GOUVERNANCE ET SOCLES TECHNOLOGIQUES

Comment la commune de Fumel (47) a-t-elle limité l'impact d’une cyberattaque grâce à son assurance ?

Parole de collectivité

Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place de projet numérique, data ou IA sur votre territoire, Numérique360 part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action

Le 3 octobre 2025, la commune de Fumel a été victime d’une cyberattaque par ransomware qui a paralysé son système d’information. Dès les premières heures, l’assurance cyber, souscrite en 2024, a permis de mobiliser des experts en cybersécurité, permettant de contenir l’attaque, d’organiser la remédiation et de restaurer les services. Ensuite, l’assurance a pris en charge 100% du coût de l’incident, soit les dépenses liées au remplacement d’équipements et aux prestations techniques. Sans cette assurance, l’impact financier et organisationnel aurait été beaucoup plus lourd pour cette commune de 5 000 habitants.

Notre assurance cyber a pris en charge 100% de l’impact financier de la cyberattaque

Jean-Louis Costes

L'interview

Dans quel contexte avez-vous eu recours à votre assurance cyber ?

Nous avons eu recours à notre assurance cyber à la suite d’une attaque par ransomware subie par la commune de Fumel le vendredi 3 octobre 2025. L’attaque a été menée par le groupe « Dragon Force Ransomware », connu des spécialistes de la cybersécurité. Selon les analyses réalisées ensuite, il s’agissait d’une attaque dite « au filet », c’est-à-dire non ciblée spécifiquement contre notre commune, mais diffusée massivement afin d’exploiter des failles de sécurité sur différents systèmes informatiques.

Concrètement, nous avons subi une attaque massive sur notre pare-feu avec plus de 1200 tentatives d’intrusion avant qu’une faille ne soit exploitée. L’attaque s’est produite en fin de semaine, un moment souvent choisi par les cybercriminels, car les systèmes sont moins surveillés durant le week-end. Très rapidement, l’ensemble de notre système d’information s’est retrouvé chiffré : serveurs, postes de travail, photocopieurs et outils bureautiques étaient bloqués. Les agents ne pouvaient plus accéder aux logiciels métiers, aux documents administratifs ou aux outils de gestion quotidienne.

L’attaque était associée à une demande de rançon, sous la forme peu commune d’une proposition de "discussion" pour définir une contribution annuelle en échange de la restitution des données. Nous n’avons pas engagé cette discussion.

Dès les premières heures, nous avons constitué une cellule de crise et contacté plusieurs acteurs : la gendarmerie, la Direction générale des finances publiques, le Centre de gestion départemental, l’ANSSI et notre assurance cyber. Cette dernière a joué un rôle déterminant. Elle nous a immédiatement mis en relation avec une société spécialisée en cybersécurité capable de prendre la main à distance afin d’analyser l’attaque, contenir sa propagation et organiser la remédiation technique (la société Inquest).

Pendant quinze jours, le fonctionnement a été très perturbé, mais nous n’avons pas perdu de données critiques, car elles étaient sauvegardées au niveau du Centre de gestion départemental (CDG).

La remédiation a pris environ un mois, avec notamment le nettoyage d’environ 35 postes informatiques et la mise en place d’un nouveau pare-feu ainsi que d’un nouveau serveur de fichiers. Nous nous en sommes donc plutôt bien sortis.

L’assurance nous a également permis de financer une grande partie des dépenses liées à la crise : remplacement du serveur, changement du pare-feu, prestations techniques du Centre de gestion départemental et accompagnement des experts cyber. Au total, plus de 45 000 euros de coûts ont été pris en charge, soit 100 % de l’impact financier de la cyberattaque. Sans cette assurance, l’impact aurait été beaucoup plus lourd pour une commune de 5000 habitants comme la nôtre.

Pourquoi aviez-vous souscrit à ce type d’assurance ?

En 2024, lors du renouvellement de nos contrats d’assurance, nous avons choisi d’ajouter une option de couverture cyber à notre contrat. C’était une proposition de notre assureur (Assurance cyber Generali), que nous avons étudiée et qui nous a semblé pertinente. Cette option représentait environ 2200 euros par an. À l’époque, cela nous paraissait surtout être une mesure de prudence face aux nombreuses cyberattaques relayées dans les médias contre des hôpitaux ou des collectivités.

