CITOYENS ET SOLIDARITé

A Nantes (44), Nantes Patrimonia : une plateforme collaborative pour valoriser le patrimoine local

Niveau d'expertise : intermédiaire

Cet article a été rédigé par

Nantes Patrimonia est une plateforme web contributive consacrée au patrimoine et au matrimoine local (héritage culturel légué par les femmes du passé) dans toute leur diversité. Organisée autour de cinq thématiques majeures (architecture-urbanisme, société-culture, géographie, personnalités nantaises et événements historiques), elle propose une encyclopédie collaborative enrichie par les professionnels, les associations et les habitants. Le site intègre des parcours de découverte urbaine, des cartes interactives géolocalisées et plus de 400 notices sur l'histoire des noms de rues. Avec près de 380 000 visites annuelles et plus de 1 800 pages de contenus, cette initiative rend le patrimoine accessible tout en valorisant la participation citoyenne.

L'objectif, c'est rendre le patrimoine accessible, valoriser l'histoire nantaise et la diversité des patrimoines nantais.

Olivier Chateau

En quoi consiste concrètement votre projet et quels en sont les principaux objectifs ?

Nantes Patrimonia repose sur une double dimension : encyclopédique et participative. La plateforme rassemble des contributions versées par les agents de la collectivité, les associations du territoire et les habitants eux-mêmes. Cette diversité des contributeurs permet de construire collectivement une mémoire vivante du territoire.

Le site s'articule autour de cinq grandes thématiques qui structurent l'ensemble des contenus : architecture-urbanisme, société-culture, géographie, personnalités nantaises et événements historiques. Au-delà de ces entrées thématiques, la plateforme propose des fonctionnalités innovantes, comme des parcours de découverte permettant d'explorer l'histoire des quartiers ou des thématiques spécifiques directement sur le terrain. Les cartes interactives offrent une expérience géolocalisée : en cliquant sur un point de la carte, les utilisateurs accèdent aux éléments patrimoniaux situés autour d'eux.

Un accent particulier a été mis sur l'histoire des noms de rues, avec environ 400 notices déjà publiées, des pages particulièrement consultées par le public. Une rubrique actualité fait également le lien entre patrimoine et vie de la ville, comme lors de la récente restauration d'une fontaine en centre-ville, dont l'histoire a été racontée sur la plateforme.]

Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?

L'origine du projet remonte au programme municipal de 2014, lors du premier mandat de Johanna Rolland. L’ idée politique initiale visait à créer un lien fort entre les habitants et leur patrimoine tout en rendant ce dernier plus accessible grâce au numérique.

Plusieurs facteurs ont nourri cette ambition. La loi NOTRe de 2015, bien qu'arrivée après le lancement de la réflexion, a contribué à préciser le cadre du projet. Mais c'est surtout la Convention de Faro du Conseil de l'Europe qui a servi de référence fondamentale. Ce texte encourage les initiatives qui donnent aux citoyens un rôle actif dans la définition de ce qui constitue leur patrimoine, une approche que Nantes a pleinement adoptée.

La question du matrimoine, c'est-à-dire la lutte contre l'invisibilisation des femmes dans l'histoire, a aussi orienté fortement le projet. Nantes figurait parmi les premières collectivités à rebaptiser les Journées du Patrimoine en « Journées du Patrimoine et du Matrimoine ». Ce choix s'est accompagné d'un travail approfondi sur les noms de rues pour valoriser la place des femmes dans l'espace public et l'histoire locale. Les associations nantaises ont été impliquées dans cette démarche pour éclairer différemment l'histoire des femmes à Nantes.

Par ailleurs, les outils numériques restaient peu investis par la collectivité en matière de patrimoine. Il existait donc une opportunité de développer des ressources innovantes répondant aux usages contemporains.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Avant de s’appeler Nantes Patrimonia, ce projet portait le nom de « Wikipatrimoine ». Le concept mêlait en effet l'esprit collaboratif de Wikipédia et la valorisation du patrimoine local. Concrètement, le modèle collaboratif de Wikipédia a inspiré l'architecture participative du projet, bien qu'avec des adaptations importantes pour garantir la fiabilité scientifique des contenus. L'objectif n'était pas de reproduire un outil encyclopédique classique mais de créer une plateforme numérique vivante, accessible au grand public tout en maintenant des standards de qualité rigoureux.

