Fin de la 2G et 3G : les alternatives pour les équipements des territoires
L’extinction imminente de ces réseaux pourrait désorganiser de nombreux services publics du quotidien. Mais pour les territoires, c’est aussi une opportunité : celle de repenser leurs infrastructures connectées et d’engager une modernisation à grande échelle, plus sobre et plus efficace. Valentin est ingénieur de Télécom Saint-Etienne et il est consultant chez Smart World Partners où […]
L’extinction imminente de ces réseaux pourrait désorganiser de nombreux services publics du quotidien. Mais pour les territoires, c’est aussi une opportunité : celle de repenser leurs infrastructures connectées et d’engager une modernisation à grande échelle, plus sobre et plus efficace.
Valentin est ingénieur de Télécom Saint-Etienne et il est consultant chez Smart World Partners où il a développé une expertise dans l'accompagnement des collectivités sur les Territoires Connectés et Durables. Ses compétences techniques et de sa connaissance du domaine des télécommunications en font un élément essentiel de l'entreprise.
La fin d’une époque : pourquoi la 2G et la 3G s’arrêtent-elles ?
Trente ans après leur lancement, les réseaux 2G et 3G arrivent en bout de course. Conçues à une époque où le mobile servait surtout à téléphoner et à échanger des SMS, ces technologies ne répondent plus aux besoins actuels du numérique. En effet, ces générations vieillissantes ne permettent pas de supporter les usages modernes de manière sobre énergétiquement et sécurisée. D’après l’ARCEP, en 2023, les réseaux 2G et 3G, désormais minoritaires en termes de trafic, continuent pourtant de peser lourd : ils consomment entre 21% et 33% de l’énergie totale utilisée par les stations de base mobiles (source : ARCEP, Rapport Evaluation de l’impact Carbone de l’arrêt des réseaux 2G-3G et la migration de leurs services vers la 4G/5G, 2023) (lien externe, nouvelle fenêtre).
En revanche, ces réseaux mobilisent toujours des équipements, coûteux à maintenir pour un volume d’usages devenu marginal. Selon l’ARCEP, à la mi-2025, seules 3,3% des cartes SIM dans les terminaux mobiles restent limitées à la 2G ou à la 3G, soit environ 2,7 millions d’utilisateurs encore concernés. Les bandes de fréquences utilisées par la 2G et la 3G constituent une ressource rare et précieuse. Les libérer permet de les réaffecter à des services plus efficaces, comme la 4G et la 5G, capables de répondre aux nouveaux enjeux du numérique.
Des équipements et des usages obsolètes : quels impacts concrets de la fin de la 2G et de la 3G sur les territoires et leurs citoyens ?
Dans certains territoires, de nombreux dispositifs encore actifs — stations météo agricoles, capteurs d’eau, systèmes d’éclairage public, systèmes de gestion bâtimentaire — reposent sur des modules 2G ou 3G installés il y a plus d’une décennie. Si les nouveaux équipements migrent progressivement vers des technologies plus récentes, une part significative du parc reste encore dépendante de ces anciens réseaux. Ce bouleversement technologique pourrait donc impacter la capacité des collectivités à piloter leurs politiques publiques, à assurer la continuité des services et à s’inscrire dans les enjeux de transition énergétique et écologique.
Derrière la disparition annoncée des réseaux 2G et 3G, c’est aussi tout un écosystème d’équipements et de services directement rendus aux citoyens qui se trouve impacté. Ces technologies, historiquement fiables, étaient largement utilisées pour des usages critiques : téléassistance pour personnes âgées, téléalarmes dans les ascenseurs, bornes d’appel d’urgence, systèmes d’alarme et de télésurveillance.
Des réseaux qui s’éteignent : quelles alternatives technologiques pour assurer la continuité des usages ?
L’extinction de la 2G et de la 3G ne signe pas la fin de la connectivité mais d’un renouveau. Elle permet de laisser place à une nouvelle génération de technologies plus performantes, plus sobres et mieux adaptées à la diversité des besoins territoriaux.
Les réseaux bas débit offrent une alternative idéale pour les équipements de pilotage public, notamment pour les capteurs, les compteurs, les systèmes de télégestion, …
Sigfox : l’ultra-sobriété énergétique au service des capteurs simples
- Fréquences : Bandes libres (868MHz)
- Débit maximal (ordre de grandeur) : ~0,1 kbps
- Portée : ++++
- Sobriété énergétique : ++++
- Caractéristiques principales : Coût et consommation extrêmement faibles mais technologie propriétaire et capacité limitée à des usages simples
- Cas d’usage pour les territoires : Télérelève, surveillance d’équipements, gestion et sécurité des bâtiments, …
LoRa (Long Range) : la connectivité locale et maîtrisée
- Fréquences : Bandes libres (868MHz)
- Débit maximal (ordre de grandeur) : ~0,3-5 kbps (dans les usages standard) — jusqu’à ~50 kbps dans des configurations optimisées
- Portée : +++
- Sobriété énergétique : +++
- Caractéristiques principales: Déployable soit par un opérateur, soit directement par une collectivité sur son propre territoire, offrant ainsi une maîtrise locale des données et de l’infrastructure. Les réseaux LoRa sont particulièrement adaptés aux projets de “territoires intelligents et connectés”.
- Cas d’usage pour les territoires : Supervision des réseaux d’eau et d’assainissement, Gestion Technique des Bâtiments, Supervision de l’éclairage public, Gestion des déchets, …
NB-IoT (Narrowband Internet of Things) : la connectivité pérenne et opérateur-assurée
- Fréquences : Bandes licenciées (extensions LTE 800/1800 MHz et 200 kHz)
- Débit maximal (ordre de grandeur) : ~100 kbps
- Portée : ++
- Sobriété énergétique : ++
- Caractéristiques principales : Dérivée de la 4G, le NB-IoT s’appuie sur une infrastructure réseau existante, fiable et sécurisée mais implique pour les collectivités une dépendance directe à la couverture et aux services des opérateurs télécoms.
