CITOYENS ET SOLIDARITé

La Nièvre (58) déploie un kit numérique au service de l’inclusion des personnes en situation de handicap

Niveau d'expertise : intermédiaire

Cet article a été rédigé par

Le Conseil départemental de la Nièvre mène depuis vingt ans une politique d’inclusion numérique. En 2022, il lance un « kit numérique handicap », conçu avec les associations locales pour faciliter l’accès des personnes en situation de handicap aux outils numériques. Expérimenté depuis 2024, ce dispositif collaboratif et modulable a valu à la collectivité un Label Or « Territoire Innovant 2025 » des Interconnectés.

On s’est demandé si on avait vraiment la légitimité pour accompagner ce public. La réponse était oui. Est-ce qu’on savait faire ? Pas vraiment.

Pascal Bernard

Depuis 2024, le Conseil départemental de la Nièvre a conçu et déployé un kit d’équipements matériels et immatériels adaptés aux publics en situation de handicap physique ou cognitif. Ce « kit d’accessibilité au numérique » est mis à disposition des partenaires du Département — associations, établissements médico-sociaux, bibliothèques — afin de rendre le numérique accessible et de mieux accompagner les personnes en situation de handicap.

En quoi consiste concrètement votre projet et quels en sont les principaux objectifs ?

Le projet « kit numérique handicap » vise à faciliter l’accès au numérique pour les personnes en situation de handicap, en tenant compte de la diversité de leurs besoins. Très concrètement, le Département de la Nièvre a constitué un ensemble d’équipements et de logiciels adaptés : tablettes, claviers simplifiés, applications dédiées à l’autisme, aux troubles moteurs ou visuels, et même des dispositifs pilotables par le regard. Ce matériel, entièrement financé par le Département, est mis à disposition des partenaires — associations, établissements médico-sociaux, bibliothèques — pour être testé directement auprès des publics.

L’expérimentation repose sur une démarche collaborative : chaque partenaire emprunte le kit pendant plusieurs mois, l’utilise sur le terrain, puis partage ses retours. Cela permet d’ajuster les outils, d’enrichir le contenu et d’assurer que le dispositif répond vraiment aux besoins identifiés.

L’objectif, au-delà de l’équipement, est de réduire les inégalités d’accès au numérique en rendant ces technologies plus inclusives. C’est aussi de renforcer les compétences des médiateurs et acteurs locaux, afin de mieux accompagner les publics en situation de handicap. À terme, le Département souhaite pérenniser cette dynamique collective et faire du kit un levier durable d’autonomie pour les personnes concernées, tout en inspirant d’autres collectivités.

Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?

Le sujet s' inscrit dans la continuité du travail mené depuis une vingtaine d’années sur l’inclusion numérique. Dès 2004, la Nièvre a lancé un grand chantier autour du fibrage du territoire, avec une conviction : si le numérique progresse, il faut aussi accompagner les habitants pour ne laisser personne de côté. C’est ce qui a conduit à créer une direction dédiée à la médiation numérique, active depuis vingt ans aujourd’hui, avec une douzaine de médiateurs présents sur tout le territoire pour informer, accompagner et réduire les inégalités d’accès. Cette mission est devenue d’autant plus essentielle avec la dématérialisation croissante des services publics, que ce soit entre 2012 et 2015 ou pendant la crise du Covid.

Plus récemment, deux éléments ont accéléré la réflexion. D’abord, les retours de terrain : les médiateurs ont rencontré de plus en plus de personnes en situation de handicap, parfois complètement bloquées face aux outils numériques. Ensuite, la démarche de concertation citoyenne « Imagine la Nièvre ! » a clairement fait émerger la question du bien-être et de l’inclusion des publics fragiles. La convergence entre ces constats de terrain et cette volonté politique a naturellement conduit à imaginer un kit d’inclusion numérique adapté aux handicaps.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Honnêtement, nous ne nous sommes pas appuyés sur des initiatives d’autres collectivités pour construire ce projet. L’idée est vraiment née en interne, portée par une équipe déjà très sensibilisée à l’inclusion numérique. Cela fait longtemps qu’on travaille sur les questions d’accessibilité, et plusieurs membres de l’équipe ont été directement confrontés à des situations concrètes avec des personnes en situation de handicap. Ce sont ces expériences de terrain qui ont façonné notre approche.

