GOUVERNANCE ET SOCLES TECHNOLOGIQUES

Béziers (34) connecte ses halles historiques et son centre ancien sans travaux sur le bâti

Niveau d'expertise : intermédiaire

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Béziers déploie un réseau IoT LoRa pour connecter ses halles historiques et son centre ancien sans travaux sur le bâti. Les capteurs installés sur l’existant permettent de suivre les consommations, détecter les fuites et mieux refacturer les usages, tout en conservant les données en interne pour garantir la souveraineté.

Si on veut maîtriser nos consommations, détecter les fuites ou comprendre nos usages, il faut d’abord récupérer la donnée et la garder chez nous.

Vincent Milhaud

En quoi consiste concrètement votre projet et quels en sont les principaux objectifs ?

Notre projet consiste à introduire l’Internet des objets au cœur du centre ancien de Béziers, où les bâtiments patrimoniaux rendent toute intervention lourde difficile. Grâce au réseau LoRa, qui fonctionne en basse fréquence et ne nécessite ni fibre ni travaux, nous installons des capteurs directement dans les armoires électriques, sur les tableaux de production photovoltaïque ou encore sur les réseaux d’eau, y compris dans des lieux historiques comme le marché des halles de Béziers, situé en plein centre-ville.

Ces capteurs se greffent sur l’existant, s’insèrent dans les tableaux ou les canalisations sans modification du bâti, et remontent leurs données vers nos antennes discrètement placées sur des points hauts comme le clocher de l’hôtel de ville. Cela nous permet de suivre en continu les consommations, de détecter des fuites ou des baisses de production, et de mieux comprendre le fonctionnement d’équipements parfois difficiles d’accès.

L’objectif est à la fois de moderniser le patrimoine sans le dénaturer et d’améliorer la gestion quotidienne du vieux centre, en rendant visibles des phénomènes (fuites, surconsommation, couche de poussière sur les panneaux photovoltaïques, etc.) qui, jusqu’ici, échappaient totalement au pilotage des services.

Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?

Le sujet s’est imposé assez naturellement, non pas comme un grand projet numérique décidé d’en haut, mais comme une réponse très concrète à des irritants du quotidien. Plusieurs services étaient confrontés aux mêmes difficultés : des installations anciennes, parfois difficiles d’accès, des consommations mal connues, des relevés manuels source d’erreurs, et surtout une dépendance forte aux prestataires qui contrôlaient la donnée en silo. Dans un vieux centre comme celui de Béziers, on ne peut pas refaire les réseaux ou tirer de nouveaux câbles à chaque besoin ; il fallait une solution capable de s’adapter au patrimoine sans le modifier.

L’exemple des halles l’illustre bien : les équipes de l’ODP (Occupation du domaine public) devaient relever à la main les compteurs d’eau divisionnaires pour refacturer les étaliers. Tout reposait sur des notes papier, recopiées ensuite sur ordinateur, avec un risque constant d’erreur. De la même manière, sur les panneaux photovoltaïques, personne ne disposait d’un suivi fiable : la production baissait, les panneaux se salissaient, mais il n’y avait aucun moyen simple de le voir à distance. Enfin, du côté de l’éclairage public, les premières demandes venaient des métiers qui voulaient comprendre leurs dysfonctionnements, mais les données partaient directement chez un prestataire sans transiter par la collectivité.

À cela s’ajoutaient les obligations de suivi énergétique, notamment dans la perspective du décret tertiaire, qui exige de documenter précisément l’évolution des consommations. Tout convergeait : le besoin de fiabilité, la volonté de maîtriser la donnée, la nécessité d’agir dans un bâti contraint, et le souhait de disposer d’un système simple, léger, non intrusif.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Les sources d’inspiration n’ont pas pris la forme de livres blancs ou de grandes stratégies déjà établies ailleurs. Le projet s’est plutôt construit à partir d’une culture technique et d’une sensibilité personnelle au potentiel de l’IoT. L’équipe connaissait déjà le fonctionnement des réseaux bas débit comme LoRa, qui existent depuis longtemps dans le monde de l’industrie.

Les vraies influences sont venues de l’observation et de l’expérience. Avant d’arriver à la mairie, Stéphane Lerendu avait une carrière de dix ans en informatique, ce qui lui donnait une vision très concrète de ce qu’un réseau IoT pouvait apporter à une collectivité, surtout quand elle gère un patrimoine dispersé et parfois ancien. La conviction s’est construite en voyant des systèmes mal exploités, des données perdues chez des prestataires, et des métiers qui, pourtant, avaient besoin de mesures simples pour mieux décider.

