CITOYENS ET SOLIDARITé

Vierzon-Sologne-Berry (18) : un campus connecté pour rapprocher l’université du territoire

Niveau d'expertise : intermédiaire

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La Communauté de communes Vierzon-Sologne-Berry a inauguré le campus numérique B3, installé dans l’ancienne usine réhabilitée de la Société Française de Vierzon. Ce lieu rassemble l’école de développeurs Algosup, une antenne du Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), des incubateurs comme Le Village by Crédit Agricole et le Campus connecté. Au cœur de cet écosystème, le Campus connecté, cofinancé par la Banque des Territoires et le Programme d’investissements d’avenir (PIA), permet aux habitants de suivre un cursus universitaire à distance avec un accompagnement de proximité. Labellisé par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, il soutient l’inclusion numérique et la revitalisation du centre-ville.

 

Dans beaucoup de territoires, l’accès à la formation reste limité. Ce n’est pas une question de choix, ni de diplôme : c’est parfois simplement une question d’offre.

Séverine Cambier 

En quoi consiste concrètement votre projet et quels en sont les principaux objectifs ?

Le Campus connecté de Vierzon fait partie d’un dispositif national qui permet aux étudiants de suivre des études supérieures à distance, tout en bénéficiant d’un accompagnement de proximité. C’est une solution pensée pour les jeunes bacheliers, mais aussi pour les personnes en reprise d’études ou en reconversion, qui rencontrent des difficultés de mobilité, de logement ou de financement lorsqu’il s’agit d’aller étudier dans une grande ville.

L’idée est d’offrir une alternative locale à celles et ceux qui n’ont pas la possibilité de quitter le territoire, tout en leur garantissant les mêmes chances de réussite. Le Campus connecté est installé au sein du campus numérique de Vierzon, avec des espaces de travail adaptés, du matériel informatique, et surtout un accompagnement pédagogique régulier. Les étudiants restent inscrits dans leur université d’origine — Bordeaux, Lyon, Grenoble, Rouen, Clermont-Ferrand ou Toulouse — tout en suivant leurs cours depuis Vierzon.

L’ensemble du service proposé — accompagnement, matériel, accès aux locaux — est entièrement gratuit pour les étudiants, dans une logique de service public et d’égalité d’accès à la formation.

L’objectif, c’est de démocratiser l’accès à l’enseignement supérieur et de renforcer l’égalité des chances. Le dispositif vient compléter l’offre de formation existante et joue un rôle important en matière d’inclusion, d’insertion professionnelle et de développement local. Il permet aussi de mieux valoriser les talents du territoire et de créer des liens concrets entre les acteurs de l’éducation, de l’emploi et les entreprises du bassin Vierzon-Sologne-Berry.

Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?

Le sujet ne s’est pas imposé comme une obligation, mais vraiment comme une opportunité. Depuis plusieurs années, la Communauté de communes Vierzon-Sologne-Berry et la Ville de Vierzon cherchaient à renforcer l’offre de formation supérieure sur le territoire. Quand l’appel à projets national des Campus connectés a été lancé en 2020, on s’est tout de suite dit que ça correspondait à un besoin local. On a eu un mois et demi, deux mois maximum pour constituer le dossier.

On avait déjà une première expérience avec le dispositif Le Cnam au cœur des territoires, ce qui nous a donné une base solide. Et puis il y a eu l’appel du rectorat d’Orléans-Tours, en pleine crise sanitaire : il fallait permettre à un maximum d’habitants de continuer à se former malgré les restrictions. Ça a créé un vrai élan collectif.

On a alors réuni tous les partenaires du territoire : le Cnam, le NPRU, Action Cœur de Ville, les services communautaires… L’idée était de déposer un dossier complet et cohérent le plus rapidement possible.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Le dispositif des Campus connectés étant national, on a pu s’appuyer assez tôt sur l’expérience des premiers campus labellisés. Dès la phase de candidature, on a pris contact avec plusieurs territoires déjà engagés, notamment en Occitanie, pour comprendre leur fonctionnement, ce qui marchait bien et les difficultés qu’ils avaient rencontrées. Ces retours nous ont permis d’ajuster notre démarche et d’adapter le modèle aux réalités du territoire vierzonnais. On peut s’inspirer de bonnes pratiques, mais il faut vraiment que le dispositif colle au terrain.

On s’est aussi appuyés sur l’expertise du rectorat et de la Banque des Territoires, qui ont joué un rôle important dans la conception du dossier. Leur accompagnement a permis d’ancrer le projet dans une logique cohérente avec les besoins du bassin de vie. Le Cnam, déjà présent localement grâce au programme Le Cnam au cœur des territoires, s’est naturellement associé au projet en tant qu’acteur de proximité.