La collectivité avait également identifié un intérêt marqué des Nantais pour les questions patrimoniales. Les Journées du Patrimoine rencontraient chaque année un succès considérable, révélant une appétence forte du public. Toutefois, ce rendez-vous annuel apparaissait insuffisant. L'enjeu était donc de proposer une offre patrimoniale accessible toute l'année, et pas seulement lors d'un événement ponctuel.

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?

Le lancement de Nantes Patrimonia a nécessité la mobilisation d'un large spectre de compétences, à la fois techniques, scientifiques et organisationnelles. Sur le plan technique, les services ont dû développer une maîtrise des humanités numériques, des sciences de l'information, de la gestion des contenus web et des bases de données pour structurer et rendre accessibles des milliers de contenus.

Les aspects juridiques ont exigé une attention particulière : droits du patrimoine numérique, droits d'auteur, licences et données personnelles ont dû être scrupuleusement encadrés. Le statut des contributions citoyennes et la propriété intellectuelle nécessitent une expertise pointue pour sécuriser le dispositif.

L'animation de communautés représente une autre compétence clé. La dimension collaborative implique de savoir mobiliser et fidéliser des contributeurs sur la durée, gérer leur travail en coordination avec les professionnels, créer des espaces de dialogue et maintenir l'engagement. Cette fonction requiert des savoir-faire spécifiques en médiation et gestion de projets participatifs.

La médiation culturelle a également été centrale. L'interface devait être ludique, agréable et incitative pour donner envie de consulter des articles et découvrir de nouvelles pages. L'expérience utilisateur ne pouvait se limiter à la simple mise en ligne de contenus bruts.

Enfin, les compétences patrimoniales restent fondamentales : histoire, histoire de l'art, urbanisme, archéologie, connaissance du territoire. Le défi a consisté à réorganiser les services pour que l'ensemble des directions contribue à alimenter la plateforme. Chaque agent a dû intégrer dans ses objectifs l'alimentation de Nantes Patrimonia, transformant des travaux confidentiels en contenus publics et créant une culture commune de contribution.

Quelles furent les phases préparatoires du projet ? Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité ?

La maturation du projet s'est étendue sur près de quatre années, entre le lancement des études en 2015 et l'ouverture du site en mai 2019. Cette durée reflète la volonté de coconstruire véritablement la plateforme avec les futurs utilisateurs plutôt que d'arriver avec un outil entièrement préconçu.

En 2015 et 2016, une double étude préalable a été lancée. D'une part, une étude technique portait sur la conception et le développement des outils numériques. D'autre part, une étude sur les besoins a été menée auprès d'un panel diversifié comprenant des professionnels du patrimoine, des associations nantaises spécialisées et des citoyens volontaires. Dans le cadre des démarches de dialogue citoyen de la ville, un appel à participation a permis de constituer ce panel.

Des ateliers de travail ont été organisés par la ville, réunissant environ quinze personnes à chaque session. Ces ateliers ont servi à recueillir les attentes des différents publics, puis à présenter et tester une maquette du site. Les participants ont pu donner leur retour d'expérience en tant qu'utilisateurs, signalant ce qui fonctionnait ou non. L'ergonomie de l'outil a ainsi été travaillée de manière itérative avec ces groupes, permettant d'ajuster l'interface aux besoins réels.

Ces ateliers ont également permis d'identifier les différences d'attentes entre les divers publics : la collectivité, les habitants occasionnels, les passionnés éclairés, les associations et les partenaires professionnels n'ont pas les mêmes besoins ni les mêmes usages. Par exemple, certains habitants viennent découvrir par curiosité, tandis que d'autres, historiens ou chercheurs, effectuent des recherches approfondies. Cette diversité a orienté les choix ergonomiques et fonctionnels de la plateforme.

Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

La question du bon dimensionnement s'est également posée durant la phase préparatoire. Les échanges avec les panels citoyens ont notamment porté sur les formats de contenus à autoriser. Fallait-il permettre la vidéo, sachant que ce format est le plus coûteux en ressources ? Les retours ont montré qu'un site destiné au grand public ne pouvait se limiter à des pages de texte. Il fallait intégrer des supports vidéo et photographiques pour rendre l'expérience attractive et accessible. Des appels à contribution permettent d'ailleurs de collecter des photos ou vidéos détenues par des particuliers, enrichissant ainsi les fonds de la plateforme.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides obtenues ?