Le salon de Synox a été l’un des rares moments d’inspiration externe. En découvrant la diversité des capteurs, la maturité des technologies et les retours d’expérience d’autres territoires, l’équipe a pu visualiser concrètement ce qu’un bâtiment « connecté » pouvait devenir. Cela a permis de lever les derniers doutes, non pas en copiant un modèle, mais en confirmant que la technologie était suffisamment robuste pour être adaptée au vieux centre de Béziers.

En résumé, l’inspiration est venue moins de documents que d’une intuition technique, consolidée par des échanges, quelques démonstrations, et la certitude que l’IoT pouvait résoudre des irritants très concrets dans un patrimoine ancien.

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?

Avant de se lancer dans un projet de ce type, il n’est pas indispensable d’être un expert de l’IoT, mais il faut comprendre quelques fondamentaux techniques et organisationnels. La première compétence, c’est d’avoir une culture générale du numérique, suffisamment solide pour saisir ce que permettent les réseaux bas débit comme le LoRa et pourquoi ils sont adaptés à un centre ancien où l’on ne peut pas multiplier les travaux ou tirer de nouveaux câbles. Il s’agit moins de connaître la technologie en détail que de comprendre son potentiel : sa faible consommation, sa bonne pénétration dans les bâtiments, et surtout l’absence d’abonnements télécom, ce qui change totalement la viabilité financière du projet.

Ensuite, il est essentiel d’avoir une capacité à dialoguer avec les métiers, c’est-à-dire à comprendre leurs besoins précis et à les traduire en choix de capteurs. Le succès du projet tient beaucoup à cette compétence hybride : savoir lire un schéma électrique, comprendre une armoire ancienne, saisir les contraintes d’un réseau d’eau ou d’un bâtiment patrimonial, mais aussi savoir expliquer simplement à un collègue ce que l’outil peut lui apporter.

Il est également nécessaire d’avoir une bonne complémentarité entre la Direction des systèmes informatiques (DSI) et les services techniques. La DSI doit maîtriser l’architecture réseau et l’hébergement local des données ; les services doivent savoir identifier les bons points de mesure et valider que les remontées sont utiles.

Enfin, la dernière compétence, souvent sous-estimée, est la pédagogie. Pour convaincre, il faut montrer des résultats concrets, pas seulement expliquer la technologie. Dans un vieux centre, où les installations sont parfois hétérogènes et où certains agents sont peu familiers du numérique, la réussite passe par la démonstration, l’accompagnement et la simplicité d’usage. L’IoT n’est pas un gadget : il devient un outil si l’on sait le rendre utile et accessible.

Quelles furent les phases préparatoires du projet ? Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ?

Les phases préparatoires ont été assez légères, parce que la technologie LoRa est déjà bien maîtrisée et parce que l’équipe savait, par expérience, qu’elle pouvait s’adapter facilement à tous types d’infrastructures. La collectivité n’a donc pas mené d’étude d’impact formelle ni d’enquête publique. Le besoin était déjà clairement identifié par les services : récupérer la donnée, la conserver, et ne plus dépendre de portails externes. La première étape a plutôt consisté à vérifier que la solution pouvait fonctionner dans un tissu urbain dense, avec des armoires anciennes et des bâtiments parfois difficiles d’accès.

Un test grandeur nature a été réalisé en 2022 : une antenne LoRa a été installée et une armoire d’éclairage public a servi de terrain d’essai. Cette phase d’expérimentation a validé la faisabilité technique, la qualité de réception dans le centre-ville et la capacité à faire remonter les données vers les serveurs de la ville. Une fois ce point confirmé, aucune étude supplémentaire n’a été jugée nécessaire. La préparation a ensuite surtout porté sur le dialogue avec les métiers, pour bien comprendre leurs besoins et ajuster le choix des capteurs.

Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

Le bon dimensionnement du projet s’est fait de manière très pragmatique, en partant des besoins réels des services et de l’existant technique dans les bâtiments du centre ancien. Il n’y a pas eu de grand schéma directeur figé à l’avance : la logique a été d’observer, de mesurer et d’ajuster au plus près. Pour les premiers cas d’usage, comme les armoires d’éclairage public ou les halles, le travail a commencé par un repérage très concret sur le terrain. L’équipe a ouvert les tableaux électriques, analysé leur organisation, identifié les départs, les volumes à mesurer et les contraintes physiques propres à chaque installation.

Ce travail s’est fait en binôme : la DSI apportait la vision infrastructure et réseau, tandis que le bureau des flux et les experts techniques – notamment le Bureau d’études techniques (BET) électricité – savaient précisément interpréter les schémas, reconnaître les points sensibles et estimer le nombre d’entrées nécessaires. À partir de là, Synox proposait les capteurs les plus adaptés.

Pour les halles, le même processus a été appliqué : Stéphane Lerendu a d’abord récupéré les plans et les schémas, vérifié les départs pour les chambres froides et le nombre d’étaliers, avant de revenir vers Synox avec un besoin précis. Les capteurs ont ensuite été choisis en fonction du nombre de circuits ou de compteurs à suivre, ce qui a permis d’acheter uniquement le nécessaire.

