Le Village Connecté de Saint-Benoît (974) : un tiers-lieu innovant pour réduire la fracture numérique à La Réunion
Inauguré en 2022, le Village Connecté rassemble maison des services numériques, campus connecté, espace de coworking et maison de l’entrepreneuriat, pour stimuler l’innovation locale et l’autonomie professionnelle et citoyenne. C’est un espace pensé comme une réponse concrète aux inégalités d’accès aux outils numériques, aux formations et à l’emploi.
C’est un lieu pensé pour accompagner les parcours de vie des habitants tout en stimulant l’innovation locale.
En quoi consiste concrètement votre projet et quels en sont les principaux objectifs ?
Le Village connecté de Saint-Benoît est un tiers-lieu innovant et inclusif, pensé pour l’insertion numérique, la formation et l’entrepreneuriat. Ouvert à tous, cet espace accompagne les parcours de vie des habitants tout en stimulant l’innovation locale.
Il réunit une Maison des services numériques, un espace de formation qui accueille notamment un Campus connecté et le Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), ainsi que plusieurs organismes spécialisés dans les nouvelles technologies. Un centre d’examens délocalisé permet aux habitants de passer leurs épreuves sans quitter Saint-Benoît, tout en restant inscrits dans plus de neuf universités nationales.
Le lieu comprend aussi une Maison de l’entrepreneuriat citoyen, portée par le dispositif CAP Business Plan, et un espace de coworking où interviennent régulièrement des partenaires comme la Caisse d’allocations familiales (CAF).
Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
Les origines du projet remontent à avant notre mandature. Le Village connecté de Saint-Benoît n’est pas né d’un simple effet de mode, mais bien de constats précis établis sur notre territoire. Le diagnostic montrait en effet un taux très élevé d’illectronisme : un Réunionnais sur quatre n’a jamais été connecté. À cela s’ajoutaient d’autres fragilités structurelles, comme l’éloignement géographique des grands centres universitaires, le manque d’offres de formation post-bac disponibles sur place, une couverture Internet encore inégale et, bien sûr, des fragilités sociales. Tout cela pesait sur les parcours de vie des habitants, limitait leurs possibilités de formation ou d’emploi, et accentuait un sentiment d’isolement.
Dès le début de notre mandat en 2020, nous avons choisi d’inscrire ce projet au programme municipal. Il fallait créer un lieu qui regroupe au même endroit des services numériques, des espaces de formation et un accompagnement à l’entrepreneuriat. Le Village connecté est ainsi devenu la traduction concrète d’une volonté politique : réduire la fracture numérique, rapprocher l’enseignement supérieur des habitants, et donner à chacun les moyens de s’insérer professionnellement et citoyennement.
Quelles sont les sources d'inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Plusieurs lieux métropolitains déjà labellisés “Fabrique numérique de territoire” ont servi d’exemples. Ces initiatives, soutenues au niveau national, montrent qu’un tiers-lieu peut être bien plus qu’un simple espace : il peut devenir un véritable outil d’inclusion numérique, d’accompagnement social et de développement économique local. Nous nous sommes également inspirés du dispositif national des Campus connectés, qui favorise l’accès aux études supérieures depuis des villes éloignées des grands centres universitaires. Cela répondait parfaitement à la situation de Saint-Benoît, confrontée à l’éloignement géographique et au manque d’offres de formation post-bac.
Enfin, nous avons observé et écouté les pratiques de nos partenaires locaux. Certaines associations et institutions avaient déjà mené des actions en faveur de l’accompagnement numérique ou de l’entrepreneuriat. Leur expérience nous a aidés à mieux comprendre les besoins concrets de la population et à adapter notre projet. Même si je n’ai pas en tête un lieu précis qui nous aurait directement inspirés, ce croisement d’expériences – entre exemples nationaux et pratiques locales – nous a permis d’imaginer un Village connecté adapté à la réalité réunionnaise.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?
La mise en œuvre du Village connecté a nécessité de mobiliser de nombreuses compétences, à la fois techniques et humaines. C’est un projet transversal, qui touche autant au numérique qu’à l’éducation, à l’urbanisme, à l’insertion et à l’accompagnement social. Concrètement, il a fallu des compétences solides en ingénierie de projet pour piloter et coordonner l’ensemble, mais aussi des savoir-faire liés à l’aménagement des espaces, à l’équipement numérique et à l’animation de la vie du lieu.
Du côté des ressources humaines, nous avons investi fortement dans la formation de nos équipes. Plusieurs agents municipaux ont suivi des formations spécifiques à l’accompagnement numérique, notamment dans le cadre du dispositif des Conseillers numériques, opéré par la Banque des Territoires France Services. Ces conseillers jouent un rôle clé dans l’accueil, l’écoute et l’accompagnement des usagers confrontés à l’illectronisme. Nous avons également mobilisé des ambassadeurs du numérique, des animateurs et des tuteurs pédagogiques capables de guider les étudiants dans leurs parcours.
Quelles ont été les phases préparatoires du projet ?
Plusieurs étapes préparatoires ont été nécessaires pour transformer l’idée en un lieu opérationnel. La collectivité a d’abord mené un travail d’écoute et d’échanges avec les acteurs locaux : associations, établissements scolaires, structures de formation, partenaires de l’emploi et de l’insertion. Ces rencontres ont permis d’affiner les besoins et de construire un projet réellement ancré dans la réalité du territoire.
En parallèle, un important travail logistique s’est engagé autour de la recherche des locaux. Il ne s’agissait pas seulement de trouver un bâtiment disponible, mais de concevoir un espace capable d’évoluer, accueillant des services variés et modulables : formation, accompagnement à l’entrepreneuriat, coworking, accueil de partenaires. L’aménagement a donc été pensé en tenant compte de la diversité des publics et des usages.
