Angers Loire Métropole (49) expérimente la signalétique DTPR pour expliquer les usages de données aux habitants
Comment renforcer la confiance citoyenne dans la smart city ? Angers Loire Métropole expérimente la méthodologie DTPR de « transparence numérique dans le domaine public » pour rendre visible et compréhensible la collecte de données dans l’espace public. Inspirée du Nutri-Score, cette signalétique informe sur les capteurs urbains. Porté avec Helpful Places, Civiteo et l’Université d’Angers.
Signalétique DTPR scannée depuis un smartphone. - Crédits photo : Banque des Territoires
C’est un peu l’équivalent d’une étiquette alimentaire, mais pour des capteurs. Comme le Nutri-Score, l’objectif est de rendre l’information immédiatement compréhensible.
Dans le cadre de son projet de territoire intelligent, Angers Loire Métropole a expérimenté une démarche de transparence numérique dans l’espace public. Cette initiative vise à informer les habitantes et les habitants sur la collecte et l’usage des données dans l’espace public. Grâce à une signalétique dédiée, il est possible d’identifier la présence de capteurs et d’en comprendre la fonction. Des pictogrammes, installés sur site, expliquent les types de données collectées et leurs finalités dans un langage accessible. Cette expérimentation s’inscrit dans une dynamique internationale favorisant le partage de pratiques entre collectivités engagées. D’autres villes, comme Boston, Washington D.C. et Innisfil, au Canada, sont aussi engagées dans cette démarche. Le projet a été mené en partenariat avec Civiteo et l’Université d’Angers, associant expertise scientifique et innovation publique.
En quoi consiste concrètement votre projet et quels en sont les principaux objectifs ?
Depuis 2023, la collectivité est engagée dans une stratégie communautaire de la donnée, destinée à encadrer les usages numériques et à en clarifier les finalités. Nous souhaitions, avec cette expérimentation, expliquer aux citoyens l’utilité des technologies numériques déployées dans l’espace public.
Cette démarche s’est concrétisée par la participation au programme DTPR – Digital Transparency in Public Realm, que l’on peut traduire par transparence numérique dans l’espace public. Il s’agissait d’une expérimentation internationale menée avec Boston, Washington D.C. et Innisfil, au Canada, autour d’un principe : rendre visibles les capteurs installés dans l’espace public et expliquer clairement à quoi servent les données collectées.
À proximité des dispositifs, des panneaux de signalétique pédagogique présentaient des pictogrammes indiquant les usages – mobilité, tranquillité, gestion des déchets ou efficacité de l’eau. À Angers, cette expérimentation a été conduite sur la place de la Fraternité, où les usagers avaient la possibilité de scanner des QR codes renvoyant vers des pages en ligne détaillant le fonctionnement des capteurs.
Au-delà de ces outils, la démarche visait à installer un climat de confiance. En rendant le numérique plus lisible et plus compréhensible, la collectivité entend faciliter l’appropriation des projets de territoire intelligent et affirmer le numérique comme un levier au service de l’intérêt général.
Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
La question de la transparence s’est imposée au fil du déploiement du projet de territoire intelligent. Dès mars 2020, les premiers capteurs ont été installés, à la fois au sein des services et dans l’espace public, pour exploiter la donnée au service des politiques publiques (transition écologique, transformation des organisations et amélioration de l’efficacité des services).
À mesure que ces usages se développent, la donnée devient en effet un outil structurant de l’action publique. Mais cette montée en puissance fait émerger de nouveaux questionnements. La multiplication des capteurs dans l’espace public soulève des interrogations légitimes : que mesure-t-on exactement ? Dans quel objectif ? Et avec quelles garanties ? Sans réponse claire, le risque serait de créer de l’incompréhension. Plutôt que de répondre a posteriori, Angers Loire Métropole a fait le choix d’anticiper.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
C’est la fondation Helpful Places qui est à l’origine de cette expérimentation internationale. Fondée par Jacqueline Lu, ancienne collaboratrice du projet Sidewalk Toronto, Helpful Places s’appuie sur une expérience nord-américaine marquée par de forts débats citoyens autour des usages de la donnée dans l’espace public. Ce contexte a fait émerger la nécessité de définir un standard de transparence partagé, capable de rendre visibles et compréhensibles les dispositifs numériques déployés en ville.
La méthodologie DTPR, pour Transparence numérique dans le domaine public, est née de ce travail mené à travers des ateliers de co-design associant citoyens, experts et acteurs publics. Pensé dès l’origine comme un commun numérique à vocation internationale, le dispositif vise à poser un cadre commun de lisibilité et de confiance autour de la collecte de données dans l’espace public.
Avant Angers, DTPR avait déjà fait l’objet de premières expérimentations dans quelques villes pilotes, notamment à Boston ou à Sydney. Angers Loire Métropole est toutefois la première collectivité européenne à l’avoir déployé à l’échelle locale, dans le cadre d’un appel à projets lancé par Helpful Places.
