GOUVERNANCE ET SOCLES TECHNOLOGIQUES

A Porto-Vecchio (2A), le projet LiÀ : une plateforme data au service des politiques publiques

Niveau d'expertise : intermédiaire

Le projet « Territoire intelligent et durable » ou projet LiÀ de Portivechju, a été mis en place afin de répondre à la problématique de gestion de l’afflux touristique pendant la haute saison. Avec une multiplication par dix de la population, toutes les infrastructures (routière, urbanisme, ressources...) sont fortement impactées. Pour faire face aux besoins des infrastructures, un consortium constitué de la Communauté de communes Sud Corse, du syndicat départemental de l’énergie de la Corse du sud, de l’Université de Corse et de la Commune de Portivechju s’est constitué dans le but de développer une plateforme centralisant toutes les données collectées. La visualisation et l’exploitation de ces données permettent de mesurer la capacité de charge afin d’ajuster le dimensionnement des infrastructures et de soulager le sentiment d’oppression.

Ce projet LiÀ se définit plus comme « territoire intelligent » que comme « territoire connecté ».

Amandine Terrazzoni

En quoi consiste concrètement votre projet et quels en sont les principaux objectifs ?

Portivechju est un lieu où l’enjeu de saisonnalité est très fort puisqu’en période estivale la population est multipliée par dix. Une situation qui n’est pas sans impacter toutes nos infrastructures, que ce soit au niveau de la mobilité, des ressources naturelles ou des services proposés par la ville et les alentours. Aussi, afin d’offrir aux habitants et aux vacanciers une bonne qualité de vie partout sur le territoire, la communauté de communes a besoin de mesurer les flux pour adapter les aménagements, les ressources et l’offre de services. L’objectif est donc de collecter de la donnée pour mesurer la capacité de charge à des fins de gouvernance et de pilotage du territoire.

Contrairement à de nombreux projets, notre approche n’est pas descendante mais ascendante en partant des besoins. C’est ainsi que nous avons identifié quatre grands cas d’usage :

  • La mobilité sur les routes. Dans ce cas d’usage, nous mesurons la charge routière du territoire en étudiant les flux internes et externes à la commune et calculons le nombre de véhicules passant par la ville selon les périodes de l’année (volume, d’où viennent-ils, où vont-ils, les horaires, etc)
  • Le stationnement sur la voirie et dans les parkings. Nous collectons les données sur les taux d’occupation des places afin d’indiquer en amont aux usagers les disponibilités. Nous faisons également de la prévention en redirigeant les usagers vers l’extérieur de la ville en cas d’un potentiel engorgement.
  • La mobilité piétonne. Les données collectées dans ce cas d’usage permettent d’identifier les trajets et les lieux (commerçants, lieux historiques, points de vue) les plus plébiscités par les touristes.
  • Les déchets. A la haute saison, la production de déchets est multipliée par 10. Sur le port, par exemple, un conteneur vidé 3 fois par semaine en hiver est vidé 3 fois par jour l’été. Une situation qui impacte le nombre de passages des camions, les trajets, la consommation de carburant ou encore les ressources humaines.
  • L’éclairage public (LED, dimming, saisonnalité…). Pour alimenter en continu les mâts d’éclairage public, nous avons déployé 1015 nœuds de gestion dans les mâts des éclairages publics et 36 boîtiers de gestion dans les armoires. Par ailleurs des capteurs greffés sur ces infrastructures permettent de mesurer la mobilité et les flux d’éclairage. Ils servent également à piloter à distance l’éclairage public en fonction des besoins.
  • L’environnement. Actuellement une doctorante de l’université de Corse travaille sur une problématique importante du territoire : l’eau. Ainsi pour anticiper les besoins en eau et réajuster le volume de consommation autorisé (coupure d’eau, volume restreint, nombre de personnes pouvant être accueillies, etc) des capteurs fournissent des données sur les ressources en eau et la résilience du territoire. Des capteurs placés sur les fleuves préviennent aussi des inondations et des crues.

Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?

Le besoin de produire et d’exploiter de la donnée est né de la conjonction de trois éléments :

  1. La volonté d’offrir des services publics de qualité en été, pour les plus de 100 000 vacanciers, et les quelque 12 000 résidents à l’année. Nous avions aussi le souhait de réduire le sentiment d’oppression des usagers ressenti au moment de l’été.
  2. Le désir de créer un consortium entre la Communauté de communes Sud Corse, le syndicat départemental de l’énergie Sud Corse, l’Université de Corse et la Commune pour faire de Portivechju un territoire intelligent et durable. Ainsi, via LiÀ, notre objectif est d’être en mesure de collecter les données de les retranscrire afin d’aider les pouvoirs publics à mieux piloter le territoire, que ce soit au niveau de la mobilité, de l’environnement ou des activités économiques et touristiques.
  3. L’appel à projets de 2022 sur le territoire intelligent et durable lancé par la Caisse des dépôts, dont l’objectif est d’accompagner les collectivités dans leur transformation numérique et écologique en soutenant des modèles de gouvernance fondés sur l’exploitation des données. Nous avons vu dans cet appel à projets l’occasion de mettre en place des outils innovants comme l’hyperviseur, plateforme de centralisation de toutes les données du territoire, mais aussi le déploiement du réseau LoRa sur la totalité de la commune de Portivechju.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Notre source d’inspiration vient d’une expérimentation de smart village menée depuis 2017 dans un petit village de haute montagne : Cozzano. Lancée par l’université de Corse, Monsieur Thierry Antoine Santoni, le CNRS et des partenaires comme le SITEC et EDF, cette expérimentation avait pour but de développer des petits projets connectés pour montrer que le concept de smart city pouvait s’adapter au monde rural. Ils ont, par exemple, travaillé sur la mesure des gaz émis par les véhicules en sortie d’école ou sur la géolocalisation des cochons via des capteurs.

À la suite de cette expérience, l’université souhaitait poursuivre cette démarche sur une ville plus importante. Vu les problématiques du territoire et grâce aux relations l’université de Corse et la commune de Portivechju, notamment par la présence d’une élue ayant pour délégation les relations avec l’université, Madame Dominique Verdoni, elle-même enseignante chercheuse à l’université de Corse, le lancement du consortium s’est vite imposé. C’est donc par le biais de Madame Dominique Verdoni et celui d’un de nos référents travaillant à l’époque sur ce projet, qu’est né le projet LiA.

Autres sources d’inspiration : la surpopulation l’été. Ce projet n’est donc pas né de la volonté de connexion comme le sous-entend le « Smart City » mais plutôt de la pression touristique. Le terme de « territoire intelligent » est plus approprié à la définition de ce projet.

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?

Les agents connaissent bien leur environnement de travail (matériels, SI, outils logiciels) et le terrain (géographie spécifique de la Corse). Il est donc très important de s’appuyer sur eux pour développer un projet comme celui-ci, qui couvre à la fois des enjeux terrain, avec le déploiement d’antennes, de pylônes, de capteurs mais aussi les outils métiers. Toutefois, le travail sur les données étant relativement nouveau il faut les sensibiliser à la qualité de la collecte et au reflexe de les utiliser dans leurs activités quotidiennes.

Élus comme opérationnels doivent non seulement prendre conscience du volume et de la diversité des informations dont ils disposent, mais aussi de l’opportunité que toutes les données leur apportent dans l’exercice de leurs missions.

Quelles furent les phases préparatoires du projet ? Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité ?

La réponse à l’appel à projet a été l’élément déclencheur de ce projet LiÀ. Si aucune étude préparatoire à proprement parler n’a été faite, tous les protagonistes du projet faisaient le même constat : une situation de plus en plus difficile à gérer en période estivale.

Le fait d’avoir le Maire de la Commune comme Président de la Communauté de communes et d’avoir des élus communaux chercheurs à l’université a également largement facilité la construction du consortium et la définition des rôles de chacun.

Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

Avec de nombreux cas d’usage, le dimensionnement du projet est large et le temps imparti court : 3 ans seulement. Aussi, pour faciliter le déploiement, nous avons fait le choix de diriger ce projet en binôme avec un ingénieur data et une cheffe de projet. La DSI étant au cœur de ce projet, nous rencontrons l’équipe une fois par semaine et nous avons, pour les cas d’usage, nommé une quinzaine de référents en interne que nous rencontrons très régulièrement. Enfin, nous fonctionnons en cellule autour du DGA et de l’élue. Tous ces relais nous permettent de mieux dimensionner le projet.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?

Les membres du consortium n’ont pas tous le même taux de financement. Nous nous sommes financés dans le cadre de l'appel à projets "Territoires intelligents et durables" du programme France 2030, et opéré par la Banque des Territoires (2,44 M€ de subventions sur la période 2024-2027)

La Commune, la Communauté de communes et le syndicat d’énergie de Sud Corse investissent 50% et sont subventionnés à hauteur de 50% par la Caisse des dépôts.

L’université est financée à 100%.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Si nous sommes essentiellement accompagnés par la Caisse de Dépôts, nous avons en parallèle deux assistances à maitrise d’ouvrage. Une avec le groupement Data publica sur le volet gouvernance post projet, stratégie data interne et transformation de la collectivité ; l’autre sur la densification du réseau LoRa de télécommunication (emplacements, visuels, loyers des pylônes de télécommunications).

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

En tant qu’élue, il faut selon moi que la feuille de route de départ soit la plus précise possible pour pouvoir mener le projet à terme en 3 ans. Le travail de coordination entre le consortium et dans chaque entité est conséquent. Il nécessite des outils de management et des ressources humaines en capacité de médiatiser le projet pour mettre en lumière ce type de sujet technique et permettre à tous la compréhension de l'enjeu collectif de transformation de l’administration qui, à terme, sera un bénéfice pour chacun.

En tant que cheffe de projet, je lui conseillerais de s’appuyer sur son administration et sur les agents internes qui ont la maitrise du déploiement des matériels, la connaissance des travaux de génie civil et celle des systèmes d’information internes. Plus le temps de déploiement d’un projet est court, plus il est important de capitaliser sur les compétences des agents internes.

Le projet en détails

Dates clés

  1. 2024

    Installation de l’équipe projet, installation de la comitologie (organisation des réunions)

  2. 2024

    Phase de conception des différents cas d’usage

  3. 2025

    Acquisition et déploiement de l’hyperviseur, acquisition et déploiement des superviseurs métiers, déploiement des IoT des différents cas d’usage, acculturation des agents à la donnée

  4. 2026

    Exploitation des données, développement de nouveaux cas d’usage

Chiffres clés

  • 120 000

    habitants en période estivale (vs 12 000 habitants à l'année)

  • 5,14

    millions d'euros de budget pour le projet sur 2023-2026

  • 2,44

    millions d'euros de subventions par la Caisse des dépôts sur 2024-2027

À retenir

  • La volonté d'améliorer une problématique territoriale grâce à la donnée : mesurer la capacité de charge du territoire

  • Le choix d'intégration des agents au cœur du déploiement des solutions et de leur utilisation pour réussir la transformation 

  • Le territoire à caractère touristique qui dispose de peu de données concernant le tourisme dont les activités sont multiples, (hébergement, transports, ressources, etc.)

La presse en parle

  • Communication de la ville de Porto-Vecchio

    Le programme Lià – Territoire Intelligent et Durable

    Voir l'article
  • Article de Corse Matin

    Porto-Vecchio : l'intelligence artificielle mise au service des habitants pour une meilleure gestion du territoire

    Voir l'article
  • Communauté de Communes du Sud Corse

  • Syndicat d'énergie de la Corse du Sud

  • Banque des Territoires

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