Les cyberattaques contre les collectivités devenaient de plus en plus visibles médiatiquement. Nous entendions régulièrement parler d’hôpitaux, d’agglomérations ou d’administrations paralysés pendant plusieurs semaines. Même si nous pensions, comme beaucoup de petites communes, ne pas être réellement une cible prioritaire, nous avons considéré qu’il était prudent d’anticiper ce risque.

La souscription n’a pas donné lieu à de longues discussions ou à un plan stratégique spécifique. Nous nous sommes simplement dit que, compte tenu du contexte et du coût relativement limité de la garantie, il pouvait être utile de l’intégrer au contrat.

Avec le recul, nous considérons que cette décision a été déterminante. Sans cette assurance, la collectivité se serait retrouvée très seule au moment de l’attaque. L’assurance ne protège pas techniquement contre une cyberattaque, mais elle permet d’avoir immédiatement accès à des spécialistes capables d’accompagner la collectivité dans la gestion de crise.

Cette expérience nous a aussi fait prendre conscience que les petites collectivités sont elles aussi exposées. Une commune de 5000 habitants n’est pas trop petite pour intéresser des cybercriminels. Aujourd’hui, nous considérons le risque cyber comme un risque structurel comparable à une inondation ou une tempête.

Vous êtes-vous inspiré d’autres collectivités qui avaient également souscrit à ce type d’assurance ?

Non. La décision s’est faite assez simplement, dans le cadre du renouvellement de nos contrats. Le sujet était toutefois devenu omniprésent dans l’actualité. Cela a créé une forme de sensibilisation progressive au risque cyber.

Nous avons aussi la chance d’avoir une direction générale des services très attentive à la gestion des risques et aux questions de sécurisation des activités municipales. La réflexion a donc été pragmatique : pour un coût relativement modéré, il était possible d’ajouter une garantie complémentaire qui pouvait potentiellement éviter une catastrophe financière.

Aujourd’hui, l’expérience de Fumel constitue elle-même un retour d’expérience que nous partageons avec d’autres collectivités. Beaucoup d’élus pensent encore que ce type d’attaque ne concerne que les grandes villes ou les grandes administrations. Ce n’est plus du tout le cas.

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?

Il n’est pas nécessaire d’être un expert en cybersécurité pour souscrire ce type d’assurance, mais il faut malgré tout bien comprendre le fonctionnement des contrats et les garanties proposées. Le monde de l’assurance est très technique, avec beaucoup de subtilités juridiques. Pour notre part, nous sommes accompagnés depuis plusieurs années par un cabinet spécialisé qui nous aide à analyser les offres et à comparer les garanties.

Dans notre cas, cela a été très utile, car le choix d’une assurance ne doit pas uniquement se faire sur le prix. Il faut regarder précisément ce qui est couvert : accompagnement technique, assistance juridique, remplacement du matériel, prise en charge des prestations externes ou encore délais d’intervention.

En revanche, lors de la cyberattaque elle-même, les compétences techniques ont été apportées par les experts mobilisés par l’assurance et par le Centre de gestion départemental. Notre rôle, en tant qu’élus et direction générale, relevait davantage de la gestion de crise : organisation interne, communication, coordination avec les partenaires institutionnels et maintien des services essentiels.

Cette expérience montre aussi l’importance de la culture du risque dans les collectivités. Le risque cyber doit désormais être intégré dans la gestion courante des administrations locales.

Avez-vous comparé différentes offres avant de souscrire à celle proposée ? Si oui, comment avez-vous arbitré entre ces propositions ?

Comme toutes les collectivités, nous lançons régulièrement des consultations publiques avec plusieurs lots distincts : responsabilité civile, flotte automobile, bâtiments, équipements et désormais cybersécurité.

Dans ce cadre, plusieurs assureurs ont répondu aux consultations. Concernant le volet cyber, nous avons reçu plusieurs propositions. La direction générale des services a comparé les offres en fonction du coût, mais aussi des garanties proposées. Le sujet cyber n’était pas le critère principal du marché, mais l’option existait et nous avons considéré qu’elle pouvait constituer une sécurité supplémentaire.

Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

Le principal enjeu consistait à trouver un niveau de couverture cohérent avec les risques encourus par une commune de notre taille. Nous ne cherchions pas un dispositif extrêmement sophistiqué, mais une assurance capable de nous accompagner efficacement en cas d’incident majeur.

Le coût annuel d’environ 2200 euros nous a semblé raisonnable au regard des conséquences potentielles d’une cyberattaque. À l’époque, nous n’imaginions pas forcément que cela pourrait couvrir plusieurs dizaines de milliers d’euros de dépenses.

Il est difficile d’évaluer quel serait le coût d’une cyberattaque et notamment combien coûterait une remédiation. Mais nous avions cependant quelques indicateurs. Par exemple, une grande partie des données sensibles était déjà externalisée auprès du Centre de gestion départemental. Cela était de nature à considérablement limiter les pertes de données.

Nous savons désormais qu’une cyberattaque peut coûter, dans notre cas, plusieurs dizaines de milliers d’euros et que l’assurance peut prendre en charge 100% de ce coût. Concrètement, l’assurance a pris en charge la totalité des factures en deux versements, décembre 2025 et mars 2026. Dans le détail, environ 16 500 euros correspondaient à la prestation d’analyse forensique et d’accompagnement cyber réalisée par la société Inquest, directement prise en charge par l’assurance. Environ 45 000 euros ont été également mobilisés, puis remboursés pour la remédiation par l’assurance. Cela comprend : le remplacement du serveur de fichiers, le changement du pare-feu, les prestations du CDG 47 et les opérations de reconstruction et de sécurisation du système.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?

Le financement de l’assurance cyber repose sur le budget de fonctionnement de la commune.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

  • Assurance Generali ;
  • Société spécialisée en cybersécurité Inquest ;
  • Centre de gestion départemental de Lot-et-Garonne (CDG 47).

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

Le premier conseil est de ne pas penser que ce type d’attaque n’arrive qu’aux autres. Aujourd’hui, toutes les collectivités sont exposées, quelle que soit leur taille. Une petite commune peut parfaitement être touchée par une attaque massive automatisée.

Le deuxième conseil est de souscrire une assurance cyber. Le coût annuel reste relativement faible au regard des conséquences potentielles d’une attaque. Au-delà du remboursement financier, l’assurance apporte surtout un accompagnement immédiat et un accès rapide à des spécialistes capables d’aider la collectivité à gérer la crise.

Il est également essentiel de vérifier régulièrement les sauvegardes externalisées et l’organisation du système d’information. Les données critiques doivent être hébergées hors site afin d’éviter leur perte en cas de chiffrement des serveurs.

Autre point important : préparer la gestion de crise avant qu’elle n’arrive. Il faut savoir qui appeler immédiatement : assurance, gendarmerie, ANSSI, DGFIP, centre de gestion. Les premières heures sont déterminantes.

Enfin, il ne faut pas cacher une cyberattaque. La transparence permet de maintenir la confiance avec les habitants et les agents. Une cyberattaque n’est pas une honte. C’est un risque contemporain auquel les collectivités doivent désormais se préparer comme elles se préparent aux risques climatiques ou aux catastrophes naturelles.

Le projet en détails

Dates clés

  1. Janvier 2025

    Entrée en vigueur du contrat Cyber Generali

  2. Octobre 2025

    Cyberattaque par ransomware contre la commune de Fumel

  3. Décembre 2025

    Retour progressif à un fonctionnement normal et premier remboursement de l’assurance

  4. Mars 2026

    Validation du remboursement intégral des coûts de remédiation

Chiffres clés

  • 2 200

    € de coût annuel de l’assurance cyber souscrite par la commune

  • 45 000

    € remboursé par l’assurance pour la remédiation et le remplacement des équipements

  • 1 200

    tentatives d’intrusion recensées avant exploitation de la faille

À retenir

  • Une prise en charge financière déterminante. L’assurance a couvert les coûts de remédiation, limitant fortement l’impact budgétaire pour la commune.

  • Des sauvegardes externalisées salvatrices. Grâce au CDG 47, la commune a préservé ses données critiques et réduit les conséquences de l’attaque.

  • Une crise très anxiogène. Pendant plusieurs semaines, les services municipaux ont fonctionné en mode dégradé, avec des outils bloqués, des flux financiers interrompus et une forte pression institutionnelle.

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