À Saint-Quentin-en-Yvelines (78), la donnée et le Lidar au service du Plan Canopée
Adopté fin 2025, le Plan Canopée de Saint-Quentin-en-Yvelines repose sur une stratégie décennale visant à adapter le territoire au changement climatique. Plutôt que de miser sur une plantation massive, la collectivité privilégie une approche qualitative. En s’appuyant sur des relevés Lidar et le logiciel cartographique ArcGIS, l’agglomération a calculé son indice de canopée (27 %), avec l’objectif d’atteindre 30 % en 2034. Ces données permettent de cibler précisément les zones d’intervention prioritaires. Le dispositif est complété par un barème financier dissuasif, destiné à protéger les arbres existants, et une application collaborative associant les citoyens au recensement du patrimoine arboré.
Vue aérienne d’un quartier de Saint-Quentin-en-Yvelines illustrant l’importance de la canopée urbaine dans la stratégie d’adaptation climatique portée par l’agglomération - Crédits : © Christian Lauté / SQY
Notre premier postulat, c’est de préserver le patrimoine existant : ce sont les arbres adultes qui offrent le plus de fraîcheur.
L'interview
En quoi consiste concrètement votre projet et quels en sont les principaux objectifs ?
Adopté fin 2025, le “Plan Canopée” est une stratégie sur dix ans visant à adapter Saint-Quentin-en-Yvelines au changement climatique. L’ambition est de faire de l’arbre un allié central face aux surchauffes urbaines, en s’appuyant sur ses capacités d’ombrage et d’évapotranspiration. Concrètement, le plan se structure autour de six axes et de trente actions opérationnelles, déployées à l’échelle du territoire.
Plutôt que de viser des objectifs de plantation massifs, nous faisons le choix d’une approche qualitative. La priorité est donnée à la préservation du patrimoine arboré existant, en particulier les arbres adultes, puis à la plantation du bon arbre au bon endroit, en fonction des spécificités locales.
Pour piloter cette stratégie, nous nous appuyons sur l’indice de canopée, calculé à partir de relevés Lidar. Actuellement estimé à 27 %, il pourrait atteindre 30 % d’ici dix ans. Ce seuil permettrait de réduire la température moyenne de 0,5 °C et de diminuer d’un tiers la mortalité liée aux épisodes de canicule, selon une étude parue dans la revue scientifique The Lancet.
Enfin, ces données sont croisées avec les cartes d’îlots de chaleur urbains et la localisation des populations vulnérables, afin de cibler en priorité les zones où les besoins sont les plus forts.
Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
La genèse du projet s’inscrit dans un temps long. Dès 2011, l’agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines avait affirmé sa volonté de préserver son patrimoine naturel avec une première « Charte de l’arbre ». Mais face à l’accélération du changement climatique, il est rapidement apparu nécessaire de passer d’un document d’intention à une stratégie opérationnelle, structurée et pilotée dans la durée.
Notre territoire bénéficie d’un cadre végétal important, mais il est aussi soumis à une pression foncière croissante, liée au développement urbain, à l’augmentation de la population et à l’arrivée de nouvelles infrastructures, comme la ligne 18 du métro. L’un des enjeux majeurs consistait donc à concilier ce dynamisme avec la préservation de notre “poumon vert”.
Par ailleurs, malgré une densité plus faible que celle de la petite couronne, nos zones urbaines sont directement exposées aux phénomènes de surchauffe estivale. Les vagues de chaleur posent désormais des enjeux très concrets de santé publique et de confort pour les habitants.
Dans ce contexte, la réflexion politique s’est structurée à partir de 2020, en cohérence avec les orientations nationales comme le PNACC et notre PCAET. Elle a conduit, début 2024, à la création de mon poste, avec pour mission de piloter la concertation avec les douze communes et de co-construire une feuille de route opérationnelle.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Aujourd’hui, les outils numériques donnent accès à une grande diversité de ressources. Nous avons donc commencé par un travail approfondi de benchmark des Plans Arbres et Plans Canopée déployés par d’autres collectivités, en France comme à l’international. L’objectif n’était pas de réinventer l’existant, mais de capitaliser sur les démarches les plus pertinentes. Ces analyses nous ont notamment permis de préciser notre positionnement.
Notre source d’inspiration la plus structurante est la Métropole de Lyon, particulièrement avancée sur ces sujets. Nous avons engagé des échanges réguliers avec leurs équipes, jusqu’à organiser des séminaires de travail commun. Ce dialogue direct nous a permis d’accéder à un retour d’expérience très opérationnel : identifier les leviers efficaces, mais aussi anticiper les difficultés rencontrées sur le terrain.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?
Un Plan Canopée de cette ampleur suppose de croiser deux types de compétences : les savoir-faire technologiques et l’expertise liée au vivant.
Sur le plan numérique, nous avons fait le choix de piloter la démarche en interne. Cela suppose une bonne maîtrise des Systèmes d’Information Géographique (SIG), et d’outils comme ArcGIS Pro. Ils permettent d’agréger les données Lidar, de calculer l’indice de canopée et de croiser ces informations avec les îlots de chaleur ou les vulnérabilités sociales. Nous nous appuyons pour cela sur notre bureau d’études et la DSI.
