La Côte-d’Or (21) construit un centre de données local pour sécuriser les données des communes
Après avoir couvert l’ensemble de son territoire avec la fibre, la Côte-d’Or franchit une nouvelle étape : la gestion souveraine des données. Le Département a construit son propre centre de données territorial. Cet équipement permet aux communes rurales, souvent limitées en moyens techniques, de disposer d’un environnement numérique sécurisé pour leurs services administratifs. L’initiative vise aussi à mieux protéger les collectivités face aux risques cyber. Le projet est porté par la direction du numérique et de l’intelligence artificielle, récemment créée.
L’objectif est d’offrir à chaque commune un espace d’hébergement sécurisé et un stockage souverain pour ses données.
En quoi consiste concrètement votre projet et quels en sont les principaux objectifs ?
Territoire rural comptant près de 700 communes, la Côte-d’Or se caractérise par un maillage dense de petites collectivités disposant de moyens administratifs limités. Dans ce contexte, le Département a choisi de créer un centre de données territorial – un équipement informatique sécurisé permettant d’héberger, de stocker et de protéger des informations numériques – afin de mutualiser ces services à l’échelle du territoire.
Dans une commune rurale, la gestion administrative repose souvent sur des moyens très limités. Ces collectivités comptent parfois entre 50 et 300 habitants. Dans beaucoup de cas, une secrétaire de mairie assure les tâches administratives quelques heures par semaine, avec un seul ordinateur sur lequel est stocké l’ensemble des données de la collectivité : état civil, gestion financière, gestion technique ou encore gestion du cimetière.
Dans ces conditions, la sauvegarde et la sécurisation des informations ne sont pas toujours garanties. L’objectif du centre de données départemental est donc d’offrir à chaque commune un espace d’hébergement et de stockage souverain pour ses données administratives. Les équipes municipales ne disposent pas toujours des compétences nécessaires pour assurer la sauvegarde ou l’intégrité des fichiers. Des situations de données corrompues, bloquées ou perdues peuvent ainsi survenir.
Par ailleurs, certaines communes utilisent encore des adresses électroniques grand public, comme Google ou Yahoo. Les échanges administratifs transitent alors par des services dont la localisation et les conditions de sécurité restent mal connues. Le centre de données départemental permet désormais à chaque commune de disposer d’une adresse professionnelle sécurisée, associée à son nom de commune, sous le domaine @cotedor.fr.
Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
Le projet est né d’une réflexion globale liée à la construction d’un nouveau système de stockage de données. Le Département devait déménager une salle informatique où était hébergé un premier système de stockage. Ce déplacement a constitué une opportunité pour repenser l’infrastructure existante et créer un véritable centre de données départemental
Plutôt que de simplement transférer les équipements dans un autre local, la collectivité a choisi de concevoir une installation plus structurée et plus sécurisée. Cette transition a permis de renforcer les exigences en matière de sécurité, de disponibilité des systèmes et de capacité d’hébergement
Le projet ne répondait pas à une obligation réglementaire et n’a pas fait l’objet d’une étude de marché ou d’une enquête publique. Il s’agit avant tout d’un choix stratégique porté par le Président Sauvadet. Là où certaines collectivités privilégient de longues phases d’étude, la Côte-d’Or a fait le choix d’avancer rapidement et de concrétiser ce projet en s’appuyant sur ses compétences internes.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Sincèrement, la démarche est née en interne. Après le déploiement de la fibre sur l’ensemble du territoire, le Département a souhaité structurer sa stratégie numérique en créant une direction du numérique et de l’intelligence artificielle.
Cette nouvelle direction regroupe des compétences techniques capables de définir les besoins du territoire et d’orienter les choix technologiques. L’organisation s’inspire en partie des méthodes du secteur privé, avec une équipe resserrée qui travaille de manière agile et expérimentale. Les développeurs peuvent tester des solutions, développer de nouveaux outils et adapter les services numériques aux réalités des collectivités.
Le projet s’appuie également sur un portage politique attentif aux enjeux du numérique. Plusieurs élus du Département disposent d’une expérience ou d’un intérêt marqué pour ces sujets. Cette combinaison entre expertise technique interne et implication des élus a permis d’avancer rapidement dans la conception du centre de données et de définir une stratégie cohérente autour du cloud souverain et des services numériques territoriaux.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?
Il faut d’abord disposer de solides compétences techniques, notamment sur les aspects liés aux centres de données et à la cybersécurité. Ce sont des sujets qu’il faut bien connaître avant de se lancer. À titre personnel, je suis ingénieur et j’accompagne des clients depuis une vingtaine d’années sur des projets de création ou d’aménagement de centres de données. C’est aussi pour cette raison que le président m’a confié la délégation au numérique.
Nous nous sommes entourés de profils seniors disposant d’une forte expertise et du recul nécessaire pour dimensionner correctement l’infrastructure. Le sujet n’est pas forcément très complexe en soi, mais il demande de l’expérience et une bonne maîtrise technique.
Par ailleurs, l’organisation interne du Département a évolué. Nous sommes passés d’une direction informatique classique à une direction du numérique et de l’intelligence artificielle. Celle-ci intègre la gestion du réseau fibre optique départemental et le développement des usages liés à l’intelligence artificielle, à la cybersécurité ou à la médiation numérique
Quelles furent les phases préparatoires du projet ? Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité ?
