Des sites internet communaux plus inclusifs grâce à l’accompagnement de la Communauté d’agglomération du Pays Basque (64)
Sur un territoire vaste et hétérogène de 158 communes, la Communauté d’agglomération Pays Basque a créé ElgarWeb : un socle commun open source pour fabriquer des sites internet de communes éco-conçus et accessibles, conformément au RGAA – Référentiel général d’amélioration de l’accessibilité. En complément de cette base, la mission Accessibilité forme les contributeurs et réalise des audits ciblés. Résultat : coûts divisés, montée en compétences et équité territoriale.
Page d’accueil du site de la commune de Ciboure, développée à partir de la plateforme Elgarweb. - Crédits photo : Banque des territoires
ElgarWeb, c’est un socle commun de développement qui permet à toutes les communes du Pays Basque d’avoir un site internet conforme au RGAA.
Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
Nous étions face à une obligation légale impossible à assumer seules pour la plupart de nos communes. Depuis le décret de 2009, toute collectivité, quelle que soit sa taille, doit rendre son site internet conforme au RGAA, le Référentiel général d’amélioration de l’accessibilité. En théorie, c’est une évidence. En pratique, c’est une montagne : un audit complet coûte entre 6 000 et 8 000 euros, et il faut le refaire au minimum tous les 3 ans. Pour une commune de 800 habitants, c’est très rapidement inabordable.
À cela s’ajoute une difficulté technique : l’accessibilité numérique n’est pas une compétence naturelle pour les services communaux. Même avec la meilleure volonté du monde, quand on n’a pas les connaissances ou les bons partenaires, on ne sait pas toujours si le site qu’on nous livre est réellement conforme.
Ce sont ces enjeux qui ont amené les élus à nous solliciter. Ils ont demandé à la mission Accessibilité d’étudier une solution de mutualisation, pour que chaque commune puisse se mettre en conformité sans exploser son budget.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Honnêtement, on a bien regardé ce qui se faisait ailleurs, mais aucune collectivité ne proposait une solution qui réponde à la fois à nos contraintes techniques, budgétaires et territoriales. Certaines avaient déjà créé des “usines à sites”, c’est-à-dire des gabarits mutualisés pour plusieurs communes, mais sans véritable prise en compte de l’accessibilité numérique. D’autres travaillaient sur l’éco-conception, mais pas sur la conformité RGAA.
Nous, notre ambition, c’était de réunir les deux — accessibilité et sobriété numérique — dans un même projet, et surtout de laisser aux communes leur liberté. Pas question d’imposer un modèle figé : il fallait que chacune puisse garder son identité, son ton, ses langues.
Notre source d’inspiration, c’est en fait le territoire lui-même. Le Pays Basque, c’est 158 communes très différentes, de la montagne à l’océan, avec des réalités culturelles, linguistiques et financières sans commune mesure. Ce contexte nous a obligés à penser “mutualisation intelligente” : comment permettre à une petite commune de 800 habitants d’accéder au même niveau d’exigence qu’une ville moyenne, sans sacrifier son autonomie ?
Le réseau CCA-CIA, qui regroupe nos élus, techniciens et référents numériques, a joué un rôle clé : les échanges y sont constants, très concrets. C’est dans ce cadre collectif qu’est née l’idée d’un socle partagé, à la fois accessible, évolutif et ouvert.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?
Pour faire court, avant de se lancer, il faut se former sérieusement, savoir lire et comprendre le RGAA. Et ne pas sous-estimer la part humaine du projet : accompagner les agents, leur apprendre à publier correctement, c’est aussi important que la technique.
L’accessibilité numérique, c’est un sujet très technique, et surtout très piégeux quand on n’a pas les bases. Il est donc indispensable d’avoir, au sein de la collectivité, au moins une personne formée à l’accessibilité numérique. Dans notre cas, j’ai suivi une formation de référente accessibilité numérique proposée par Access42, qui fait partie des sociétés référentes en la matière. Ma collègue Claudine Celhaiguibel a ensuite été formée à son tour.
Cette formation permet de comprendre comment fonctionne réellement un site web accessible, ce qu’il faut vérifier, et surtout, ce qu’il faut exiger d’un prestataire. Parce que c’est souvent là que les difficultés commencent : beaucoup d’agences affirment livrer des sites “conformes”, alors qu’en réalité, la conformité ne dépasse pas 50 %, une fois qu’on fait auditer le site par un expert externe. Même en étant très bien formés de notre côté pour le site de l’agglomération, on a dû batailler pour atteindre les 100 % de conformité. C’est pour cette raison que nous avons appris à réaliser des audits nous-mêmes : pas pour remplacer les spécialistes, mais pour être capables de repérer rapidement les erreurs les plus courantes — une mauvaise hiérarchie de titres, une image sans alternative, une zone non lisible par un lecteur d’écran, etc.
Quelles furent les phases préparatoires du projet ? Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité ?
Dès le départ, on savait qu’on voulait mutualiser, mais il fallait d’abord vérifier si c’était faisable techniquement et économiquement. Nous avons donc mené une phase d’étude complète, en partenariat avec ANTIC Pays Basque, qui s’appelle aujourd’hui La NUM Pays Basque. C’est une structure locale spécialisée dans le numérique, qui nous a accompagnés sur la partie technique du projet.