Après l’ouverture, on a continué à échanger avec d’autres Campus connectés, comme celui de Nevers, qui nous a partagé son organisation et ses outils. Aujourd’hui, il existe une vraie dynamique d’échanges entre coordinateurs, soutenue d’abord par la Banque des Territoires puis via la plateforme Resana.

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?

La première compétence, avant même de rédiger le dossier, c’est la capacité à fédérer les partenaires locaux. Un Campus connecté ne peut pas être porté hors-sol : il faut vérifier très tôt, avec les acteurs du territoire, que le dispositif répond vraiment à des besoins identifiés. Cela implique d’associer dès le départ la communauté éducative, les universités, mais aussi les acteurs de l’emploi, de la jeunesse et de l’insertion.

Sur le plan technique et organisationnel, il faut mobiliser des compétences transversales : ingénierie de projet, coordination partenariale, montage administratif et budgétaire, animation territoriale… Mais la dimension humaine reste centrale. Il faut savoir écouter, créer du lien et comprendre les besoins réels de la population.

La partie rédactionnelle est également importante. Le dossier de candidature demande une argumentation solide, structurée, et basée sur des données territoriales fiables. Il est essentiel aussi de pouvoir s’appuyer sur les bons relais — rectorat, Banque des Territoires, Cnam ou autres partenaires nationaux — pour bénéficier de conseils et d’un regard extérieur lors de la construction du projet.

Quelles furent les phases préparatoires du projet ? Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ?

Le projet s’est construit dans un contexte très particulier, celui du printemps 2020, en pleine crise sanitaire. Quand nous avons été informés par le rectorat du lancement de l’appel à projets national « Campus connectés », il a fallu réagir très vite. Nous avions six semaines pour déposer un dossier complet.

Dès le départ, nous avons choisi une logique de co-construction. Nous avons réuni la Ville de Vierzon, Action Cœur de Ville, le service NPRU, le Cnam déjà implanté localement, la direction régionale du Cnam et le rectorat. Ce comité de travail a permis de bâtir une candidature cohérente, en lien avec les besoins identifiés sur le territoire et avec les possibilités offertes par la formation à distance.

Nous n’avons pas mené d’étude formelle type enquête publique, mais la démarche s’est appuyée sur une connaissance du territoire et sur des échanges réguliers avec les acteurs locaux.

Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

Nous avons calibré le dispositif en fonction des réalités socio-économiques du bassin de vie, marqué à la fois par des enjeux d’insertion professionnelle et par des besoins éducatifs importants. Cela nous a conduits à choisir un format à taille humaine, qui permette un accompagnement individualisé et de proximité. Les résultats confirment ce choix : 92 étudiants accueillis en cinq ans, une croissance régulière de 15 à 17 % par an et un taux de réussite global de 80 %, avec une réussite pleine pour les reprises d’études.

Les profils accueillis illustrent bien ce positionnement : une moyenne d’âge d’environ 24 ans, des jeunes isolés, des parents solos, une maman de six enfants en BTS, ou encore un retraité qui a repris une licence de mathématiques. Pour accompagner cette diversité, nous avons constitué une équipe adaptée, avec un coordinateur dédié, des tuteurs de proximité, des promotions de taille raisonnable et des outils numériques inclusifs.

Ce dimensionnement progressif a permis de maintenir une qualité d’accompagnement élevée, tout en laissant au dispositif la souplesse nécessaire pour évoluer en fonction des besoins du territoire.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?

Le Campus connecté de Vierzon a été financé grâce à une combinaison d’aides nationales et d’engagements locaux.

Une partie importante du budget provient de l'appel à projets "Campus connectés" dans le cadre du programme France 2030 du SGPI et opéré par la Banque des Territoires. Une convention a été signée le 11 décembre 2020 pour un montant total de 300 000 € sur cinq ans, soit 60 000 € par an. Dans cette enveloppe annuelle, 10 000 € sont spécifiquement dédiés au Cnam, notre université de proximité, pour organiser des ateliers et des modules transversaux. Les 50 000 € restants couvrent les frais de fonctionnement : salaires, gestion, location et aménagement des locaux, matériel informatique, etc.

La Communauté de communes Vierzon-Sologne-Berry finance 40 % de ce montant chaque année, ce qui traduit un engagement durable de la collectivité dans le dispositif.

À cela s’ajoutent plusieurs aides individuelles mobilisées pour les apprenants : bourses du Crous, aides de France Travail, accompagnement de la Mission locale, ainsi qu’un mécénat privé destiné à soutenir des étudiants en situation de précarité.