Depuis, notre démarche a commencé à intéresser d’autres territoires. Après l’obtention du label, des départements comme l’Aude ou le Doubs nous ont contactés pour comprendre notre méthode et voir comment l’adapter chez eux. Ce retour extérieur confirme que c’est une approche qui répond à un vrai besoin, et qui s’est d’abord construite sur l’expérience avant d’être partagée plus largement.

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?

D’abord, les compétences techniques : il ne suffit pas de savoir utiliser les outils numériques, il faut comprendre leur fonctionnement, leurs limites et leurs évolutions. Les usages changent vite, donc il faut une montée en compétence régulière. Dans notre cas, l’ensemble des médiateurs numériques a été formé pour maîtriser les fonctionnalités du matériel, ce qui est indispensable. Un projet comme celui-ci repose vraiment sur la capacité des équipes à s’adapter, à accompagner et à rendre le numérique compréhensible pour tous.

Ensuite, il faut bien connaître l’écosystème local, surtout quand on travaille avec des publics spécifiques comme les personnes en situation de handicap. Nous avons dû apprendre à identifier les bonnes structures, comprendre leurs missions et surtout appréhender la diversité des situations de handicap. Chaque situation implique des besoins, des outils et des adaptations différentes. Cette connaissance fine du terrain est aussi importante que la compétence technique : sans elle, on risque de proposer des solutions standardisées qui ne répondent pas aux réalités du public.

Quelles furent les phases préparatoires du projet ? Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité  ?

Pour préparer le projet, nous avons commencé par une phase d’écoute. L’idée était de partir du vécu et des besoins réels des personnes concernées. Comme il n’était pas toujours possible de les rencontrer directement, nous avons sollicité en priorité les associations qui travaillent au quotidien avec les publics en situation de handicap. Cela nous a permis d’obtenir un premier niveau de retours très concrets.

Cette étape s’est traduite par une consultation interne assez large. Plusieurs services du Département ont été associés : la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) et la Direction de l’autonomie, le service Qualité de vie au travail – qui accompagne les agents en situation de handicap –, ainsi que la Direction des systèmes d’information pour analyser les outils déjà utilisés. La Bibliothèque départementale, engagée dans l’accès à la lecture pour tous, a également contribué. Cette première réunion a posé les bases d’un diagnostic.

Ensuite, nous avons élargi la réflexion à des acteurs extérieurs : associations spécialisées, établissements médico-sociaux, partenaires institutionnels… Ces échanges nous ont permis d’affiner notre compréhension des besoins, de confirmer certains choix techniques et de donner au projet une vraie dimension collective. C’est cette concertation, à la fois interne et externe, qui a ancré le kit dans la réalité du terrain.

Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

Le bon dimensionnement du projet s’est vraiment joué lors de la deuxième phase, qui était consacrée aux aspects techniques. Après nos premiers échanges internes puis avec les partenaires extérieurs, nous avons pu cibler les équipements les plus adaptés aux besoins qui avaient été identifiés. Le choix du matériel s’est fait par validations successives : chaque service concerné et chaque structure partenaire a pu tester les outils et nous faire des retours précis. Ces essais, menés dès 2024, nous ont permis d’ajuster le contenu du kit avant sa mise en circulation.

Les retours des utilisateurs ont été essentiels. Par exemple, un clavier retenu au départ a été jugé trop « enfantin » par un groupe de jeunes adultes… mais s’est avéré parfaitement adapté pour un public plus jeune, en milieu scolaire. Ce type d’observation très concret nous a aidé à affiner le niveau de technicité, la variété et la pertinence des outils inclus dans le kit. Finalement, nous revendiquons une logique d’expérimentation continue : on teste, on ajuste, on reteste.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?