- Cas d’usage pour les territoires : Télémétrie, alarmes incendie, surveillance d’équipements, gestion et sécurité des bâtiments, …
LTE-M (Long Term Evolution for Machines) : mobilité, voix et connectivité renforcée pour objets connectés
- Fréquences : Bandes licenciées (LTE 800/1800MHz)
- Débit maximal (ordre de grandeur) : ~1000 kbps
- Portée : +
- Sobriété énergétique : +
- Caractéristiques principales : Technologie dérivée de la 4G, adaptée aux objets mobiles ou nécessitant voix et données, en s’appuyant sur les réseaux opérateurs.
- Cas d’usage pour les territoires : Téléassistance pour personnes âgées, systèmes de télésurveillance ou de sécurité, bornes d’appel d’urgence géolocalisées, …
4G et 5G : les réseaux haut débit pour la modernisation et la performance des usages territoriaux
Les réseaux 4G et 5G assurent les usages grand public et professionnels (data intensive, vidéo, voix, temps réel, …). Ils permettent également d’ouvrir la voie à des services innovants, à fortes exigences techniques : supervision en temps réel, gestion des mobilités, maintenance connectée, utilisation de l’IA, …
4G (Long Term Evolution) : la colonne vertébrale de la connectivité mobile
- Fréquences : Bandes licenciées (700 MHz, 800 MHz, 1800 MHz, 2100 MHz, 2600 MHz)
- Débit maximal (ordre de grandeur) : ~1 Gbps
- Latence : De l’ordre de 20-50 ms selon l’environnement et la densité réseau
- Sécurité : Sécurité améliorée par rapport aux anciennes générations
- Caractéristiques principales : Technologie mobile de référence, la 4G offre un haut débit stable, une faible latence et permet une grande variété d’usages.
- Cas d’usage pour les territoires : Vidéosurveillance, bâtiments publics connectés, supervision des mobilités et des transports publics, …
5G (Fifth Generation) : la performance et l’efficacité énergétique
- Fréquences : Bandes licenciées (700 MHz, 3,5 GHz, et 26 GHz pour les usages industriels spécifiques)
- Débit maximal (ordre de grandeur) : Jusqu’à 20 Gbps en théorie (1-2 Gbps en pratique)
- Latence : Inférieure à 10 ms, pouvant descendre à ~1 ms dans des environnements dédiés
- Sécurité : Sécurité renforcée avec des fonctionnalités avancées
- Caractéristiques principales : Évolution majeure du réseau mobile, la 5G permet une réduction drastique de la latence, une meilleure efficacité énergétique et la connexion simultanée de millions d’objets. Elle favorise ainsi le développement de cas d’usage exigeants et temps réel.
- Cas d’usage pour les territoires : Vidéosurveillance avancée, téléassistance vidéo, réalité augmentée (tourisme et musée), hôpitaux et services d’urgence connectés, infrastructures critiques nécessitant un pilotage temps réel, projets IoT massifs et/ou critiques
Rebondir : Comment transformer l’extinction des réseaux en levier de modernisation territoriale ?
La disparition des réseaux 2G et 3G peut être transformée en une véritable opportunité pour les collectivités. Au-delà d’un simple remplacement d’équipements, cela peut leur permettre de repenser leur gouvernance numérique territoriale dans le but de bâtir des projets numériques plus efficaces, plus fiables et plus durables.
Pour réussir cette transformation, la première étape consiste à réaliser un audit pluridisciplinaire, impliquant les divers acteurs et compétences du territoire. Cet état des lieux doit permettre à la collectivité de recenser les équipements dépendants des anciens réseaux, d’évaluer les risques de rupture de service et de hiérarchiser les priorités de migration selon la criticité des usages.
Le défi financier est aussi de taille : d’après le rapport de l’Assemblée nationale (source : rapport d’information n° 936, « Bilan et perspectives du « New Deal » mobile » déposé le 12 février 2025 (lien externe, nouvelle fenêtre)), le coût national de la migration est estimé à 685 millions d’euros. La mutualisation des achats et des compétences au sein de syndicats mixtes ou des intercommunalités s’impose donc comme un levier indispensable pour maîtriser les coûts et optimiser l’investissement public.
Enfin, cette transition représente une véritable opportunité d’innovation pour replacer la donnée au cœur des décisions territoriales et renforcer la souveraineté numérique des collectivités. Elle offre les moyens d’un pilotage plus stratégique et plus éclairé des politiques publiques.
Pour sécuriser et fiabiliser leur démarche, les territoires peuvent avoir recours à un assistant à maîtrise d’ouvrage (AMO). Ce dernier pourra les accompagner dans la cohérence des choix techniques, la maîtrise du budget, la montée en compétences des équipes locales, la conformité juridique et contractuelle, la durabilité du projet,…
Vers un territoire connecté cohérent
Anticiper, mutualiser, innover : voilà les maîtres-mots pour transformer l’arrêt de la 2G/3G en véritable levier de développement pour les territoires. Dès aujourd’hui, les collectivités peuvent prendre leur destin en main en intégrant les facteurs clés de réussite à leur transition technologique : identifier et hiérarchiser les besoins, réaliser des audits techniques, mobiliser et sensibiliser les acteurs locaux, mutualiser les moyens et planifier une migration progressive et concertée.