Le budget total était de 770 000 euros, dont :

- 500 500 euros (65 %) de financement interne

- Co-financement par :

  • l’ Union Européenne à travers le Fonds Européen de Développement Régional (FEDER) : 231 000 euros (30 %)
  • l’État à travers la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) des Pays de la Loire au titre de la convention Ville et Pays d’art et d’histoire et du programme national de numérisation et de valorisation des contenus culturels : 38 500 euros (5 %)

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Partenaires internes :

  • le Département des Ressources Numériques (DRN)
  • la Direction de la Géographie et de l’Observation (DGO)
  • la Direction de la Communication Externe et de l’Information
  • la Direction du Dialogue citoyen
  • les Archives de Nantes

Partenaires externes :

  • Prestataire AMO étude préalable à la mise en place du site : NAOMIS
  • Prestataire animation démarche dialogue citoyen : Insperience.co
  • Prestataire de développement du site : SMILE, puis ATOS, puis Nobilito (migration 2026)
  • Partenaires professionnels du patrimoine / associatifs / habitants associés lors de l’étude préalable et de la phase de coconstruction du site
  • Un système de conventionnement avec les associations permet également de systématiser les contributions : les projets soutenus financièrement par la ville doivent désormais alimenter Nantes Patrimonia, créant ainsi un cercle vertueux d'enrichissement

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

Premièrement, il est essentiel de prendre le temps de bien définir le projet avant son lancement. À Nantes, près de quatre années se sont écoulées entre les premières études et l'ouverture effective du site. Cette maturation n'est pas une perte de temps mais un investissement crucial. Si l'ouverture est ratée, il devient extrêmement difficile de convaincre les utilisateurs d'y revenir. L'objectif doit être qu'à l'ouverture, le site offre suffisamment de contenus pour que les visiteurs aient envie d'y revenir régulièrement.

Deuxièmement, l'alimentation continue du site constitue un facteur clé de succès. Avec plus de 1 800 pages de contenu, Nantes Patrimonia fonctionne précisément parce qu'il offre une richesse documentaire importante et en constante évolution. Il faut donc anticiper les moyens nécessaires pour maintenir ce rythme de publication. Les parcours de découverte, par exemple, ont été développés progressivement en fonction des retours et des usages observés.

Troisièmement, la question de la gouvernance et de la place du citoyen doit être clarifiée dès l'origine. Si l'on choisit la voie collaborative, il faut l'assumer pleinement et organiser la validation des contributions. À Nantes, toute contribution est vérifiée avant publication, garantissant la crédibilité de la plateforme.

Quatrièmement, les moyens financiers et humains ne doivent pas être sous-estimés. Au-delà du budget initial de près de 500 000 euros, c'est la dimension humaine qui est déterminante. La réussite tient à la réorganisation de toute la direction du patrimoine, où chaque agent contribue au projet. Cette transversalité crée une dynamique collective essentielle. Enfin, il faut accepter d'accompagner ce projet dans sa dimension organisationnelle. Sans cet alignement porté par toute l'équipe, le projet n'aurait pas atteint ses résultats actuels.

Le projet en détails

Dates clés

  1. 2015-2016

    Lancement des études préalables (technique et besoins) et organisation des ateliers citoyens de coconstruction

  2. Mai 2019

    Ouverture officielle du site Nantes Patrimonia

  3. 2025

    Près de 380 000 visites enregistrées sur l'année, consolidation du modèle collaboratif

  4. 2026

    Perspectives d'extension à l'échelle métropolitaine (en discussion)

Chiffres clés

  • 770 000

    euros de budget

  • 500 000

    pages vues en 2025

  • 6

    minutes et 16 secondes de temps moyen passé par visite en 2025

À retenir

  • La démarche participative a créé une communauté engagée de contributeurs qui enrichissent continuellement la plateforme. Les soirées de remerciement et les communications régulières entretiennent cette dynamique collaborative, transformant les citoyens en ambassadeurs du patrimoine local.

  • La réorganisation de la direction du patrimoine a permis de mobiliser l'ensemble des agents (archives, archéologie, architecture) autour d'un projet commun. Cette culture de contribution partagée valorise le travail de chacun et donne du sens à des missions auparavant plus confidentielles.

  • L'investissement et la nécessité de mobiliser durablement une équipe pluridisciplinaire constituent un frein potentiel. Sans dimensionnement adéquat dès le départ, le projet risque de ne pas atteindre la masse critique nécessaire pour susciter l'adhésion et maintenir la dynamique contributive.

Ressources

  • Nantes Patrimonia : Nantes se raconte avec vous !

    Site de Nantes Patrimonia

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  • Les incontournables du patrimoine nantais

    Article de Nantes Métropole

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