Cela s’explique par notre volonté d’agir rapidement, notamment pour répondre à l’appel à projets de la région qui co-finançait à hauteur de 70 % le projet via le FEDER (Fonds Européen de Développement Régional).
Concernant les compétences, quels sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?
La clé de la réussite d’un projet de Smart City, c’est la donnée : sa structuration, sa qualité et sa valorisation. Pour nous, le SIG a été un vrai atout, puisque son ADN, c’est justement de croiser des données pour produire de l’aide à la décision. Par exemple, quand on représente le taux de remplissage des parkings sur une carte, ou lorsqu’on identifie des axes routiers congestionnés, c’est du SIG appliqué.
En interne, il n’y a pas eu de recrutements spécifiques. Nous avons ré-affecté trois personnes au sein d’une nouvelle cellule data, qui travaillent sur la récupération et l'exploitation des données. Un seul poste a été créé en externe, celui de chef de projet Smart City, embauché en prestation depuis trois ans pour piloter certains aspects techniques.
Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment la collectivité a-t-elle assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?
La collectivité a dimensionné le projet en s’appuyant sur l’appel à projets FEDER (Fonds Européen de Développement Régional), qui a servi de levier pour structurer les priorités et construire une démarche solide. Ce cadre a permis d’apporter de la rigueur à notre ambition initiale de répondre aux besoins identifiés par le schéma directeur. La centralisation des données sur les infrastructures stratégiques, notamment les parkings, s’est alors imposée comme une priorité.
Pendant trois ans, nous avons déployé des actions à l’aide du financement : installation de capteurs, déploiement du réseau LoRa pour la collecte des données et mise en place d’une plateforme IoT dédiée à leur centralisation et leur exploitation. Un diagnostic précis a permis de cartographier les infrastructures existantes et de collaborer avec des délégataires (Vinci, Indigo, Q-Park) pour intégrer leurs données via des API. Nous avons également installé des caméras dans les parkings métropolitains et délimité les parkings relais en terre battue afin d’assurer le fonctionnement optimal des algorithmes de reconnaissance. Par la suite, nous avons mené des expérimentations ciblées, comme sur le stationnement en voirie dans la commune du Pradet.
Pour favoriser l’adhésion des citoyens, nous avons privilégié une approche fondée sur des résultats concrets, en l’absence d’une concertation initiale. Des panneaux affichant l’occupation des parkings en temps réel ont ainsi été installés dans des zones congestionnées, répondant efficacement aux besoins des automobilistes.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?
Le financement du projet Smart TPM s’est appuyé sur une combinaison de subventions externes et de fonds propres. Pendant trois ans, de 2020 à 2022, nous avons été soutenus par le Fonds Européen de Développement Régional (FEDER) qui a couvert 70 % de nos investissements.
Depuis 2023, nous fonctionnons essentiellement avec des fonds propres. Les directions « de métiers » se sont appropriées le projet : la direction des transports finance les dispositifs liés aux parkings, et la direction des ports investit dans la supervision des consommations énergétiques.
Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné la Métropole Toulon Provence Méditerranée dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Nous avons collaboré avec plusieurs partenaires techniques. Le groupe Sogetrel s’est chargé de l’installation et de la maintenance des capteurs déployés. Requea nous a fourni la plateforme IoT (Internet des Objets) pour centraliser les données communiquées via un réseau LoRa. Enfin, l’intégrateur spécialisé Arx IT nous a aidé à intégrer ces données dans un environnement ESRI (ou Environmental Systems Research Institute), c’est-à-dire dans le système d’information géographique (SIG) qui permet d’analyser et de visualiser les données géospatiales.
Concernant l’aboutissement du projet, le déploiement d’une application MaaS (Mobility as a Service) sera réalisé en collaboration avec RATP Dev en 2025.