CITOYENS ET SOLIDARITé

Le Département de l’Essonne (91) protège ses collégiens face aux risques du numérique avec le dispositif Internet sans crainte

Niveau d'expertise : intermédiaire

Cet article a été rédigé par

Le Département de l’Essonne a déployé le dispositif « Internet sans crainte » afin de renforcer la prévention des risques numériques auprès des collégiens. Accessible via l’ENT, l’outil a été intégré à l’environnement numérique existant et ouvert à l’ensemble de la communauté éducative : élèves, parents, enseignants et équipes de direction. Le projet s’est appuyé sur un accompagnement technique du prestataire, des actions de sensibilisation via des webinaires et l’implication des établissements comme relais de terrain. Cette réalisation s’inscrit dans une démarche globale de sécurisation des usages numériques et de protection des jeunes.

Le numérique doit, dans un établissement scolaire, être un levier d’apprentissage et surtout pas un danger.

Jérôme Bérenger

En quoi consiste concrètement votre projet et quels en sont les principaux objectifs ?

L’Essonne est le premier département à avoir choisi de déployer, depuis cette année, le dispositif « Internet Sans Crainte » dans l’ensemble de ses collèges. Il s’agit d’un outil pédagogique soutenu par la Commission européenne dans le cadre du programme Safer Internet. Les ressources pédagogiques proposées sont destinées à l’ensemble de la communauté éducative : élèves, parents, enseignants et équipes de direction. L’objectif est de sensibiliser aux risques du numérique, de responsabiliser les usages et de fournir des clés pour naviguer sur Internet et les réseaux sociaux en toute sécurité.

Le dispositif prend la forme d’une plateforme numérique éducative intégrée à l’environnement numérique de travail (ENT), qui présente des parcours adaptés à chaque public. C’est un complément aux outils de sécurisation existants sur les ordinateurs mis à disposition par le Département, qui permet d’agir aussi sur les usages hors établissement.

Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ? (Irritants, problématique, besoin, nouvelle obligation légale…)

Nous assistons à une augmentation continue du nombre d’outils numériques dans les établissements : ordinateurs fournis par le Département, ENT, ressources pédagogiques dématérialisées. En parallèle, l’usage massif des smartphones par les élèves dans leur vie quotidienne change la donne.

Dans ce contexte, nous observons de plus en plus de phénomènes de violence liés au numérique : des vidéos relayées entre élèves, des situations de cyberharcèlement, des difficultés croissantes autour des usages des réseaux sociaux. Ce sont des risques qui gravitent aujourd’hui autour des élèves du fait de ces outils numériques, et dont ils n’ont pas toujours conscience. Nous avons également constaté que les parents peuvent se trouver démunis face à ces problématiques. Bien souvent, le téléphone est mis à disposition de l’enfant pour des raisons de sécurité, pour pouvoir le joindre à tout moment et se rassurer. Mais, se faisant, l’élève a accès à un environnement numérique très large, avec des contenus et des usages qui comportent aussi de nombreux risques.

En tant que Département, nous sommes compétents en matière de collèges et nous agissons sur la tranche d’âge des classes de sixième aux classes de troisième. À ce titre, il nous semblait nécessaire de prendre notre part de responsabilité, même si tous les usages ne relèvent pas directement du cadre scolaire. Le numérique est indispensable aujourd’hui, mais il ne doit jamais devenir un facteur de danger pour les élèves.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ? (Actions d’autres collectivités, livres blancs, séminaires…)

Dans ce cas précis, nous avons été informés de l’existence de ce dispositif lors d’une présentation. Un représentant est venu nous en parler, nous expliquer son fonctionnement et ses objectifs. Il s’agit d’un dispositif soutenu par l’Europe, ce qui a également été un élément rassurant dans notre décision. Nous avons trouvé la démarche intéressante, notamment par son approche pédagogique et en raison du public très large visé (parents - personnels - élèves - enseignants).

À la suite de cette présentation, nous avons fait le choix de souscrire un contrat. Il s’agit d’une prestation payante pour la collectivité. Grâce à ce financement, nous avons pu ouvrir un droit d’accès à l’ensemble des familles, des enseignants, des équipes de direction et des élèves. L’objectif était vraiment de toucher tous les acteurs qui gravitent autour de l’élève.

