La ville de Lons-le-Saunier (39) installe un hyperviseur urbain pour optimiser les consommations énergétiques
La ville de Lons-le-Saunier, dans le Jura (39), a engagé la mise en place d’un hyperviseur urbain. Ce système de gestion intelligent permet de maîtriser l’éclairage public. Dans un premier temps, la ville entend réduire ses dépenses dans les espaces publics. Dans un second temps, la Ville agit pour la biodiversité locale, notamment par l’aménagement de trames noires. Initiée en interne, cette initiative a contribué à améliorer les conditions de travail des agents en facilitant le pilotage et la maintenance des installations.
Vue panoramique de la commune de Lons-le-Saunier. - Crédits photo : Ville de Lons-le-Saunier
La rapidité de déploiement est une vraie réussite, ce qui a entraîné un changement positif dans la façon de travailler du personnel municipal
L'interview
En quoi consiste concrètement votre projet et quels en sont les principaux objectifs ?
Ce projet porte sur l'installation d'un système de gestion de l'éclairage public. Cette infrastructure commune aide à la régie de nos domaines. Lons-le-Saunier compte ainsi un hyperviseur urbain capable d’assurer une gestion centralisée et contrôlée de l’éclairage urbain. Il optimise également l’efficacité énergétique des bâtiments publics.
La commande politique se résume à réaliser des économies d’énergie et protéger la faune. D’une part, l’extinction sélective de l’éclairage public de la ville nous permet d’avoir une consommation responsable des points de lumière. D’autre part, nous souhaitions également créer des trames noires pour la faune dans certains quartiers.
Notre projet couvre la totalité de notre réseau. Au total, 109 armoires contrôlent les points lumineux lédoniens. Ce système a été étendu à l’échelle de toute la ville pour ajuster les stratégies d'éclairage selon les besoins futurs.
Le contrôle s’effectue par zones géographiques spécifiques. Par exemple, au parc central de la ville et sur le parvis de la gare, l’éclairage est au maximum. Puis, nous affinons en fonction des autres parties de la ville. Ce qui est pertinent avec ce projet, c’est qu’il évolue constamment.
Afin de protéger la faune, nous avons détecté les quartiers où l’éclairage public est éteint. Cette opération consiste à reconfigurer et à connecter toutes les armoires, ce qui a nécessité des travaux de génie civil.
Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
L'idée émane de Christophe Damelet, chef du service Travaux/Bâtiments. Dès 2017, il avait réfléchi à rendre plus facile le fonctionnement des services municipaux, mais aussi la vie des citoyens. Il avait senti un besoin d’organisation et des gains de temps possibles pour ses équipes.
En 2021, la ville répond à un important appel à projets de la région Bourgogne-Franche Comté sur la transition numérique. Six mois plus tard, la collectivité est retenue parmi les lauréats. La Région finance à plus de 65% notre projet.
Par la suite, un travail de concertation a été mené avec les différents services municipaux afin d’identifier précisément leurs besoins et leurs attentes. Cette phase a permis de formaliser le projet, d’en définir le budget et de planifier les modalités de déploiement. Nous avons aussi repéré quels services prendraient plus ou moins de temps à la mise en œuvre.
En outre, nous avons pu poursuivre avec notre fournisseur originel pour réaliser la prestation technique. Ce choix a permis de réduire nos coûts. La refonte totale du système chez un concurrent aurait entraîné des pertes importantes malgré des gains potentiels.
Parallèlement, la ville avait la volonté de faciliter le travail des agents. Grâce à la mise en place de l’outil numérique, ils peuvent visualiser la ville à 360 degrés.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Dès l’obtention de l’appel à projets, nous nous sommes intéressés aux modalités concrètes de déploiement de ce projet. Notre chef de service, Christophe Damelet, s’est alors penché sur les infrastructures et les stratégies des communes proches.
Quand il a fait son analyse, il n’était pas complètement convaincu. Il était enthousiaste sur certains points, mais restait réticent sur d’autres. Globalement, nous nous sommes inspirés de ce qui correspondait à nos besoins et avons laissé ce qui ne nous correspondait pas.
Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Le dimensionnement du projet s’est appuyé, dans un premier temps, sur une analyse précise de l’infrastructure existante. Un plan de la ville a été établi afin d’évaluer le positionnement des armoires d’éclairage public.