En parallèle, une solide expertise agronomique et paysagère est indispensable. Il s’agit d’identifier des essences capables de résister à des conditions climatiques de plus en plus contrastées, ce qui implique d’accepter une part d’expérimentation. La réussite du projet repose enfin sur des compétences en animation transversale. Il est essentiel de fédérer les différentes directions - urbanisme, voirie, espaces verts, etc. - pour garantir une appropriation collective.
Quelles furent les phases préparatoires du projet ? Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ?
La préparation de la stratégie s’est étalée sur environ un an et demi, avec une forte volonté de co-construction. Dès le début de l’année 2024, nous avons constitué des groupes de travail réunissant les douze communes de l’agglomération ainsi que l’ensemble des directions internes concernées, de l’urbanisme à l’aménagement.
Cette concertation a permis de définir collectivement les six grands axes de la stratégie, puis d’identifier et de prioriser trente actions opérationnelles. Une fois le document finalisé, il a été partagé avec l’ensemble des équipes pour recueillir les derniers retours, avant d’être adopté par les élus en décembre 2025.
Concernant la faisabilité, nous avons adopté une approche pragmatique, en tenant compte de moyens humains et financiers contraints. C’est pourquoi la mise en œuvre du plan a été échelonnée sur dix ans, afin d’avancer de manière progressive et maîtrisée.
Nous avons ainsi pu lancer rapidement un premier chantier structurant : l’amélioration de la connaissance du patrimoine arboré, avec des campagnes d’inventaire menées à l’aide de véhicules équipés de Lidar terrestre.
Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Le plan s’appuie sur trente actions, donc la première question a été assez simple : qu’est-ce qu’on est réellement capables de faire, dans la durée, avec nos moyens ? Comme dans toutes les collectivités, ils sont contraints. On a donc fait le choix de s’inscrire dans le temps long, avec un déploiement sur dix ans. Cela nous permet d’avancer progressivement, en commençant par mieux connaître notre patrimoine, puis en accélérant les actions sur le terrain.
On a aussi veillé à ne pas figer le projet. Des points d’étape sont prévus régulièrement (bilans annuels, bilans de mi-parcours…) pour vérifier que l’on est sur la bonne trajectoire. Et surtout, on se laisse la possibilité d’ajuster. Si certaines actions fonctionnent moins bien que prévu, on réoriente. À l’inverse, si des leviers se révèlent plus efficaces, on peut aller plus loin.
Sur le végétal, il y a forcément une part d’incertitude. Il faut accepter d’expérimenter, tester, et ajuster au fil du temps.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
Aujourd’hui, le Plan Canopée est principalement financé sur les fonds propres de l’agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines. Cela nous permet de piloter le projet de manière autonome et d’avancer de manière cohérente avec nos priorités. Pour certaines opérations plus spécifiques, notamment la désimperméabilisation des sols - essentielle pour favoriser l’infiltration de l’eau et accompagner les plantations - nous mobilisons ponctuellement des financements complémentaires. Cela passe par des subventions, en particulier auprès de partenaires comme l’Agence de l’eau Seine-Normandie ou d’acteurs régionaux.
Mais nous savons que ce modèle ne suffira pas à lui seul sur la durée. Si nous voulons tenir le cap sur dix ans, il faudra progressivement diversifier les sources de financement. Nous réfléchissons donc à l’ouverture du projet à des partenaires privés, via des dispositifs de mécénat, des initiatives autour du don d’arbres, ou encore la mobilisation des entreprises locales. L’enjeu est de construire un modèle plus partagé, capable de soutenir dans le temps l’ambition du plan.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Le projet a été largement construit en interne, avec une forte logique de travail collectif. Le travail avec les douze communes et les directions internes s’est poursuivi tout au long du projet ainsi qu’avec l’ensemble des directions concernées - urbanisme, aménagement, espaces verts - pour construire une vision partagée.
Sur les aspects techniques, nous nous appuyons sur nos propres ressources, notamment notre bureau d’études, notre ingénierie intégrée et la DSI. Cela nous permet de garder une vraie autonomie dans le pilotage du projet. Nous avons donc aussi échangé avec d’autres territoires plus avancés, comme la Métropole de Lyon, afin de bénéficier de retours d’expérience concrets.
Côté habitants, l’enjeu est de les impliquer de manière simple et concrète. Nous avons lancé un inventaire participatif des arbres remarquables via l’application Survey123. Les habitants peuvent signaler et géolocaliser des arbres qu’ils jugent remarquables. Après validation par nos services, certains pourront être intégrés au Plan Local d’Urbanisme et ainsi bénéficier d’une protection spécifique.
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Le premier conseil, c’est sans doute de ne pas attendre d’avoir un projet parfaitement ficelé pour se lancer. Il faut accepter de construire progressivement, en avançant étape par étape. Ensuite, je dirais qu’il est essentiel de partir du terrain. Avant de définir une stratégie, il faut bien connaître son territoire : son patrimoine arboré, ses contraintes, ses zones de vulnérabilité. C’est ce qui permet de prendre des décisions pertinentes, et pas uniquement théoriques.
Autre point clé : ne pas rester seul. Ce type de projet repose sur une dynamique collective. Il faut embarquer très tôt les services, les communes, et plus largement tous les acteurs concernés. C’est ce qui garantit une appropriation durable.