L’avantage de ce dispositif est son accessibilité, directement via l’environnement numérique de travail (ENT). L’ENT est l’outil utilisé au quotidien par les élèves pour le suivi de leur scolarité : devoirs, évaluations, vie scolaire. Tous les élèves, les parents et les professeurs disposent aujourd’hui d’un compte ENT.

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?

Il n’y a pas, à proprement parler, de compétences techniques lourdes à maîtriser au préalable. En revanche, il est essentiel de bien comprendre le fonctionnement de l’outil, son positionnement pédagogique et surtout de mesurer l’importance de la mobilisation des équipes éducatives.

Une fois la prestation acquise, la société qui développe le dispositif a accompagné les équipes ressources du Département, notamment celles qui traitent la partie numérique.

Le développement s’organise dans le temps : après l’ouverture de l’accès, il faut sensibiliser l’ensemble des acteurs concernés. Pour cela, nous nous appuyons beaucoup sur les équipes de direction des collèges et sur les enseignants, qui sont en première ligne au quotidien face aux élèves. Ce sont eux les principaux relais du dispositif. Ce sont eux qui peuvent en parler en classe, inciter les élèves à s’y connecter et leur expliquer l’intérêt de l’outil.

Nous avons commencé par toucher les enseignants, via des webinaires que nous avons organisés pour les sensibiliser à l’existence de l’outil et à ses usages. Ce n’est qu’après ce travail préalable auprès des adultes que nous avons ouvert la plateforme, début novembre, aux parents et aux élèves.

Quelles furent les phases préparatoires du projet ? Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir son impact ? (Enquêtes publics…)

Nous étions déjà, en amont du projet, fortement mobilisés sur les questions de sécurité numérique, notamment parce que le Département équipe chaque élève de sixième d’un ordinateur portable en début d’année scolaire. Ce déploiement implique un travail important en matière de sécurisation des usages. Les PC sont ainsi équipés de dispositifs de filtrage, de comptes juniors, de paramétrages anti-contenus illicites, et toute la maintenance ainsi que la sécurité sont pilotées par les services informatiques du Département.

Nous avions donc déjà conscience des enjeux liés au numérique avant la mise en place d’« Internet sans crainte », et nous disposions déjà d’équipes formées à ces sujets. En revanche, cette sécurisation portait essentiellement sur les outils que nous maîtrisons directement, c’est-à-dire les ordinateurs fournis par la collectivité et les usages au sein de l’établissement scolaire.

L’étape supplémentaire a consisté à réfléchir aux usages que nous ne contrôlons pas directement, c’est-à-dire ceux réalisés à la maison sur les ordinateurs familiaux et surtout sur les smartphones. C’est à ce moment-là que s’est posé le besoin de proposer un dispositif complémentaire, qui ne soit pas uniquement technique, mais aussi éducatif et pédagogique, et qui implique les élèves, les parents et les enseignants.

Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

Le dispositif repose sur une logique élémentaire : un compte par élève et un compte par parent. Dès le départ, nous avons raisonné à l’échelle de l’ensemble des collèges du Département, puisque l’objectif était de proposer l’outil à tous les collégiens, sans expérimentation limitée à quelques établissements.

Le Département compte environ 75 000 collégiens, ainsi que l’ensemble des enseignants, des équipes de direction et des personnels. Le projet a donc été directement pensé pour ce volume-là, sans phase de test sur un périmètre restreint.

Le fait que l’outil soit intégré à l’environnement numérique de travail (ENT) a beaucoup facilité le dimensionnement. Tous les élèves disposent déjà d’un compte ENT, utilisé quotidiennement pour le suivi de leur scolarité. Il n’a donc pas été nécessaire de créer un système d’accès spécifique ou des comptes indépendants. Cela garantit une montée en charge rapide et sans rupture technique.

Enfin, le dimensionnement a aussi été réfléchi en termes de capacité d’accompagnement humain. Le Département s’appuie sur ses équipes numériques, mais surtout sur les chefs d’établissement et les enseignants pour assurer la diffusion de l’outil et son appropriation dans les collèges. Le projet a donc été calibré à la fois sur le volume d’utilisateurs et sur la capacité des relais de terrain à le faire vivre.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?

Le projet a été entièrement financé sur les fonds propres de la collectivité. Le Département a fait le choix de souscrire directement une prestation auprès de la structure qui développe l’outil « Internet sans crainte ».

