SDIS 29 : Drones innovants pour missions multiples - Incendie, recherche de personnes et prélèvement de polluants marins
Le SDIS 29 développe des drones capables de répondre à des missions critiques : reconnaissance aérienne de feux de forêt, recherche de personnes disparues combinant drone et IA, ou missions de prélèvement-analyse de polluants marins. Ces innovations sécurisent les interventions, améliorent l'efficacité opérationnelle et positionnent le Finistère comme référence européenne en technologies de secours.
Pour les recherches de personnes, l'intelligence artificielle surpasse parfois les capacités d'observation des télépilotes humains dans l'identification de détails subtils
Le SDIS 29, en pointe sur les technologies de secours, développe un écosystème innovant de drones pour plusieurs missions critiques : l’appui aérien lors de départs de feu, la caractérisation rapide de polluants en mer via des préleveurs aéroportés, et la recherche de personnes disparues grâce à l’intelligence artificielle embarquée. Ces outils améliorent la sécurité des équipes, réduisent les délais d’intervention et renforcent la précision des analyses. Porté par une dynamique européenne et adossé à des partenaires publics et industriels, le projet conjugue innovation, sobriété budgétaire et réponse à des enjeux opérationnels réels. Il positionne le Finistère comme territoire pilote en matière de secours technologiques.
En quoi consiste concrètement votre projet et quels en sont les principaux objectifs ?
Le SDIS 29 développe des drones polyvalents pour répondre à différents enjeux opérationnels majeurs. À ce titre, la formation de télépilote de drone du SDIS 29 illustre parfaitement la richesse et la diversité des cas d’usage opérationnels de cette technologie. De la recherche de personnes en zone étendue ou en milieu nocturne, à la reconnaissance de feux de forêt ou de points chauds en intervention, en passant par l’acheminement de matériel lors d’inondations ou d’événements majeurs, les scénarios abordés couvrent un large spectre de missions. Les exercices intègrent également des opérations à haute valeur ajoutée comme la cartographie post-événement, la surveillance de sites sensibles, ou encore la gestion de menaces Nucléaires, Radiologiques, Biologiques, Chimiques (NRBC) et terroristes. Grâce à cette approche globale et contextualisée, les agents sont préparés à déployer les drones dans des environnements complexes et variés, renforçant ainsi l’efficacité, la sécurité et la rapidité des interventions de secours.
Deux projets démontrent plus particulièrement la capacité d’innovation du SDIS29. Ainsi le projet à dimension européenne IRA-MAR (Integrated Response to pollution Accident at sea and chemical risk in port) vise par exemple à doter les équipes de trois types de préleveurs aéroportés : un système de collecte de polluants solides flottants à mailles modulables (de 1 mm à 3 cm), un dispositif de prélèvement liquide capable de capter simultanément trois strates d’eau en moins de 20 secondes grâce à des pompes péristaltiques, un capteur fixant les polluants sur une feuille de Kevlar hydrophobe et enfin un capteur de polluant gazeux.
Autre exemple, le SDIS équipe ses drones d’une intelligence artificielle avancée dédiée à la recherche de personnes disparues. Grâce à des caméras thermiques, des capteurs spécifiques et une capacité d’intervention de nuit, ces outils permettent une analyse automatisée des images, souvent plus rapide et plus précise que l’œil humain. L’ambition est double : pouvoir identifier et quantifier avec exactitude des substances dangereuses, sans exposer les équipes aux risques d’explosion ou de toxicité, et améliorer sensiblement les délais de localisation des personnes disparues, y compris dans des conditions complexes. Cette approche technologique intégrée préfigure l’avenir de la gestion de crise et du secours d’urgence.
Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda du SDIS29 ?
Les deux exemples cités précédemment sont nés de deux enjeux opérationnels majeurs. En mer, les interventions sur des pollutions d’origine inconnue exposaient les équipes à des risques critiques : sans pouvoir identifier la nature des substances, ni mesurer précisément les quantités déversées, les personnels agissaient à l’aveugle, au péril de leur sécurité. Cette incertitude rendait difficile l’adaptation des moyens de dépollution et retardait la mise en œuvre des réponses appropriées. L’intégration du projet dans le cadre européen IRA-MAR, sous pilotage du cabinet du Premier ministre, a conféré à cette initiative finistérienne une portée stratégique nationale, tout en répondant à des besoins de terrain bien identifiés.