Enfin, une phase de planification a permis d’organiser le déploiement des services. La collectivité a défini les partenariats prioritaires, fixé les étapes de mise en place et établi les ressources humaines nécessaires. Chaque brique – formation, inclusion numérique, entrepreneuriat – a été ajoutée progressivement pour assurer une montée en puissance maîtrisée.
Ces préparatifs ont posé des bases solides, permettant au Village connecté de démarrer dans de bonnes conditions et d’être pensé dès l’origine comme un projet évolutif.
Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Le dimensionnement du Village connecté n’a pas été fixé d’emblée de manière définitive. Nous avons choisi une approche progressive, adaptée à l’évolution du projet et à la réalité du terrain. Concrètement, tout est parti d’une analyse fine des besoins exprimés lors du diagnostic et de la concertation avec les acteurs locaux. Plutôt que de construire un lieu trop grand ou trop restreint, nous avons préféré commencer par un espace modulable, qui pouvait évoluer au fil du temps.
Ce choix a permis d’expérimenter et de tester les services auprès des habitants, avant d’en élargir l’offre. Dès les premières années, nous avons mis en place des indicateurs précis : taux de fréquentation, profils des usagers, résultats des étudiants inscrits au Campus connecté, satisfaction des habitants. Ces données ont servi de boussole pour ajuster la taille des espaces et l’éventail des activités proposées.
Ainsi, chaque nouvelle étape – extension des services, ouverture d’un centre d’examens, mise en place de l’espace de coworking – a été pensée comme une réponse concrète à un besoin mesuré. Cette logique d’adaptation continue nous a permis de sécuriser le dimensionnement du projet, tout en conservant une marge d’évolution pour les années à venir.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
Le financement du Village connecté repose sur un montage partenarial combinant ressources locales et dispositifs nationaux. La commune a d’abord mobilisé son propre budget, en mettant à disposition les locaux et les moyens humains nécessaires au fonctionnement du lieu. Cet investissement municipal a constitué le socle du projet, indispensable pour engager ensuite d’autres partenaires.
En parallèle, nous avons bénéficié de soutiens extérieurs à travers différents dispositifs. La dotation Politique de la ville a permis de financer une partie des actions liées à l’insertion et à l’accompagnement des publics fragiles. Nous avons également répondu à un appel à manifestation d’intérêt (AMI) lancé par l’État, qui nous a permis d’obtenir le label « Fabrique numérique de territoire » et un financement associé. Du côté de l’enseignement supérieur, le dispositif national « Campus connecté », opéré par la Banque des Territoires, a apporté un appui essentiel, aussi bien en termes de reconnaissance qu’en termes de moyens.
Ce montage financier n’a pas vocation à être figé. Au contraire, il repose sur une logique de partenariats pérennes et évolutifs. Chaque nouvelle brique du projet – qu’il s’agisse d’un espace supplémentaire ou d’un nouveau service – s’appuie sur un équilibre entre l’engagement de la collectivité et l’apport de dispositifs nationaux ou régionaux adaptés.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation?
Le Village connecté de Saint-Benoît a été construit en partenariat avec l’Université de La Réunion, le rectorat et le Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) pour la partie formation. Des organismes d’insertion et le dispositif CAP Business Plan ont apporté leur expertise sur l’accompagnement vers l’emploi et l’entrepreneuriat.
Le projet s’est également appuyé sur le tissu associatif local, actif dans le champ social et culturel, ainsi que sur des partenaires institutionnels comme la Caisse d’allocations familiales (CAF), la Délégation interministérielle à l’égalité (DIE) et l’Ordre des experts-comptables.
Quelle adhésion citoyenne le projet a-t-il suscitée ?
Dès les premières étapes, le projet a suscité une forte adhésion citoyenne. Le diagnostic réalisé en amont avait déjà révélé une attente importante des habitants en matière d’inclusion numérique, d’accès à la formation et de soutien à l’insertion. Lorsque le Village connecté a ouvert ses portes, cette attente s’est confirmée par une fréquentation soutenue et des retours très positifs.
Les habitants y ont vu un lieu de proximité, ouvert à tous, qui répond concrètement à leurs besoins quotidiens : se former, entreprendre, accéder à des services, ou simplement mieux comprendre et utiliser les outils numériques. Cette appropriation rapide a été renforcée par la diversité des publics accueillis, allant des étudiants aux demandeurs d’emploi, en passant par des familles et des associations locales.
Aujourd’hui, l’adhésion citoyenne se mesure à travers des chiffres solides : plus de 13 000 passages enregistrés depuis l’ouverture et près de 3 800 usagers réguliers.
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
À un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire, je donnerais plusieurs conseils. Le premier est de s’ancrer dans les besoins locaux. Un projet de tiers-lieu ne peut pas être plaqué depuis l’extérieur : il doit partir des réalités du territoire, de ses fragilités comme de ses atouts, pour répondre à des attentes concrètes.
Le deuxième conseil est de créer des partenariats variés et solides. La réussite du Village connecté repose sur un écosystème diversifié, associant institutions, monde éducatif, acteurs économiques et associations locales. Ces partenariats doivent être pensés dans la durée, pour garantir la pérennité du projet.
Ensuite, il est important de saisir les opportunités nationales et régionales, qu’il s’agisse de financements, de labels ou de dispositifs existants comme les Campus connectés.
Enfin, je recommanderais d’intégrer une évaluation continue : enquêtes de satisfaction, indicateurs de fréquentation, taux de réussite… Ces outils permettent d’ajuster le projet en permanence et de l’adapter aux évolutions technologiques et sociales.