L’installation du Campus connecté dans le bâtiment B3 du campus numérique — un espace de 177 m² — a représenté un investissement de 480 000 € en travaux. Ce chantier a été cofinancé à 60,5 % par l’État, la Région Centre-Val de Loire et le Département du Cher. Le reste à charge pour la collectivité est d’environ 138 000 €.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Le projet du Campus connecté de Vierzon repose vraiment sur une démarche partenariale.

Dès la préparation du dossier, nous avons travaillé en étroite collaboration avec la Ville de Vierzon, le rectorat d’Orléans-Tours, la Banque des Territoires, le Cnam et la préfecture du Cher. La Région Centre-Val de Loire et le Département du Cher ont également joué un rôle important, notamment pour le financement et l’équipement des locaux. Cette coopération interinstitutionnelle a permis de construire un dispositif cohérent, solide et adapté au territoire.

Nous avons aussi pu nous appuyer sur l’écosystème local du numérique et de la formation, en lien avec le campus numérique de Vierzon, ce qui a facilité l’intégration d’outils pédagogiques et numériques adaptés aux besoins des apprenants.

Et comment les habitants ont-ils accueilli ce projet ?

L’adhésion citoyenne a été très forte. En cinq ans, 92 étudiants ont été accompagnés, et la sixième rentrée compte déjà 27 inscrits, ce qui représente une croissance annuelle moyenne de 15 à 17 %. Le taux de réussite atteint 80 %, avec 100 % de réussite chez les personnes en reprise d’études, ce qui montre l’efficacité du modèle.

Le Campus connecté attire des profils très variés : jeunes bacheliers, parents isolés, actifs en reconversion, demandeurs d’emploi, retraités… Les âges vont de 17 à 65 ans. Cette mixité sociale et générationnelle est l’une des forces du dispositif et montre bien que le besoin était réel. Pour beaucoup, il offre une nouvelle chance, une nouvelle perspective.

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

Le premier conseil : allez-y, si cela répond vraiment à un besoin du territoire. Un Campus connecté fonctionne quand il vient combler un manque, quand il offre une solution concrète à des personnes qui, sans ce dispositif, n’auraient peut-être jamais poursuivi d’études supérieures. C’est avant tout une politique publique utile, qui redonne de la confiance et des perspectives.

Un élu qui veut se lancer doit aussi s’entourer d’équipes solides. Au-delà de l’impulsion politique, ce sont les équipes techniques, pédagogiques et de coordination qui vont porter le projet au quotidien, accueillir les étudiants, créer du lien, suivre les parcours, accompagner la réussite. Sans cette stabilité, le dispositif ne peut pas tenir dans la durée.

Il faut également penser à la pérennité dès le départ. C’est pour cela qu’on a déménagé en 2023 dans le campus numérique B3. Le choix du lieu, des moyens humains, du financement et des partenariats doit être pensé à long terme.

Enfin, il est essentiel de fédérer les partenaires locaux en amont : les universités, la communauté éducative, les acteurs de l’emploi, de la jeunesse et de l’insertion. Un Campus connecté n’est pas une structure isolée : c’est un projet partagé, construit avec tout un écosystème.

Le projet en détails

Dates clés

  1. Juin 2020

    Dépôt du dossier de candidature et audition devant le jury national du dispositif Campus connecté

  2. 11 décembre 2020

    Signature de la convention de financement avec la Banque des Territoires

  3. Rentrée 2020-2021

    Accueil de la première promotion d’étudiants

  4. Année 2024-2025

    Sixième rentrée, marquée par une croissance continue

Chiffres clés

  • 92

    étudiants accompagnés depuis la création du Campus connecté en 2020

  • 80

    % de taux de réussite et 100 % pour les reprises d’études

  • 480 000

    € d'investissement pour l’intégration du Campus connecté au sein du campus numérique B3

À retenir

  • De nombreux habitants, freinés par le coût, la mobilité ou les responsabilités familiales, n’auraient pas poursuivi d’études sans le campus. Tous confirment que 100 % des étudiants actuels n’auraient pas continué leur formation sans cette solution.

  • Le campus dépasse chaque année les objectifs fixés (27 étudiants pour 20 attendus). Le taux de réussite progresse de 70 % à 80 % en cinq ans, avec 100 % pour les reprises d’études, ce qui confirme la pertinence du suivi proposé.

  • Le PIA finance 300 000 € sur cinq ans, mais 40 % du fonctionnement reste à la charge de la communauté de communes, qui a aussi financé l’investissement immobilier malgré des cofinancements. Tous les territoires ne pourraient pas suivre.

Ressources

  • Un "campus connecté" à la rentrée à Vierzon pour permettre de suivre des études supérieures à distance

    Le Berry Républicain

    Je découvre
  • Banque des Territoires

  • Région Centre-Val de Loire

  • Département du Cher

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