A Saint-Girons (09), le numérique au service de la politique culturelle dans la Micro-Folie municipale
Le projet de Micro‑Folie est un musée numérique de proximité porté par la commune de Saint-Girons, visant à élargir l’accès à la culture par le numérique sur un territoire rural et éloigné des grands centres culturels. Installée dans la salle de cinéma municipale, la Micro‑Folie permet de découvrir des œuvres et artistes issus de musées internationaux, nationaux et locaux grâce au numérique, ainsi que des spectacles et ballets. Le projet repose sur une médiation culturelle forte assurée par une médiatrice dédiée, Charlotte Guarrigues, et s’inscrit dans une politique culturelle plus large de valorisation du patrimoine local, de développement des arts visuels et de dynamisation du centre bourg ainsi que du quartier prioritaire de la ville.
Visite commentée à la Micro-Folie de Saint-Girons
La Micro-Folie est un formidable outil numérique pour rapprocher les habitants de la culture
L'interview
Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
Le projet de Micro‑Folie s’est imposé à l’agenda de la collectivité de manière progressive : le projet faisait partie des propositions de l’équipe municipale en 2020 et a été amorcé à partir de 2022. La configuration particulière de la mairie, adossée à une salle de cinéma, a joué un rôle crucial : la mairie souhaitait redynamiser cet espace en y adossant une activité culturelle pérenne.
Les échanges avec les services de l’établissement public du Parc de la Grande Halle de la Villette de la DRAC (Direction régionale des affaires culturelles) ont confirmé le portage municipal, au titre de la politique de la ville avec l’objectif de diffuser des contenus culturels majeurs à destination des citoyens. Dans un territoire rural et éloigné des grands pôles culturels, composé d’environ 90 communes autour de Saint Girons pour environ 30 000 habitants, la Micro-Folie répondait à un besoin identifié de rééquilibrage de l’offre culturelle. De plus, elle a permis de commencer à requalifier le cinéma municipal, dont la fermeture est prévue puisqu’un nouveau complexe multiculturel doit ouvrir ses portes à l’horizon 2027.
Au cours des réflexions engagées lors de la mise en place du projet, il a dans un premier temps été envisagé de former le personnel municipal en interne pour animer la Micro-Folie. Or, suite aux échanges avec la DRAC Occitanie, le recrutement d’un agent formé à la médiation culturelle et à l’histoire de l’art s’est imposé comme une nécessité. L’arrivée de Charlotte Garrigues a permis de faire le lien entre la mairie et le territoire et de tisser un lien sur le long terme avec le public de la Micro-Folie. Elle organise en effet la programmation des œuvres projetées une fois par semaine sur le grand écran du cinéma municipal : elle anime des conférences ainsi que des ateliers de pratiques artistiques, pour un public de 25 personnes par jour d’ouverture, environ. Elle diffuse également des pièces de théâtre et des ballets de scènes nationales. L’ensemble de ce travail se fait en lien direct avec l’équipe d’animation du cinéma de Saint-Girons et en concertation avec l’élue déléguée et le pôle culture de la Mairie.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Les principales sources d’inspiration du projet ont été les visites d’autres Micro‑Folies, grâce à la mise en lien avec la DRAC Occitanie et les équipes du musée de la Villette, qui a permis de concrétiser le concept de musée numérique. Ces retours d’expérience ont nourri la réflexion sur ce projet culturel expérimental, auprès de jeunes publics. Ce projet s’inscrit également dans le programme culturel du second mandat municipal, visant à renforcer la place des arts graphiques visuels et des arts vivants comme levier d’attractivité et de bien vivre sur la commune.
Cette orientation culturelle municipale s’est également traduite dès le début du mandat par la création d’un espace d’exposition dans le centre-bourg. Par ailleurs, cette politique culturelle portée par le maire de Saint Girons, centrée sur la restauration et la valorisation du patrimoine communal, a fortement influencé le projet de musée numérique. La Micro-Folie s’inscrit dans cette politique culturelle ambitieuse, aux côtés d’autres projets envisagés pour valoriser et encourager la production et la création artistique locale.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?