Sur terre, la situation est tout aussi préoccupante. En 2024, la France a enregistré 42 995 signalements de personnes disparues, soit une hausse de 34 % en un an. Face à cette tendance, les méthodes classiques de recherche montrent leurs limites, notamment en forêts, en zones escarpées et isolées, où les opérations sont longues, complexes et parfois risquées pour les intervenants. Le recours aux drones intelligents s’est donc imposé comme une solution naturelle et urgente pour améliorer l’efficacité des recherches, tout en renforçant la sécurité des équipes de secours.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Le projet s’inscrit dans une dynamique de recherche européenne collaborative ambitieuse. Sur le volet pollution marine, il réunit l’ISPRA (Italie) et le CEDRE (centre de documentation, de recherche et d'expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux, France), deux organismes de référence dans le domaine de l’expertise environnementale et de la gestion des risques côtiers. Les résultats intermédiaires ont été présentés lors d’une conférence internationale organisée les 24 et 25 juin 2024, qui a réuni plus de 50 représentants d’autorités maritimes issues de dix pays. L’équipe projet s’est également nourrie des enseignements de l’International Wall Street Conference de La Nouvelle-Orléans, événement mondial incontournable dédié aux pollutions marines et aux réponses d’urgence.
Concernant la recherche de personnes disparues, l’orientation technologique repose sur les progrès récents de l’intelligence artificielle en détection automatique, ainsi que sur les retours d’expérience opérationnels des équipes cynotechniques. Les démonstrations menées en avril 2025 dans le cadre du Club Utilisateur MidGard – Valabre ont fortement influencé l’approche adoptée, en testant notamment la complémentarité entre IA embarquée, drones autonomes et coordination humaine. Cette ouverture internationale a permis de confronter les scénarios développés avec ceux d’autres équipes européennes, tout en assurant la compatibilité avec les réglementations nationales et européennes.
Enfin, les échanges avec des partenaires industriels tels que Bunge et CMA CGM ont renforcé la pertinence du dispositif, en l’adaptant à des besoins concrets dans des contextes logistiques et environnementaux complexes.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?
La maîtrise des enjeux chimiques et de la caractérisation des polluants constitue un socle indispensable du projet. Il s’agit d’identifier avec précision les propriétés physico-chimiques des substances rencontrées — inflammabilité, explosivité, toxicité — ainsi que leur comportement en milieu marin. Pour concevoir des préleveurs fiables, les compétences en mécanique des fluides et en ingénierie des systèmes mécaniques sont également essentielles, afin de garantir robustesse, précision et adaptabilité des équipements aux conditions réelles d’intervention.
Dans le domaine de la recherche de personnes disparues, l’expertise repose sur la maîtrise de l’intelligence artificielle appliquée à l’analyse d’images, aux algorithmes de détection automatique, ainsi qu’au traitement en temps réel de flux vidéo multiples. Cette approche technologique se complète par une connaissance fine des comportements canins et des méthodes cynotechniques, pour une coordination efficace entre les différents moyens engagés.
À ces savoir-faire techniques s’ajoute une maîtrise réglementaire : pilotage de drones en environnement sensible, protocoles d’intervention d’urgence, réglementation aérienne et maritime. La manipulation de capteurs avancés et de caméras thermiques demande une formation spécialisée pointue. Enfin, la capacité à évoluer dans un réseau européen impose des compétences solides en gestion de projet international, en valorisation de la recherche appliquée et en communication scientifique.
Quelles ont été les phases préparatoires du projet ?
Le projet suit une méthodologie rigoureuse en trois phases pour chaque volet.
Pour la pollution marine : formulation d'hypothèses avec chercheurs internationaux, tests en laboratoire au CEDRE avec mer reconstituée permettant de faire varier les conditions, puis tests grandeur nature avec sanctuarisation de 10 km² et déversement de 60 tonnes de polluants autorisés.
Pour la recherche de personnes : développement des algorithmes d'IA, exercices coordonnés entre équipes cynotechniques et télépilotes, validation terrain avec génération de 26 dossiers de données détaillés représentant 15,6 Go d'informations. L'exercice du 27 février 2025 a confirmé la complémentarité indissociable entre équipes cynotechniques et drones, l'efficacité supérieure de l'IA dans certains cas de détection, et la nécessité d'une méthodologie commune bien établie. Cette approche progressive garantit la fiabilité des solutions avant déploiement opérationnel, avec des moyens considérables : bateaux, avions de reconnaissance européens, détournement de satellites EMSA.
Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Le dimensionnement s'appuie sur une analyse coût-bénéfice remarquable pour les deux volets. Les préleveurs de pollution, fabriqués pour 100-140 euros, se vendent 2000 euros avec une durée de vie importante, générant plus de 75 % de marge. Cette rentabilité contraste avec les solutions concurrentes à 6000 euros pour une seule fonction, tandis que le système finistérien effectue trois prélèvements simultanés. Pour la recherche de personnes, l'investissement en équipements IA et caméras thermiques est amorti par la réduction des coûts d'intervention et l'amélioration des délais de localisation. L'intégration dans les exercices annuels obligatoires d'antipollution et de recherche optimise les coûts de test.
Comment le SDIS29 a-t-il financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
Le financement du SDIS29 repose sur un modèle traditionnel où le Conseil Départemental du Finistère assure 43% du budget de fonctionnement (29,453 millions d'euros en 2024), tandis que les communes et intercommunalités contribuent à hauteur de 48% (33,013 millions d'euros). Le budget global 2024 s'élève à 101,16 millions d'euros, réparti entre 68,61 millions d'euros pour le fonctionnement et 32,55 millions d'euros pour les investissements. On estime que sur 100 euros, 14 euros sont consacrés aux équipements.
Pour développer spécifiquement son parc de drones, le SDIS a bénéficié d'une aide du Fonds Vert à hauteur de 35 800 euros, permettant l'acquisition de quatre nouveaux drones DJI 30T en 2024. Cette subvention a permis au SDIS29 d’être doté au total de quinze drones thermiques pour ses quinze télépilotes.
Au-delà des aspects financiers, le service a privilégié une approche partenariale pour optimiser ses investissements. La collaboration avec le CEDRE dans le cadre du projet européen IRA-MAR a permis d'accéder à des équipements expérimentaux et de développer, avec le lycée Thépot de Quimper, des dispositifs de prélèvement miniaturisés adaptés aux drones.
Dans le domaine de la recherche de personnes, le SDIS29 a établi un partenariat stratégique avec les sociétés Midgard et ODAS Solution. Cette coopération offre un terrain d'expérimentation grandeur nature aux entreprises pour leurs modèles d'intelligence artificielle embarquée, tout en permettant au service de bénéficier gratuitement de ces innovations technologiques pour améliorer l'efficacité de ses interventions.
Quels autres acteurs vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Le projet mobilise un écosystème européen diversifié. Au niveau institutionnel : secrétariat général de la mer, CEDRE, ISPRA italien, Club Utilisateur MidGard pour les aspects IA et recherche de personnes.
Pour la fabrication : lycée technique TEPE via conventions de partenariat pour réalisation des prototypes. Au niveau industriel : Bunge (fourniture huile de palme pour tests), CMA CGM (financement partiel recherches pollution). Les partenaires européens incluent chercheurs italiens, marins-pompiers méditerranéens, autorités maritimes de 10 pays.
Pour la recherche de personnes, collaboration renforcée avec les équipes cynotechniques locales, développement de méthodologies communes d'intervention, exercices réguliers consolidant les pratiques. Les fournisseurs de technologies IA et caméras thermiques contribuent à l'optimisation des algorithmes de détection. Cette collaboration internationale permet de valider les solutions sur différents environnements et créer des standards européens d'intervention pour les deux missions critiques.
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Innover dans les services de secours implique de reconnaître que l’innovation ne représente souvent qu’une fraction marginale de l’activité — à peine 3 % du temps opérationnel — mais peut générer un impact considérable sur ces deux missions vitales : la gestion des pollutions et la recherche de personnes disparues. Pour en maximiser les effets, il est essentiel de s’appuyer sur les obligations réglementaires existantes (exercices antipollution, simulations de recherche) afin d’optimiser les coûts de développement. La collaboration européenne devient un levier stratégique, permettant non seulement de valider les solutions expérimentales, mais aussi d’accéder à des financements ciblés.
Dans le domaine de la recherche de personnes, l’implication précoce des équipes cynotechniques est cruciale. Elle garantit une complémentarité entre les approches humaines et technologiques, et évite les logiques de substitution. La formation continue des télépilotes aux outils d’IA et aux nouvelles technologies doit s’inscrire dans la durée. L’approche reste pragmatique : elle part des besoins de terrain, et non d’une fascination pour la technologie.
Il est aussi fondamental d’anticiper la valorisation économique des solutions dès leur conception, pour en assurer la pérennité. La gestion de volumes massifs de données nécessite une infrastructure numérique robuste. Enfin, accepter l’échec comme partie intégrante du processus nourrit une culture d’amélioration continue au service de l’intérêt général.