GOUVERNANCE ET SOCLES TECHNOLOGIQUES

Le Syndicat départemental d’énergie du Finistère (29) déploie un réseau LoRa pour connecter les équipements publics

Niveau d'expertise : intermédiaire

Cet article a été rédigé par

Territoire côtier étendu, composé de nombreuses communes rurales et littorales, le Finistère doit gérer des infrastructures publiques réparties sur un territoire vaste et parfois isolé. Depuis 2018, le Syndicat départemental d’énergie et d’équipement du Finistère (SDEF) déploie un réseau LoRaWAN pour connecter différents capteurs utilisés dans la gestion des services publics. Cette infrastructure permet notamment de suivre l’éclairage public, la consommation énergétique des bâtiments ou encore le remplissage des points d’apport volontaire pour les déchets. Le réseau repose sur des passerelles radio installées sur le territoire et sur une plateforme permettant d’exploiter les données collectées afin d’améliorer le pilotage des services publics.

LoRaWAN (Long Range Wide Area Network) est un protocole de communication sans fil spécialement conçu pour les réseaux à faible consommation d'énergie et pour les objets connectés. Il utilise la technologie radio LoRa (Long Range) pour transmettre de petites quantités de données sur de longues distances avec une très faible consommation d'énergie, ce qui le rend idéal pour des dispositifs nécessitant une autonomie sur plusieurs années avec des batteries limitées comme l’éclairage public.

Une originalité et une difficulté de ce type de projet sont la juxtaposition de profils métiers différents qui doivent être coordonnés et compris.

Emmanuel Quéré

En quoi consiste concrètement le projet et quels sont ses objectifs ?

Le projet consiste à déployer un réseau LoRaWAN départemental permettant de connecter différents capteurs utilisés dans la gestion des services publics locaux. L’objectif est de disposer d’une infrastructure de communication dédiée aux objets connectés, capable de transmettre de petites quantités de données sur de longues distances avec une très faible consommation d’énergie.

Le réseau repose sur des passerelles radio LoRa, installées en hauteur sur différents points du territoire afin d’assurer la couverture radio. Ces passerelles permettent aux capteurs installés sur les équipements publics de transmettre leurs données vers une plateforme de supervision.

Les premiers usages concernent principalement la télégestion de l’éclairage public, le suivi de la consommation énergétique des bâtiments, la mesure du remplissage des points d’apport volontaire pour les déchets, ainsi que la télérelève de l’eau.

Le réseau est progressivement étendu à l’échelle du département afin de permettre aux communes et aux intercommunalités de déployer leurs propres capteurs et de développer de nouveaux services publics connectés.

Comment le sujet LoRaWan s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?

Dans un premier temps, la collectivité voulait développer des services d’objets connectés pour la télégestion de l’éclairage public. Assez rapidement, il y a eu une volonté de souveraineté en matière de données donc à la fois sur le transport et sur le stockage de la donnée. Des analyses technico-économiques ont été réalisées pour choisir le meilleur moyen de répondre aux besoins de la collectivité. Les cas d’usage du Finistère concernaient en priorité l’éclairage public puis le suivi de la consommation d’énergie des bâtiments, la mesure de remplissage des points d’apport volontaire de déchets et la télérelève de l’eau. Dans ce contexte, la technologie LoRa s’est imposée comme la meilleure solution pour la collectivité.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Nous avons réalisé une étude au préalable pour connaître la technologie qui correspondait au mieux à nos besoins. C’est à la suite de cette étude que nous avons opté pour la solution LoRa. Le Finistère était parmi les premières collectivités à participer à l’expérimentation de cette technologie pour des usages de politiques publiques.

Est-ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?

En 2018, la collectivité a lancé un projet de conception/réalisation/maintenance sur un territoire pilote. Plusieurs prestataires externes ont été rencontrés pour participer au projet LoRa pour apporter au département les compétences manquantes. Dans le cadre de la première phase du projet, 24 passerelles radios LoRa ont été déployées sur la Communauté de communes du Pays d’Iroise ainsi que sur l’île d’Ouessant. Depuis, des radios ont été mises en service sur la Communauté de communes de Haut Léon et celle du Pays Bigouden Sud. Nous assisterons à un déploiement de ces réseaux sur trois nouveaux territoires communautaires à partir de 2025.