Nous, à la mission Accessibilité, notre cœur de métier, c’est l’accessibilité universelle — pas le développement web. Donc on a travaillé main dans la main : eux pour cadrer la partie numérique, nous pour y injecter notre exigence d’accessibilité et de sobriété numérique.
On a commencé par un panel de communes représentatives : de grandes, de moyennes et de très petites. On leur a demandé : « De quoi avez-vous besoin sur un site ? Qu’est-ce qui vous manque aujourd’hui ? ». Ensuite, on a fait l’état des lieux des solutions existantes sur le marché. Et là, la conclusion a été sans appel : nous n’avons pas trouvé de solution qui respectait le RGAA. Aucune.
C’est ce constat qui nous a poussés à repartir de zéro. Avec le collectif Translucide, créateur du CMS* français du même nom, on a co-construit un socle neuf, à la fois accessible et éco-conçu. Un projet beaucoup plus sobre et intelligent : faire juste ce qui est utile, rien de superflu.
*CMS : de l’anglais Content Management System, cette abréviation désigne les interfaces de développement qui permettent de construire et de gérer les sites internet.
Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Entre une commune de 6 000 habitants et une autre de 800, les besoins ne sont pas les mêmes. Il fallait donc concevoir un outil léger, adaptable et réplicable, capable de convenir à toutes les collectivités. Notre mot d’ordre a été la sobriété : créer uniquement ce qui est nécessaire. Avec notre partenaire Translucide, spécialisé dans l’éco-conception, nous avons travaillé dans une logique d’utilité et de durabilité. Avant d’ajouter une fonctionnalité, on se demande toujours : « Est-ce vraiment indispensable ? » Si la réponse n’est pas évidente, on ne fait pas.
Techniquement, nous avons fait le choix d’une solution française, open source et non propriétaire. Cela garantit son indépendance, sa pérennité et la possibilité pour n’importe quelle collectivité de s’en emparer sans contrainte de licence ni dépendance à un prestataire unique.
Nous avons aussi choisi une approche progressive et collective, avec trois communes pilotes — Ciboure, Lahonce et Saint-Pée-sur-Nivelle — qui ont chacune contribué à calibrer le dispositif Elgarweb.
Ciboure a financé la création du socle commun, c’est-à-dire la base technique éco-conçue sur laquelle reposent ensuite tous les sites.
Lahonce a repris ce socle pour construire son propre site et faire réaliser les audits d’accessibilité (RGAA) nécessaires à la validation du modèle.
Saint-Pée-sur-Nivelle a, enfin, testé le déploiement avec un autre prestataire pour prouver que le modèle pouvait être librement réutilisé.
Cette méthode a permis de mutualiser les coûts, d’assurer la compatibilité technique et de proposer un outil sobre, efficace et pérenne. Chaque commune peut aujourd’hui créer son site à moindre coût et sans dépendance technique.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides obtenues ?
Le projet ElgarWeb a été intégralement financé dans le cadre du plan France Relance. Le coût total du socle s’élève à 17 000 euros TTC, contre des devis initiaux qui avoisinent parfois les 80 000 euros.
C’est tout l’intérêt de la mutualisation : une fois le socle audité, les autres communes n’ont plus besoin de financer d’audit complet. Elles personnalisent leur site, et la mission Accessibilité audite uniquement les parties modifiées. Résultat : une économie d’environ 10 000 euros par commune sur chaque projet.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Nous avons eu la chance de pouvoir nous appuyer sur un écosystème local très solide. D’abord, notre partenaire principal, La NUM Pays Basque (anciennement ANTIC). C’est avec eux que nous avons mené toute la phase d’étude et de cadrage technique. Ils ont une vraie expertise en matière de services numériques mutualisés et connaissent parfaitement les besoins des petites collectivités.
Ensuite, nous avons travaillé avec le collectif Translucide, qui a développé le socle open source. Leur approche d’éco-conception et leur rigueur en matière d’accessibilité correspondaient exactement à ce que nous cherchions : un modèle sobre, lisible, et vraiment conforme au RGAA.
Nous avons aussi échangé régulièrement avec Access42, notre organisme de formation et d’audit, pour sécuriser la conformité technique.
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
L’accessibilité numérique, c’est un sujet qui peut paraître très technique, voire décourageant, mais si on avance étape par étape, on se rend vite compte que c’est faisable. Il faut simplement prendre le temps de bien comprendre les besoins de son territoire et de s’entourer des bonnes personnes. Je dirais qu’il faut penser mutualisation dès le départ. Même une petite commune peut s’inscrire dans une démarche collective. En travaillant à plusieurs, on réduit les coûts, on évite les erreurs et on progresse beaucoup plus vite.
Le deuxième conseil, c’est de ne pas déléguer les yeux fermés. Beaucoup de communes font confiance à leur prestataire web sans savoir si le site livré est réellement accessible. Or, la conformité RGAA n’est pas une option : c’est une obligation légale. Avant de signer un contrat, il faut vérifier que le prestataire maîtrise le sujet et demander un audit indépendant. C’est une question de responsabilité publique.
Enfin, il ne faut pas sous-estimer la dimension humaine : former les agents, les rassurer, leur montrer qu’ils peuvent publier des contenus accessibles sans tout réinventer. C’est un vrai projet de montée en compétence, pas un simple chantier technique.