Toutes les données collectées sont hébergées sur les serveurs municipaux, ce qui garantit une totale maîtrise et souveraineté de la collectivité sur ses informations.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?

Le projet a été financé intégralement par la Ville de Béziers, à la fois via l’achat direct de capteurs sur les budgets de la DSI et du Bureau des flux, et via un marché public passé avec le prestataire Synox.

La collectivité a souscrit un marché de quatre ans avec Synox pour la plateforme SoDataViz, l’administration du réseau LoRa et la maintenance des antennes.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Direction des Systèmes d’Information (DSI) – Ville de Béziers
Pilotage technique, création du réseau LoRa, supervision des antennes, intégration des données et administration du système.

Bureau des flux – Ville de Béziers
Traduction des besoins métiers, définition des usages, choix des capteurs, conception des tableaux de bord et interface avec les services.

BET Électricité (Bureau d’Études interne)
Expertise technique pour analyser les tableaux électriques, identifier les départs, valider la faisabilité et dimensionner précisément les capteurs dans les armoires existantes.

Synox (prestataire IoT – plateforme SoDataViz)
Fourniture et administration de la plateforme IoT, accompagnement au choix des capteurs, support technique, déploiement des antennes.

Services métiers de la Ville
Notamment : Éclairage public (premier cas d’usage, ODP – Occupation du domaine public, pour les halles, services techniques / bâtiments, pour la gestion des consommations et des fuites, services énergie, notamment pour le suivi des panneaux photovoltaïques.

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

Le principal conseil à donner à un élu qui voudrait se lancer dans un projet similaire est de partir du terrain plutôt que de la technologie. L’IoT n’a de sens que s’il répond à des irritants concrets, identifiés par les services qui gèrent le quotidien : des fuites d’eau impossibles à localiser, des consommations mal connues, des facturations approximatives ou des bâtiments anciens difficiles à suivre. C’est en partant de ces besoins, exprimés par les métiers, que le projet trouve naturellement sa légitimité. Forcer une solution qui n’est pas attendue ne fonctionne jamais : un tableau de bord n’a de valeur que si quelqu’un le regarde.

Il est également essentiel de rappeler qu’on ne gère que ce qu’on mesure. Pour maîtriser l’eau, l’énergie ou l’arrosage, il faut pouvoir quantifier précisément. L’IoT offre cette capacité, à condition d’être sobre et adapté au patrimoine existant. Dans un centre ancien, on ne peut pas refaire les réseaux ; il faut donc privilégier des technologies discrètes, peu intrusives et sans abonnement, comme le LoRa privé, qui permettent d’ajouter une couche numérique sans toucher au bâti.

Un autre point clé est la maîtrise de la donnée. L’élu doit veiller à ce que les données restent chez la collectivité, qu’elles puissent être conservées dans le temps et croisées entre services. C’est ce qui permet de suivre l’impact des travaux, de mesurer les progrès liés au décret tertiaire, ou de comprendre pourquoi une consommation explose un week-end donné.

Enfin, il faut créer un binôme solide entre les services techniques et la DSI, s’appuyer sur un profil capable de faire le lien entre les deux “langues”, et avancer par petits pas.

Le projet en détails

Dates clés

  1. 2022

    Réalisation d’une preuve de concept (POC)

  2. 2024

    Structuration des cas d’usage et récupération des données via API électricité et gaz

  3. 2024

    Lancement et attribution du marché public à Synox pour la plateforme SoDataViz et le réseau IoT

  4. 2025

    Décision de connecter les halles et commande des capteurs

Chiffres clés

  • 5

    Antennes LoRa pour couvrir l’ensemble du territoire biterrois

  • 26

    Etaliers connectés grâce aux compteurs d’eau divisionnaires installés dans les halles pour une refacturation plus juste.

  • 360

    Armoires d’éclairage public potentiellement raccordées au réseau IoT pour centraliser les données et détecter les dysfonctionnements

À retenir

  • Un déploiement léger et parfaitement adapté au centre ancien. L’IoT LoRa permet d’équiper des bâtiments patrimoniaux sans travaux lourds, en se greffant sur l’existant. 

  • Une vraie maîtrise de la donnée pour mieux piloter les consommations et réaliser des économies. Les services disposent enfin d’une vision fiable de leurs consommations, essentielle pour anticiper les fuites, suivre le décret tertiaire ou ajuster les usages.

  • Une acculturation encore inégale parmi les métiers. Certains services, moins familiers du numérique, perçoivent encore l’IoT comme un gadget. Il faut donc du temps, de la pédagogie et des démonstrations concrètes pour que les tableaux de bord deviennent un véritable outil de travail.

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