Ce projet s’inscrit dans une stratégie numérique plus large. La première étape a été le déploiement de la fibre sur le territoire, engagé il y a plus de dix ans. Sur les 698 communes de la Côte-d’Or, 224 ont été confiées à Altitude Infrastructures à travers une convention AMEL (Appel à manifestation d’engagements locaux). Le Département a assuré lui-même le déploiement sur les 405 communes les plus rurales. Les 69 communes restantes étant situées en zone AMII (Appel à manifestation d’intention d’investissement).
La première étape a consisté à identifier les besoins informatiques du Département, notamment pour permettre aux communes d’héberger leurs données dans une infrastructure sécurisée. La faisabilité technique du projet a été étudiée en interne. Une fois cette étape validée, une délibération politique a permis de décider du lancement du projet. En réalité, le contexte constituait une opportunité qu’il était difficile de ne pas saisir.
Nous n’avons pas réuni l’ensemble des élus des communes pour définir précisément leurs besoins. Dans les territoires ruraux, les profils d’élus sont très variés : agriculteurs, retraités ou personnes peu familières des outils numériques. Il est donc parfois difficile de leur demander d’exprimer des besoins techniques précis, comme le volume de stockage nécessaire.
Le Département a donc choisi de construire un cadre correspondant à la grande majorité des besoins. Ce cadre couvre environ 95 % des situations. Pour les cas particuliers, des échanges spécifiques sont organisés avec les collectivités concernées.
Dans un second temps, il a fallu commercialiser ces prises et attirer les opérateurs. Le Département a ainsi créé une société publique locale (SPL) avec plusieurs territoires voisins — la Saône-et-Loire, l’Yonne, le Jura et la Nièvre — représentant près de 300 000 prises. Cette structure facilite la commercialisation du réseau et assure l’interface avec l’exploitant technique.
La troisième étape consiste en la création du centre de données départemental, installé dans les locaux du Département afin d’offrir un service d’hébergement et de sécurisation des données aux communes.
Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Les 698 communes du département peuvent accéder au centre de données et bénéficier d’un hébergement sécurisé pour leurs données administratives. Les établissements publics de coopération intercommunale (EPCI), comme les communautés de communes ou les agglomérations, peuvent également utiliser ce service. L’infrastructure est ouverte à l’ensemble des administrations du territoire. Dans les faits, ce sont d’abord les communes rurales, souvent dépourvues de compétences techniques ou de moyens financiers, qui en bénéficient le plus.
Le Département a défini un cadre de fonctionnement reposant sur son expertise technique. L’idée est de proposer une solution suffisamment structurée pour répondre à la majorité des besoins, tout en restant adaptable. Les collectivités peuvent ainsi intégrer progressivement leurs services et leurs données dans cette infrastructure.
Aujourd’hui, plus d’un tiers des communes du département utilisent déjà le centre de données. L’adhésion continue de progresser à mesure que les collectivités découvrent les possibilités offertes par ce service. En quelques mois seulement, l’hébergement des données de près de 200 communes a ainsi été transféré vers cette nouvelle infrastructure départementale.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
Le projet a été intégralement financé sur fonds propres par le Département de la Côte-d’Or. La collectivité a fait le choix de porter directement l’investissement afin de conserver la maîtrise de l’infrastructure et de son exploitation. Aucun dispositif de subvention spécifique n’a été mobilisé pour la réalisation du centre de données.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
La préparation et la réalisation du projet ont été menées principalement en interne par les équipes du Département. Les compétences nécessaires à la conception, au dimensionnement et au pilotage du centre de données étaient déjà présentes au sein de la collectivité, notamment au sein de la direction du numérique et de l’intelligence artificielle.
Le Département n’a donc pas mobilisé de partenaires extérieurs spécifiques pour accompagner la mise en œuvre de cette infrastructure.
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Je conseillerais d’abord aux élus intéressés par ce type de projet de venir voir concrètement ce que nous avons mis en place en Côte-d’Or. Cela permet de comprendre l’organisation de l’infrastructure et la manière dont le service fonctionne au quotidien. Sur ce sujet, le Département a déjà acquis une certaine expérience dont d’autres territoires peuvent s’inspirer.
Le modèle développé en Côte-d’Or est, selon moi, largement transposable dans d’autres départements. Plusieurs territoires voisins s’y intéressent déjà et envisagent de s’en inspirer. L’important est d’adapter la démarche aux réalités locales tout en conservant l’objectif de sécurisation et de maîtrise des données publiques.
Un point clé a été de s’appuyer sur des compétences internes solides. Cela nous a permis d’avancer plus rapidement. Si nous avions multiplié les comités de pilotage et les phases intermédiaires, la mise en place du projet aurait probablement pris beaucoup plus de temps.
Et, lorsqu’un dispositif fonctionne, il est normal qu’il inspire d’autres collectivités. L’enjeu n’est pas seulement de reproduire un modèle, mais aussi de l’améliorer en fonction des besoins du territoire, tout en garantissant un haut niveau de disponibilité des services et de sécurité de l’information.