Cette approche s’inspire notamment de dispositifs largement identifiés par le grand public, comme le Nutri-Score, afin de rendre les informations relatives aux données accessibles, compréhensibles et visibles de manière universelle.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?
Un projet de ce type nécessite d’abord une bonne compréhension des enjeux liés à la gouvernance des données publiques. Les usages des capteurs et de la chaîne de la donnée, parfois en lien avec les fournisseurs, doivent être bien compris : ce qui est collecté, comment l’information circule et à quelles fins.
La démarche repose ensuite sur des compétences en concertation et en communication publique. Il est essentiel de penser les questions d’acceptabilité et de transparence dès la phase amont du projet, et non comme un simple volet de communication a posteriori. Cela implique de travailler en transversalité, en associant étroitement les équipes techniques, les services en charge de l’espace public, les juristes, la communication et la relation citoyenne, afin de construire un discours cohérent. Pour la collectivité, cette compétence est déterminante pour transformer un sujet technique en un véritable levier de pédagogie et de confiance auprès des habitants.
Quelles furent les phases préparatoires du projet ? Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ?
Accompagnée par Civiteo et Helpful Places, nous avons d’abord constitué un groupe de travail interne associant les différents services concernés. Cette première étape a permis d’identifier un site pertinent pour l’expérimentation. Le choix s’est porté sur une place de la ville, la place de la Fraternité. Sept types de capteurs différents y sont déployés, ce qui en faisait un terrain d’expérimentation adapté pour tester la démarche DTPR dans des conditions réelles.
Une phase de recensement approfondi des capteurs existants a ensuite été menée. Ce travail a mis en évidence le fait que certains dispositifs étaient parfois mal référencés. À partir de ce constat, des chaînes de données ont été construites pour chaque capteur, en lien avec les fournisseurs, afin de documenter précisément leur fonctionnement, les données collectées, leurs modalités de stockage et les usages associés.
Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Parallèlement, une stratégie d’information a été co-construite en associant les élus, la direction de la communication et les services techniques. Afin d’évaluer l’impact du dispositif, une enquête de perception a été menée avec le concours du Userlab de l’Université d’Angers.
Des étudiants sont allés à la rencontre des habitants (plus de 400 au total) pour mesurer leur adhésion à la démarche. Un questionnaire a été élaboré afin d’apprécier la compréhension des supports, la lisibilité des messages et le sentiment de transparence généré par le dispositif. Ce travail de terrain a permis d’ajuster les supports d’information et de valider la pertinence des choix opérés (vocabulaire employé et le niveau de détail attendu, etc.).
Les retours, très majoritairement positifs, ont confirmé le fait que le projet était bien dimensionné et répondait à une attente réelle des citoyens.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
Le projet a été financé par la collectivité. Un budget d’environ 50 000 euros a été mobilisé pour concevoir, déployer et évaluer la démarche.
Cette expérimentation traduit la volonté de la collectivité d’inscrire le projet dans la continuité de sa stratégie de territoire intelligent et de gouvernance de la donnée. Cette expérimentation a été menée dans un cadre souple, en favorisant l’adaptation progressive du dispositif en fonction des retours du terrain.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
La préparation et la mise en œuvre du projet ont reposé avant tout sur une dynamique portée en interne par la collectivité. La démarche a été pensée et pilotée de manière autonome, en s’appuyant sur les compétences des services.
La collectivité a néanmoins bénéficié de l’accompagnement de Helpful Places, à l’origine de la méthodologie DTPR, pour le cadrage du dispositif et son adaptation au contexte local. Et de Civiteo, dans le cadre plus large de la stratégie data du territoire. Ces appuis ont permis de structurer la démarche et d’en sécuriser les fondements méthodologiques.
Le Userlab de l’Université d’Angers a également joué un rôle spécifique, en intervenant sur l’évaluation du dispositif et la mesure de sa réception par le public.
L’adhésion des citoyens a constitué un point d’attention tout au long de la démarche. Les habitants ont été associés à travers des enquêtes de terrain et des échanges directs, qui ont permis de recueillir leurs perceptions et d’ajuster les supports d’information. Les retours positifs ont confirmé l’intérêt d’une approche fondée sur la transparence et la pédagogie.
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Je dirais qu’avant de se lancer, il est essentiel d’être au clair sur les enjeux poursuivis par la collectivité, c’est-à-dire sur sa vision de ce que recouvre le sujet de la donnée dans le cadre d’un territoire connecté.
Il est également recommandé de limiter volontairement le périmètre de l’expérimentation, en ciblant un espace public représentatif mais maîtrisable. Ce choix facilite le pilotage, évite une montée en complexité prématurée et permet de tester la démarche dans des conditions proportionnées aux moyens mobilisés.
Et surtout, il ne faut pas hésiter à associer les citoyens tout au long de la démarche ! Les informer, recueillir leurs perceptions et répondre à leurs interrogations dès les premières étapes contribue à renforcer l’acceptabilité du projet et à installer un climat de confiance durable autour des usages de la donnée dans l’espace public.