Concernant les compétences, quels sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?

Pour mener un projet de cette envergure, il est primordial de posséder un certain nombre de compétences au préalable. Notamment en matière de réalisation des études radio. En effet, la technologie LoRa est différente de la 4G ou de la 5G. Cela requiert une approche spécifique. La mise en œuvre de ce projet nécessite des compétences en couverture radio. Pour permettre la connectivité de la radio, c’est-à-dire le fait qu’elle se connecte aux autres appareils, il est nécessaire de la placer en hauteur.

Dans le cas du Finistère, certaines passerelles étaient à l’origine mal paramétrées. Les agents ont donc dû se former afin de mieux comprendre le fonctionnement des passerelles radio et ainsi formuler une demande précise du paramétrage nécessaire. Cependant, le mauvais paramétrage initial de certaines passerelles ne permet pas l’utilisation du plein potentiel de la technologie.

Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment la collectivité a-t-elle assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?

Lors de la phase de diagnostic et de planification, la collectivité n’a pas consulté les citoyens directement, mais a travaillé avec les communes et les communautés de communes. Dans la mise en œuvre d’une politique publique, la consultation des citoyens n’est pas obligatoire, mais elle peut dans certains cas s’avérer très utile.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?

Au début du projet, la collectivité a reçu une aide de 800 000 euros du Fonds européen de développement régional (FEDER), ce qui représente environ 20% du montant total investi. Le reste du projet est financé par les communes, les communautés de communes et le Syndicat d’énergie du Finistère.

Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné le Finistère dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Le Syndicat Départemental d’Energie et d’équipement du Finistère (SDEF) est maître d’ouvrage et travaille avec les communes et les communautés de communes. Notre prestataire Axione s’occupe du déploiement et de l’exploitation du réseau radio. Les données sont rapatriées sur nos serveurs et nous pouvons les visualiser sur une plateforme.

Pour le déploiement sur de nouveaux territoires, le modèle économique est différent car le cœur de réseau et la plateforme existent déjà donc il ne nécessite pas de nouveaux investissements, mais seulement des coûts d’exploitation. Les passerelles radio sont payées par ceux qui les utilisent, en l’occurence la commune, la communauté de communes ou le SDEF. Le SDEF propose de financer à 50% le déploiement des passerelles pour accompagner les communes dans leur financement.

Le projet en détails

Dates clés

  1. 2018

    Le projet a été mis à l’agenda de la collectivité, et les études de faisabilité ont commencé

  2. Novembre 2020

    Les premières passerelles radio ont été installées (24)

  3. Fin 2023

    38 nouvelles passerelles ont été installées

  4. 2025

    32 nouvelles plateformes sont installées sur le territoire (mai), puis 50 autres plateformes (décembre)

Chiffres clés

  • 150

    Nombre de passerelles radio qui seront installées d’ici à fin 2025

  • 600

    nombre de capteurs dédiés aux déchets. Ils permettent d’évaluer les gains obtenus en adaptant les circuits de collecte des déchets et donc de réduire les émissions de CO2.

  • 20

    à 30% de réduction de consommation d’énergie sur le suivi de la consommation des bâtiments.

À retenir

  • La souveraineté sur la donnée permet d’utiliser cette donnée pour d’autres usages. Par exemple, la saisonnalité du remplissage des points d’apport volontaire de déchets peut donner des indications sur la fréquentation touristique.

  • Faire de la maintenance préventive. Par exemple, si la consommation d’énergie de l’éclairage d’une rue baisse, on peut le traduire par une éventuelle lampe à remplacer.

  • Projet qui fait appel à de nombreuses compétences (fiabilité des capteurs, ingénierie radio, gestion de bases de données, développement informatique…) qui sont souvent délivrées par des prestataires différents. L'enjeu est de réussir à les faire fonctionner ensemble.

Ressources

  • Finistère smart connect : Le premier territoire connecté à l’échelle d’un département

    Site du SDEF

    Je découvre
  • Finistère Nerzh Connect

    Territoire environnement

    Je découvre
  • FEDER

Vous êtes passés à l'action sur les données territoriales ?

Je partage mon expérience