Sur le plan numérique, Cometa, notre fournisseur habituel, a joué un rôle clé. Il a analysé la couverture du réseau afin de déterminer la durée nécessaire à l’installation de l’hyperviseur urbain. Les antennes constituent les composantes techniques du réseau d'éclairage connecté. La stratégie de déploiement a été prioritairement orientée vers le pilotage et le contrôle des armoires d’éclairage. Ces objets constituent les points centraux de gestion du réseau.
Le système inclut 522 objets connectés. Cela ne comprend pas uniquement les lampadaires. En effet, une armoire peut contenir trois objets connectés distincts : le compteur électrique pour mesurer la consommation, l'horloge astronomique pour définir les horaires, et un relais on/off pour l'extinction. Au total, le système comporte environ 300 à 400 objets dans les armoires, auxquels s’ajoutent une centaine de lampadaires connectés.
Le dimensionnement du projet repose sur l’identification des quartiers où l’éclairage public peut être éteint afin de protéger la faune. Cette analyse permet d’estimer le nombre d’armoires à reconfigurer et à connecter. À partir de ce recensement, les besoins techniques et les travaux de génie civil nécessaires sont évalués afin d’adapter les moyens humains, matériels et financiers au périmètre du projet.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?
Nous gérons notre éclairage public en régie. L’expertise opérationnelle et le pilotage du projet ont été principalement assurés en interne, en lien étroit avec Cometa. Il n'y a pas eu besoin d'ingénierie supplémentaire en interne.
Pour les travaux de génie civil, nous restons également en contact avec notre fournisseur originel. La décision de maintenir le fournisseur habituel a été prise afin de respecter la volonté du responsable de service. Il tenait à éviter d'imposer une technologie non-désirée à l’équipe.
Pour l'hyperviseur urbain, nous avons internalisé l’assistance à maîtrise d’ouvrage. À cet effet, nous avons recruté un ingénieur pour piloter ce service, dans le cadre d’un contrat de trois ans. Cette embauche représente l'unique besoin en ressources humaines que nous avons eu à satisfaire.
Quelles furent les phases préparatoires du projet ? Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ?
Christophe Damelet avait déjà des connaissances techniques. Il s’est également intéressé aux choix et actions des communes voisines. Nous avons procédé à notre propre benchmark en interne en quelque sorte.
Nous ne souhaitions pas faire appel à un bureau d’études externe. Ce prestataire nous aurait peut-être encouragés à changer de fournisseur et nous orienter vers une autre solution. Nous ne souhaitions pas parier sur plus d’incertitudes pour faire des économies de court terme.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
L'installation de nos outils numériques fait suite à la réponse à un appel à projets organisé par la Région. Nous l’avons remporté. Ainsi, la Région Bourgogne-Franche Comté a financé près de 67% du projet. Nous avons reçu une subvention de 287 311 euros sur les 422 835 euros hors taxes de coût total. La ville a complété les 135 524 euros restants.
- Acteur : Région Bourgogne-Franche Comté
Montant : 287 311 euros
Nature du financement : Subventions - Acteur : La ville de Lons-le-Saunier
Montant : 135 524 euros
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
L'entièreté du projet a été réalisée en interne et avec notre fournisseur numérique, de la préparation à la réalisation.
La municipalité n’a donc pas sollicité de partenaires extérieurs. Les compétences nécessaires au pilotage et à la mise en œuvre étaient réunies au sein des équipes de la Ville. Tout se déroule sous la houlette du chef de service.
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Je leur conseillerai de lancer plusieurs bouteilles à la mer. Il est judicieux de multiplier les candidatures aux appels à projets sur une large diversité de sujets plutôt que de se focaliser sur une seule initiative. Cette approche accroît les chances d'obtenir un soutien financier. De plus, cela permet également aux responsables de services de mieux appréhender et de s'approprier l'ensemble des enjeux de ces opportunités. Nous avons postulé à plusieurs appels à projets avant d’avoir été sélectionnés par la Région.
Dans notre cas, nous avions une vision : imaginer des trames noires, faire des économies d'énergie, rendre des services publics efficaces. C’étaient nos grandes lignes.
En tant qu’élus, nous n’avons pas toujours conscience des besoins spécifiques sur le terrain. Mais les agents municipaux savent précisément comment ils peuvent se saisir de la technologie pour y arriver. Les appels à projets permettent une meilleure communication entre les services.