L’un des facteurs de réussite du projet a été l’approche pédagogique et érudite de Charlotte Garrigues pour ses conférences, qui répond à une demande locale de contenus élaborés. Cette approche correspond aussi au contexte de Saint-Girons, se trouvant à proximité d’un laboratoire du CNRS et de grands établissements d’éducation secondaire. Le projet a permis de se rendre compte qu’une partie de la population est sensible et en attente de ce type de format « conférences ». Il prend d’autant plus sens lorsque l’on observe l’attrait que peut avoir l’histoire locale et l’engouement des manifestations en lien avec le patrimoine matériel ou culturelle chez les habitants du territoire.
Aujourd’hui, le public est surtout féminin, avec une fourchette d’âge élargie (30-70 ans). Des visites pour les publics scolaires sont aussi organisées. Les liens avec le territoire réalisés au travers du partenariat avec l’association du Bus culturel ou le festival Mouvements permettent aussi de faire connaître le dispositif. Ce dernier aspect a été déterminent pour l’attractivité de la Micro-Folie.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
Le projet a été financé sur fonds propres municipaux. Le matériel a été acquis pour un montant de 60k€. La Micro-Folie est gratuite pour tous les visiteurs.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
La mairie a été accompagnée par l’établissement public du Parc de la Grande Halle de la Villette, qui a lancé l’appel à projets pour le déploiement de kits Micro-Folies. La DRAC Occitanie a été sollicitée pour la mise en place du projet. La DRAC a par exemple mis en lien la mairie avec les autres Micro-Folies et a intégré Saint-Girons au réseau local de Micro-Folies. La Villette a conseillé la municipalité sur l’importance de la médiation culturelle et du lien humain avec le public dans le contexte d’une visite numérique.
La sous-préfecture et la communauté de communes ont enfin été parties prenantes du projet.
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Pour un élu souhaitant se lancer dans un projet similaire, il est essentiel de ne pas plaquer un dispositif « clé en main », mais de l’inscrire finement dans le tissu culturel local. Il s’agit de travailler en lien étroit avec les acteurs du territoire (associations - comme le Bus Culturel, médiateurs, festivals locaux) afin de construire une médiation adaptée aux habitants et de valoriser le patrimoine local en le reliant aux grands courants de l’histoire de l’art et aux œuvres des musées nationaux. En effet, derrière l’aspect technique du dispositif qui peut parfois effrayer les élus, les techniciens ou les publics, en particulier lorsqu’il s’agit des casques de réalité virtuelle ou des tablettes, il est important de voir que ces ressources sont avant tout des outils qui permettent de mettre en lien des œuvres matérielles ou immatérielles éloignées des territoires avec des productions artistiques ou des dynamiques locales. Ce travail demande une réelle expertise qu’il est difficile d’improviser en interne.
Il est également important de bien penser le lieu, le personnel et la stratégie de médiation : choisir un espace cohérent avec les attentes du public (cinéma pour une expérience immersive ou médiathèque pour un format plus intimiste), anticiper le travail pédagogique autour du musée numérique (notamment la méconnaissance du dispositif et la question des écrans pour des publics plus seniors) et développer un réseau à l’échelle départementale.
Surtout, il paraît important de gager sur la curiosité des publics pour ce type de propositions culturelles, en particulier lorsque les territoires sont éloignés des grandes infrastructures publiques ou privées. Bon nombre de ces habitants sont en attentes de lieux d’échanges afin de partager autour de leurs intérêts pour les arts visuels ou vivants et la médiatrice de la Micro-Folie est ici un trait d’union qui permet d’alimenter les intérêts individuels afin de nourrir la discussion collective. Dès lors, les réflexions autour de l’implantation d’une Micro-Folie doivent avant tout être animées par l’identification du type de lien social que souhaitent favoriser les élus et la façon dont ce dispositif peut aider à valoriser et visibiliser les ressources artistiques et humaines que leur territoire dispose d’ores et déjà.