Le coût global du projet s’élève à 40 000 euros pour le Département. Il s’agit d’un coût unitaire par compte, fixé à 20 centimes par compte d’utilisateur.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Le principal acteur qui nous a accompagnés dans la préparation et la mise en œuvre du projet est la société qui développe le dispositif « Internet sans crainte ». Ses équipes sont intervenues auprès des services du Département pour présenter le fonctionnement de l’outil, ses paramétrages et les modalités d’utilisation. Elles ont également assuré l’accompagnement technique lors du déploiement.

En interne, le projet s’est appuyé sur les équipes ressources du Département, et en particulier les équipes en charge du numérique et des systèmes d’information, qui ont piloté l’intégration de la plateforme, son déploiement et son accès via l’ENT. Les services du Département ont joué un rôle central dans la coordination entre l’éditeur de la solution et les établissements.

Les chefs d’établissement, les adjoints et les équipes de direction des collèges ont également été des acteurs clés. Lors de la réunion de rentrée organisée au mois de septembre, un temps spécifique a été consacré à la présentation du dispositif, sous la forme d’un stand, afin qu’ils puissent poser leurs questions et s’approprier l’outil. Les enseignants constituent eux aussi des relais essentiels, puisqu’ils sont en contact quotidien avec les élèves.

Concernant l’adhésion des citoyens, et notamment des parents, elle est encore en cours d’observation. La plateforme a été ouverte aux parents et aux élèves début novembre. Un webinaire à destination des parents est prévu le 18 décembre afin de favoriser leur appropriation du dispositif.

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

Le premier conseil que je donnerais à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire, c’est de bien prendre le temps de se faire expliquer le fonctionnement de l’outil. Lors de la présentation du projet par les services, ma principale inquiétude était de savoir comment les collèges, les collégiens et plus largement la communauté éducative allaient réellement s’en emparer.

On n’a pas trente-six solutions : cela doit passer par le collège et par les enseignants. Ce sont eux qui sont au contact direct des élèves, ce sont eux qui peuvent attirer leur attention sur l’existence de l’outil, leur dire qu’il est à leur disposition et les inciter à aller dessus. Ma crainte était de me dire : comment vais-je toucher les élèves concrètement ? Comment vais-je les amener à cliquer, à s’approprier cet outil, à y consacrer du temps ?

J’ai finalement été rassuré par le fait qu’il existe plusieurs portes d’entrée dans le dispositif : les parents, les enseignants et les élèves. Cela permet de multiplier les relais. Mais, selon moi, la sensibilisation des enseignants reste le premier facteur de réussite de ce type de projet. Sans leur mobilisation, l’outil risque de rester marginal.

Il faut également accepter qu’il y ait une part de démarche personnelle de la part de l’élève. On peut faire toutes les actions de sensibilisation possibles, si l’élève ne va pas lui-même sur la plateforme, l’impact reste limité. Enfin, je conseillerais de prévoir dans la durée des rappels réguliers auprès des adultes, car l’appropriation d’un tel outil ne se fait pas en une seule fois.

Le projet en détails

Dates clés

  1. 3 octore 2024

    Mise en service du dispositif et première communication via l’ENT

  2. 8 et 16 octobre 2024

    Webinaire à destination des personnels de direction et des référents numériques administratifs des collèges, puis des enseignants

  3. 3 novembre 2024

    Ouverture officielle de la plateforme aux parents et aux élèves

  4. 18 décembre 2024

    Webinaire prévu à destination des parents

Chiffres clés

  • 40 000

    €, montant total financé par le Département pour le déploiement du dispositif.

  • 0,20

    € par compte, coût unitaire d’accès à la plateforme par utilisateur.

  • 75 000

    collégiens potentiellement bénéficiaires du dispositif sur le territoire départemental.

À retenir

  • Un outil simple d’utilisation et directement intégré à l’ENT, que les élèves et les parents utilisent déjà au quotidien pour le suivi de la scolarité.

  • Le dispositif s’adresse à la fois aux élèves, aux parents, aux enseignants et aux équipes de direction. Cette approche permet de sensibiliser tout l’environnement de l’élève.

  • L’appropriation par les élèves, qui doivent volontairement se connecter. L’efficacité du dispositif repose aussi fortement sur l’implication des enseignants.

Ressources

  • Internet sans crainte, une boussole numérique pour les collégiens

    Publication du Département de l'Essone

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  • Internet Sans Crainte

    Site internet du dispositif "Internet Sans Crainte"

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  • Commission Européenne (programme Safer Internet)

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