Lors du vote budgétaire de 2023, les élus départementaux ont validé une enveloppe de 12 000 euros pour la mise en œuvre du projet. Ce financement a été entièrement assuré sur les fonds propres du Département, sans recours à des subventions extérieures.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Plusieurs acteurs nous ont accompagnés tout au long de la préparation et de la mise en œuvre du projet, ce qui nous a permis de constituer un véritable groupe de travail. En interne, nous avons mobilisé le Service Accompagnement au Numérique, la Direction des ressources humaines, la Direction du Système d’information et du développement numérique (DSIN), la Direction de l’autonomie, la Maison Départementale des Personnes Handicapées, la Maison Départementale de l’Enfance et de la Famille, ainsi que la Bibliothèque départementale et l’ensemble du réseau des médiathèques.

En parallèle, nous avons travaillé avec de nombreux partenaires extérieurs : Voir Ensemble, Cap Emploi, la Fédération des Œuvres Laïques de la Nièvre, l’Association des Paralysés de France – France handicap, l’Éducation nationale, ainsi que des associations locales comme Regard Positif ou le Groupe d’Entraide MutuelleTSA Nevers. Nous avons également collaboré avec le CFA Bâtiment de Marzy et une éducatrice spécialisée indépendante intervenant auprès de personnes autistes.

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

Le premier conseil, c’est d’adopter une approche souple. Dans notre cas, nous avons toujours veillé à respecter le rythme de travail de chaque partenaire. Il ne faut pas mettre de pression ni imposer des exigences trop strictes : c’est ce qui permet à chacun de vraiment s’approprier les outils et de les utiliser dans des conditions qui correspondent à ses pratiques et à son organisation. Un autre point important, c’est de faire circuler le matériel entre les partenaires. Cela garantit une diversité de points de vue et enrichit énormément les retours d’expérience.

Ensuite, à chaque fois qu’un outil est mis à disposition, nous attendons les retours pour évaluer sa pertinence. La plupart sont positifs, mais certains retours nous ont permis d’identifier des outils moins adaptés. Cette logique de test continu est vraiment essentielle : elle permet de cibler ce qui fonctionne, d’écarter ce qui doit l’être, et d’ajuster le dispositif en continu en ajoutant de nouveaux outils ou supports.

Le projet en détails

Dates clés

  1. Septembre - Novembre 2023

    Première et deuxième réunion du groupe de travail, d'abord interne puis élargi

  2. Mars 2024

    Présentation du kit avec les équipements choisis au groupe de travail

  3. Mai 2024 - Juin 2025

    Phase d'expérimentation du kit, début des prêts de matériel aux structures du groupe de travail

  4. 1er semestre 2025

    Réunion de bilan et retours d'expérience

Chiffres clés

  • 12 000

    € Budget initial consacré au kit en 2023

  • 2 000

    € Budget engagé en 2025 pour prolonger l’expérimentation

  • 8

    Nombre de familles d’équipements numériques composant le kit

À retenir

  • L’obtention du Label Or « Territoire Innovant 2025 » a mis en lumière l’engagement du Département en faveur de l’inclusion numérique. Cette distinction augmente la visibilité du projet et suscite l’intérêt d’autres collectivités.

  • Le projet a favorisé la professionnalisation des équipes : les médiateurs numériques ont développé des connaissances techniques et une meilleure compréhension des situations de handicap, consolidant leur expertise dans l’accompagnement personnalisé des publics fragiles.

  • Le kit demeure en phase expérimentale jusqu’en 2026, sans garantie de financement à long terme. L’avenir du dispositif dépend de décisions budgétaires futures et de la motivation durable des partenaires.

Ressources

  • Kit d’accessibilité au numérique handicap et autonomie

    Site de Nièvre Médiation Numérique (Département de la Nièvre)

    Je découvre
  • Kit handicap et autonomie : une démarche d’inclusion numérique au cœur du médico-social

    Site de La Fabrique Emploi et Territoires

    Je découvre
  • Association Voir Ensemble

  • Cap Emploi

  • Fédération des Œuvres Laïques de la Nièvre

  • Association des Paralysés de France

  • Education Nationale

  • Regards Positifs (Association locale)

  • Groupe d’Entraide Mutuelle-TSA Nevers

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